Des tracteurs envahissent Paris
Cette nouvelle étape parisienne menée par le premier syndicat agricole, la FNSEA et son allié des Jeunes Agriculteurs, intervient quelques jours à peine après les actions coup de poing d'autres syndicats, la Coordination rurale et la Confédération paysanne, eux aussi entrés dans Paris.
Jusqu'ici, les annonces du gouvernement n'ont pas suffi à calmer la colère agricole.
Ravivée par la gestion gouvernementale de l'épizootie de dermatose bovine dans le Sud-Ouest, la contestation est nourrie par la signature imminente de l'accord de libre-échange UE-Mercosur et plus largement par un ras-le-bol général d'une profession confrontée directement aux aléas climatiques et économiques.
L'agriculture européenne en danger?
Pour ses détracteurs, le traité commercial avec l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay va bousculer l'agriculture européenne avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l'UE, faute de contrôles suffisants.
Outre la France, des manifestations ont eu lieu en Italie, Pologne ou Irlande. La ratification du traité UE-Mercosur dépend encore d'un vote qui s'annonce serré au Parlement européen, pas avant février. Un grand rassemblement d'agriculteurs est prévu devant son siège strasbourgeois le 20 janvier.
«Mêmes normes de production»
Peut-on lire sur une banderole déployée devant l'institution où siègent les députés français. En 2024, la FNSEA avait déjà lancé ses tracteurs sur Paris pour demander des revenus, un allègement des normes et des simplifications pour les agriculteurs.
La préfecture de police de Paris, qui a autorisé lundi soir le rassemblement, comptait en milieu de matinée quelque 400 manifestants rassemblés aux abords de l'Assemblée nationale et 353 tracteurs positionnés non loin le long de la Seine.
L'un des vice-présidents de la FNSEA a pour sa part évoqué «plus de 500 tracteurs et 800 agriculteurs».
La semaine dernière, les contestataires de la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole, avaient eux aussi fait entrer leurs tracteurs venus de toute la France dans Paris, bravant des interdictions de convois de tracteurs et de manifestations non déclarées à proximité des lieux de pouvoir parisiens. Le gouvernement avait assumé de n'avoir pas dispersé le rassemblement devant l'Assemblée.
Moratoire proposé
Le premier ministre Sébastien Lecornu a promis dans l'après-midi aux agriculteurs qu'il présenterait en mars un projet de «loi d'urgence» sur la politique de l'eau, la «prédation» du loup et les «moyens de production», qui sera examiné par le Parlement «avant l'été».
En attendant, il a demandé un «moratoire» sur toutes les décisions relatives à la politique de l'eau, et s'est dit «prêt à demander à la Commission européenne de faire évoluer le cadre existant» pour l'utilisation des nitrates.
C'est notamment une revendication de la FNSEA ciblant la directive européenne «nitrates», qui établit notamment les plans d'épandages d'engrais.
Cette nouvelle mobilisation a débuté en décembre dans le Doubs (est) puis en Ariège (sud-ouest) en opposition à la gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) qui touche les bovins.
Mardi, le président du Salon de l'agriculture a annoncé que, pour la première fois de son histoire, il n'y aurait pas de vaches présentes à cette manifestation en raison de la dermatose bovine, sans qu'il y ait un lien avec la contestation agricole.
(ats)
