L'Ukraine n'a qu'une seule chance de repousser l'armée russe et de se positionner favorablement à la table des négociations. C'est du moins ce qu'imagine Kiev. Elle craint qu'en cas d'échec de sa contre-offensive, l'Occident lui livre moins de matériel de guerre et lui impose un accord de paix défavorable.
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L'Ukraine se prépare donc consciencieusement. Depuis des semaines, les soldats ukrainiens tirent des missiles de précision et de croisière sur des cibles situées loin derrière le front, afin de perturber le plus possible la logistique russe. Les attaques de drones sur Moscou relèvent en revanche plutôt de la guerre psychologique. Elles visent à semer la confusion et à répandre la peur.
Les systèmes de défense aérienne comme le Patriot américain ou l'Iris-T allemand montrent déjà clairement la supériorité de la technologie occidentale. Alors qu'il y a un an, les Ukrainiens abattaient un peu plus de 50% des missiles et drones russes qui les attaquaient, ce nombre dépasse aujourd'hui largement les 80%.
On peut s'attendre à une évolution similaire lorsque l'Ukraine commencera à utiliser les chars de combat allemands Leopard 2 ou les véhicules blindés de combat d'infanterie suédoise CV-90, par exemple.
Mais l'attitude hésitante de l'Allemagne a longtemps entravé la livraison de matériel moderne. Cela a coûté la vie à des milliers, voire des dizaines de milliers de soldats ukrainiens. Actuellement, Kiev ne dispose que de deux bataillons avec un total de 60 Leopard 2. C'est trop peu pour une attaque de grande envergure.
L'Ukraine a certes reçu plus de 500 chars de combat supplémentaires, mais la plupart d'entre eux sont des modèles obsolètes datant de l'époque soviétique. Des lacunes subsistent également dans la livraison de munitions d'artillerie. L'Ukraine attend donc que les armes promises arrivent et que les troupes soient familiarisées avec. L'offensive prévue pour le printemps pourrait finalement être une offensive d'été, voire d'automne.
L'un des objectifs clés de la contre-offensive est de franchir le barrage russe au sud afin de rejoindre la Crimée. Le front ne s'y étend que sur environ 200 kilomètres. Car l'autre défi pour l'Ukraine est de mobiliser suffisamment d'hommes pour pouvoir à la fois mener son attaque et défendre ses arrières.
Outre le front actif d'une longueur totale d'environ 800 kilomètres, les Ukrainiens doivent également protéger leurs frontières avec la Russie, la Biélorussie et la Transnistrie, région moldave occupée par la Russie. Cela correspond à près de la moitié de l'ensemble de la frontière extérieure ukrainienne, soit 2200 kilomètres. Le reste du pays est bordé par des pays membres de l'Otan.
2200 kilomètres, c'est beaucoup – en plus de la ligne de combat principale active. En comparaison, la Russie n'a jusqu'à présent eu qu'à protéger sa frontière directe avec l'Ukraine (800 kilomètres). Les offensives ukrainiennes dans l'oblast russe voisin de Belgorod doivent désormais contraindre la Russie à y transférer des troupes. Tous les moyens sont bons pour Kiev: parmi les groupes d'exilés russes qui attaquent régulièrement Belgorod, on trouve aussi des néonazis endurcis.
La Russie a désormais le choix: retirer des troupes du front sud pour mieux défendre ses frontières, ou vivre avec de nouvelles incursions ukrainiennes. Dans la même logique, le président Zelensky a proposé à la Moldavie de chasser les troupes d'occupation russes de la Transnistrie. Les unités russes y sont stationnées sans interruption depuis 1992, bien que Moscou ait promis leur retrait en 1999.
Bien entendu, cela ne s'est pas fait, et les quelques soldats russes présents en Transnistrie immobilisent ainsi à l'ouest des troupes ukrainiennes dont le pays a urgemment besoin. Les dirigeants ukrainiens espèrent désormais que, d'une manière ou d'une autre, la Russie dispersera ses unités d'armée et de mercenaires sur une ligne de front qui s'allonge de jour en jour – jusqu'à ce que des points affaiblis permettent une percée ukrainienne décisive.
Traduit et adapté de l'allemand par Tanja Maeder