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La Chine mène une «diplomatie des otages»

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Image: Keystone/Shutterstock

Deux condamnations en deux jours. La crise diplomatique entre la Chine et le Canada continue et implique désormais plus de 20 Etats occidentaux. Une situation qui reflète la «diplomatie des otages» pratiquée par Pékin.

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maximilian kalkhof / t-online



Mercredi matin, plus d’une vingtaine de diplomates se sont rassemblés devant l’ambassade du Canada à Pékin pour exprimer leur solidarité avec Ottawa. Ils réagissent à une décision du tribunal chinois perçue comme une mesure politique.

Jim Nickel, front row center, the Deputy Chief of Mission for the Canadian Embassy in China, and diplomatic representatives from more than two dozen other countries pose for a group photo at an event held in connection with the announcement of the sentence for Canadian citizen Michael Spavor at the Canadian Embassy in Beijing, Wednesday, Aug. 11, 2021. A Chinese court has sentenced Canadian Spavor to 11 years on spying charges in case linked to Huawei. (AP Photo/Mark Schiefelbein)

Des diplomates de plusieurs Etats critiquent les décisions de la Chine, perçues comme des mesures politiques. Image: sda

Mardi, un tribunal chinois a condamné le Canadien Michael Spavor à 11 ans de prison pour espionnage. En 2018, il aurait transmis des renseignements qu’il avait reçus d’un autre Canadien, Michael Kovrig. Les «deux Michael» ont été arrêtés en décembre 2018.

Micheal Kovrig travaillait pour l’ONG International Crisis Group. Son procès est en cours, et on ne sait pas quand le verdict tombera. Le procès de son compatriote Spavor a débuté en mars.

Cette affaire se retrouve au cœur du conflit entre la Chine et le Canada, qui a atteint un sommet spectaculaire. Plus d’une vingtaine de pays sont désormais impliqués, comme le montre la photo des diplomates.

Les «deux Michael»

En décembre 2018, avant l’arrestation de Michael Spavor, les autorités canadiennes avaient arrêté Meng Wanzhou, l’ancienne directrice financière de Huawei, sur demande des Etats-Unis. Washington l’accuse de fraude et d’avoir mis en place un mécanisme visant à contourner les sanctions contre l’Iran.

Actuellement, la femme d’affaires chinoise se trouve au Canada. L’audience d’extradition vers les Etats-Unis est prévue ces prochaines semaines.

FILE - In this file image made from a March 2, 2017, video, Michael Spavor, director of Paektu Cultural Exchange, talks during a Skype interview in Yanji, China. The Canadian government says China will begin trials in March 2021 for two Canadians, Spavor and Michael Kovrig, who were arrested in 2019 in apparent retaliation for Canada’s detention of a senior executive for Chinese communications giant Huawei Technologies. (AP Photo/File)

Mardi, Michael Spavor a été condamné à 11 ans de prison. La Chine l’accuse d’espionnage. Image: sda

L’arrestation de Meng Wanzhou marque le début des confrontations diplomatiques, que de nombreuses personnes qualifient de «mesures de représailles» et de «diplomatie des otages».

D'après ce point de vue, l'arrestation des «deux Michael» serait une stratégie visant à libérer la femme d’affaires chinoise. Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, estime que la condamnation imposée par la Chine à l’encontre de Michael Spavor est «absolument inacceptable et injuste».

FILE - In this file image made from March 28, 2018, video, Michael Kovrig, an adviser with the International Crisis Group, a Brussels-based non-governmental organization, speaks during an interview in Hong Kong. A Communist Party newspaper says China will soon begin trials for two Canadians, Kovrig and Michael Spavor, who were arrested in December 2018 in apparent retaliation for Canada’s detention of a senior executive for Chinese communications giant Huawei Technologies. (AP Photo, File)
Michael Kovrig

Michael Kovrig a été arrêté en décembre 2018. Image: sda

La Chine a toujours nié les accusations de «diplomatie des otages». Toutefois, les déclarations des politiciens et des membres des partis laissent croire que l’arrestation des «deux Michael» est bel et bien une affaire politique et non juridique, et que les condamnations des Canadiens peuvent être évitées grâce à des négociations.

Une longue série

Les condamnations des deux ressortissants canadiens en Chine ne sont que le dernier épisode d’une longue série. Mardi, un tribunal chinois a par exemple condamné le Canadien Robert Schellenberg à la peine de mort. Selon les documents judiciaires, il est accusé d’avoir fait passer illégalement 222 kg de méthamphétamines.

FILE - In this file image taken from Jan. 14, 2019, video footage run by China's CCTV, Canadian Robert Lloyd Schellenberg attends his retrial at the Dalian Intermediate People's Court in Dalian, northeastern China's Liaoning province. A Chinese court on Tuesday, Aug. 10, 2021, rejected an appeal by the Canadian whose sentence in a drug case was increased to death after an executive of tech giant Huawei was detained in Vancouver. (CCTV via AP Video, File)

Robert Schellenberg a été condamné à la peine de mort pour trafic de drogue. Image: sda

Initialement condamné à 15 ans de prison en 2018, il a, une année plus tard, été condamné à mort lors d'un nouveau procès. Un mois seulement après l'arrestation de Meng Wanzhou. A cause de ce timing suspect, beaucoup soutiennent qu'il s'agit de représailles.

Manoir et cours de peinture

Au Canada, on ne parle pas que de «diplomatie des otages». Le pays critique aussi l’inégalité de traitement des personnes arrêtées.

Meng Wanzhou mène une vie de luxe à Vancouver. Elle vit avec un bracelet électronique à la cheville dans un manoir doté de sept chambres à coucher, situé dans un quartier chic de la ville. Selon les médias, elle prend des cours de peinture et fait venir des masseurs.

Chief Financial Officer of Huawei, Meng Wanzhou, arrives at British Columbia Supreme Court to attend her extradition hearing, in Vancouver, British Columbia, Wednesday, March 31, 2021. (Darryl Dyck/The Canadian Press via AP)
Meng Wanzhou

Assignation à résidence et bracelet électronique à la cheville pour Meng Wanzhou. Image: sda

La situation des «deux Michael» est bien différente. Pendant plus de deux ans, ils ont été détenus dans une prison secrète, n’ont pas pu communiquer avec leur famille et ont eu un accès limité aux diplomates canadiens. Selon sa femme, Michael Kovrig a été tellement isolé qu’il n’était pas au courant de la pandémie de coronavirus avant octobre 2020.

Janka Oertel, responsable du programme Asie du European Council on Foreign Relations, estime qu’on peut garder espoir et espérer que Michael Spavor soit libéré plus tôt que prévu. Toutefois, sa libération dépendra avant tout de l’affaire Meng Wanzhou. «La condamnation à onze ans de prison sans véritable procès et après des années de détention dans des conditions catastrophiques est une issue très triste», souligne-t-elle.

Un outil de lobbying

Selon Thorsten Benner, responsable du Global Public Policy Institute, la décision de la Chine montre que Pékin considère la prise d’otages et les condamnations fictives d’étrangers comme un outil normal de lobbying interétatique pour faire pression sur d’autres gouvernements.

«Cela montre une fois de plus qu’il n’y a pas d’Etat de droit en Chine, mais seulement l’Etat d’un parti qui contourne la loi»

Thorsten Benner, responsable du Global Public Policy Institute.

En mai, dans un article publié dans le Tagesspiegel, il explique pourquoi il ne se rend plus en Chine. L’arrestation des «deux Michael» l’a freiné: «J’ai réalisé qu’un passeport étranger ne protège plus les chercheurs d’un emprisonnement en Chine qui peut durer des années.»

Article traduit de l'allemand par Kenza Vionnet

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La Chine condamne un Canadien à 11 ans de prison

Accusé d'avoir volé des secrets d'Etat, le consultant Michael Spavor a été condamné par la Chine à 11 ans de prison. Un procès jugé non équitable par l'Union Européenne et qui intervient un jour après la condamnation à mort d'un Canadien pour trafic de drogue.

Le consultant canadien Michael Spavor a été condamné mercredi en Chine à 11 ans de prison pour espionnage. Sa détention est jugée «arbitraire» par le premier ministre canadien Justin Trudeau.

Le Canada a d'ailleurs immédiatement «condamné» la décision de la justice chinoise.

L'interpellation du consultant dans le courant décembre 2018 est perçue au Canada comme une mesure de représailles après l'arrestation quelques jours auparavant à Vancouver de Meng Wanzhou, la directrice financière du …

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