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Analyse

Pourquoi il faut relativiser la grosse fatigue des partis traditionnels

Zemmour, Macron, Taubira: ces trois candidats à la présidentielle française ont ébranlé le système des partis. En Suisse, les formations traditionnelles se maintiennent, mais difficilement. Font-elles face, elles aussi, à un danger?
03.02.2022, 19:1621.02.2022, 13:47
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La fin des partis: une vieille antienne. Une petite musique qui s'est accentuée avec l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron en 2017, l'éclosion de mouvements citoyens en Europe – climat, anti-mesures Covid, listes de candidats indépendants... – ou encore le succès de nouvelles formations politiques, moins classiques. Les partis s'apprêtent-ils à vivre leur mort plus ou moins prochaine? Si oui, pourquoi? Et quid de la Suisse?

La fin de certains partis plus que d'autres

Comme souvent, les spécialistes politiques sont prudents: s'il y a du vrai dans cette idée que le système des partis est en crise, imaginer ces derniers disparaître semble excessif. «Pour la plupart des politistes, note Le Monde, la crise que traversent actuellement les partis s’apparente davantage à une réinvention qu’à un enterrement.»

Dans nos contrées, le juriste et historien Olivier Meuwly, auteur de plusieurs ouvrages sur l'histoire politique suisse, dont Les partis politiques: Acteurs de l'histoire suisse, (Presses polytechniques et universitaires romandes, réédité en 2018), observe trois phénomènes distincts qui permettent de relativiser l'annonce de la fin des partis, tout en montrant sur quelle part de vérité elle se base:

  1. Quoi qu'on en dise, les partis politiques – comme formations politiques présentant des candidats à des élections – se maintiennent. En Suisse comme en France, et en Europe de manière générale.
  2. Les partis politiques traditionnels ont perdu un peu de leur électorat, notamment au profit de scissions ou nouvelles factions (typiquement en Suisse le PBD et les Vert'libéraux au niveau fédéral, ou des forces politiques «hors-système» au niveau local comme les mouvements indépendants de la Riviera réunis sous le label «Vaud Libre»).
  3. En Suisse, la situation résultant de cet éclatement des partis traditionnels s'est en quelque sorte stabilisée. Du moins pour l'instant.

Suisse-France: comparaison n'est pas raison

Selon Olivier Meuwly, même si les partis traditionnels sont en difficulté en Suisse comme en France, les situations des deux pays ne sont pas comparables jusqu'au bout. «En France, explique l'historien, la vie politique se structure très vite autour des personnes. Les partis organisés n'ont jamais tellement prospéré en une forme olympique.» Un diagnostic partagé par le politologue René Knüsel: «L'affaiblissement des partis majoritaires en France est une crise récurrente et donc attendue.»

Selon lui, ces différences sont surtout explicables par le système électoral. «En Angleterre, les partis restent solides en vertu du scrutin majoritaire, illustre Olivier Meuwly. En Suisse, la démocratie directe favorise l’émergence de mouvements citoyens, associations et autres groupes d'intérêt, mais le système les digère en même temps par les élections et la culture du compromis.» Aussi:

«Le paradoxe est que la démocratie directe protège en réalité les partis politiques, les premières victimes de la crise du parlementarisme. Celle-ci est centrale pour expliquer l’émergence de groupes hors-système, signe de la défiance envers les "établis". Or, en Suisse, les partis sont moins exposés car le Parlement ne détient pas l’intégralité du pouvoir.»
Voir à ce sujet sa chronique du 19 septembre 2019 pour Le Temps

Quant à la France, «tout se façonne autour de la présidentielle.» Le triptyque des mouvements politiques Macron-Zemmour-Taubira le montre. «La faiblesse du système se répercute immédiatement, ou à plus long terme, sur l'organisation des partis», confirme René Knüsel. «Elle les affaiblit et accélère parfois leur reconstitution. On le remarque par exemple avec les partis d'extrême droite en France ou en Italie

Socialisation en baisse et théorisation en panne

Si la mort annoncée des partis politiques n'aura pas lieu, il n'en demeure pas moins que les grandes formations historiques – telles que le PS et les Républicains (ex-UMP) en France – vivent une dégringolade à l'échelle des dix dernières années. Frédéric Sawicki, professeur de science politique à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et éminent spécialiste de la sociologie des partis politiques, est d'avis que cet état de fait trouve deux causes principales:

  • L'une, sociale, est la quasi-disparition de ce que Sawicki nomme les «relais sociopolitiques», qui avaient pour nom syndicats, loges maçonniques, associations, cercles, etc.
  • L'autre, intellectuelle, est le manque de théorisation des partis, de travail sur leurs idées – et donc sur leur discours et leur cohérence.

René Knüsel analyse lui aussi un affaiblissement des doctrines partisanes, qu'il attribue à l'évolution rapide de la société. «Avant, note-t-il, les clivages de type cléricalisme/anticléricalisme ou ouvriers/patrons rendaient possibles des discours qui tenaient dans le temps, parce que la société évoluait, certes, mais plus lentement qu'aujourd'hui.» Un contexte qui favorisait une teneur idéologique des partis en tant que Volksparteien, capables de parler à toute la société.

Dans Le Monde, Frédéric Sawicki a cette nuance, qui peut paraître étonnante: «On dit souvent que les partis n’ont plus d’idées: en fait, ils en ont trop! Comme leurs électeurs sont de moins en moins fidèles, ils se comportent, quand ils élaborent leur projet, comme des entreprises qui veulent gagner des parts de marché.»

Complétant son sévère constat:

«Pour attirer le chaland, ils adoptent de nombreuses mesures techniques destinées à satisfaire telle ou telle catégorie de votants – sans chercher à définir plus largement une vision du monde ou un horizon»

«Les causes que relève le Frédéric Sawicki me paraissent très pertinentes et se vérifient en Suisse», commente Olivier Meuwly. Et selon l'intellectuel vaudois, elles parlent d'elles-mêmes pour les solutions que doivent trouver les partis traditionnels afin de maintenir ou retrouver, voire renouveler, leur électorat. Car c'est bien d'eux, les électeurs fidèles, dont il est question quand on parle de «fin des partis», bien plus que des partis eux-mêmes.

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