La Chine voit la guerre de Trump comme «un moteur du déclin» américain
Atmosphère tendue au ministère chinois des Affaires étrangères. Pékin se défend avec insistance contre une «déduction malveillante» de l’ancienne ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley.
Mardi, un porte-parole chinois a souligné que le pays n’avait rien à voir avec le cargo intercepté le week-end dernier par les forces américaines dans le détroit d’Ormuz.
Sur les réseaux sociaux, Nikki Haley a affirmé:
La complicité de la Chine dans le réarmement iranien serait «un fait qui ne doit pas être ignoré». Presque au même moment que l’accusation de Nikki Haley, le président Xi Jinping demandait la réouverture du détroit d’Ormuz.
Mais cette intervention diplomatique constitue une exception manifeste. Jusqu’à présent, Pékin s’est montré remarquablement discret dans la guerre en Iran. La grande puissance n’exerce pas de pression visible sur Téhéran pour que les mollahs acceptent un accord de paix. Elle n’intervient pas davantage sur le plan politique, encore moins sur le plan militaire.
Les actions de Trump touchent la Chine
L’opération militaire de Donald Trump touche, pourtant, la Chine en un point sensible. Environ 12% de ses importations de pétrole proviennent de la République islamique, et d’importantes routes commerciales passent par le détroit d’Ormuz.
Si Pékin fait preuve d’autant de retenue, c’est le résultat d’une évaluation froide de ses intérêts. Certes, la Chine est le principal acheteur de pétrole iranien, mais sa dépendance reste limitée. Des spécialistes soulignent que, grâce à ses réserves gigantesques, la Chine peut au moins temporairement compenser une éventuelle pénurie.
Ce qui pèse davantage, c’est le fait que Pékin redoute toute instabilité. Yun Sun explique dans le New York Times:
Pékin mise donc officiellement entièrement sur la diplomatie. Avant son appel de lundi, le président Xi Jinping avait présenté un plan en quatre points prévoyant une «coexistence pacifique», le respect de la souveraineté, le respect du droit international ainsi qu’un lien entre sécurité et développement économique.
Dans un commentaire de la chaîne publique CGTN, il est indiqué que la Chine entend «promouvoir des pourparlers de paix» dans la guerre en Iran et souligne que «la violence ne peut jamais mettre fin aux différends». La direction chinoise, elle, «ne prendra pas parti».
Le conflit en Iran est un piège
Le Washington Post résume ainsi le rôle de la Chine:
Le risque d’être entraîné dans le conflit est précisément ce que la direction du président Xi Jinping cherche à éviter à tout prix. Le journal ajoute:
Comme le constate le New York Times, il y a de toute façon «peu de choses que Pékin pourrait faire ou ferait pour exercer une pression sur son partenaire». Pékin agit donc délibérément en arrière-plan. Même dans les tentatives de médiation, la retenue de l'Empire du milieu est perceptible. Dans le New York Times, l’analyste Sarah Beran estime que la crainte de Xi Jinping de se retrouver désigné comme responsable en cas d’échec des négociations est bien trop grande.
A la place, la Chine préfère attribuer aux Etats-Unis le rôle d’agresseur irréfléchi, ce qui s’accompagne d’un scepticisme de principe à l’égard des escalades militaires. Patricia Kim ajoute:
La Chine peut ainsi se mettre en scène comme une alternative, tandis que les Etats-Unis sont engagés militairement. Dans la situation actuelle, elle peut montrer au monde entier qu’elle dispose d’une direction plus responsable que le gouvernement imprévisible de Donald Trump. Comme pour le souligner, il est indiqué dans un commentaire de CGTN: «La Chine défend le droit international; un droit qui permet même aux nations les plus faibles de se tenir debout.» (trad. joe)
