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Le baril pourrait atteindre les 200 dollars et ça désespère Trump

Trump acculé face à l’Iran, le pétrole pourrait grimper à 200 dollars
Image: watson
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Trump est piégé et le prix du pétrole pourrait plus que doubler

Si Donald Trump s’enlise en Iran, les conséquences sur les prix du pétrole seront désastreuses. Analyse.
17.03.2026, 18:5717.03.2026, 18:57
Niklaus Vontobel

«Préparez-vous à ce que le prix du pétrole atteigne 200 dollars le baril», a déclaré un porte-parole du régime iranien. Une menace adressée à Donald Trump. Et ce n'était malheureusement pas des paroles en l'air.

Plusieurs experts ont analysé les conséquences sur le marché mondial du pétrole de la guerre menée par les Etats-Unis contre l’Iran. Ils parviennent à une conclusion proche de celle d’Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international: «J'envisage des prix de 150 à 200 dollars le baril — voire davantage, mais je reste encore prudent quant à des valeurs plus élevées». Le baril de Brent oscillait entre 60 et 70 dollars, son niveau le plus bas depuis fin 2021.

Il explique sur les réseaux sociaux comment il est arrivé à ce scénario des 200 dollars.

Mot magique: le détroit d’Ormuz. En temps normal, 20 millions de barils de pétrole y transitent chaque jour. Avec le début de la guerre, Téhéran a cependant fait ce que tous les experts redoutaient en cas de conflit — et ce à quoi l’administration Trump ne s’était pas préparée: paralyser le détroit presque totalement.

Ainsi, environ 20% de l’offre mondiale de pétrole disparaissent du jour au lendemain. L’Agence internationale de l’énergie parle du «plus grand choc de l’histoire du marché pétrolier mondial». Voilà pour le point de départ.

Un Trump fatigué, sans son habituel teint orangé. S’est-il surestimé en Iran?
Un Trump fatigué, sans son habituel teint orangé. S’est-il surestimé en Iran?image: Jose Luis Magana/AP

Trump tente désormais de rouvrir Ormuz. Mais lorsqu'Olivier Blanchard a demandé leur avis aux experts militaires, qui ne sont guère optimistes: «Il est pratiquement impossible de protéger complètement les navires dans la zone. Il n’y a pas suffisamment de temps pour intercepter missiles ou drones».

Le détroit est très étroit et facilement accessible depuis la côte iranienne. Les drones y arrivent sans difficulté. Ils marquent d’ailleurs l’entrée dans une nouvelle ère, souligne l’historien militaire Philips O’Brien:

«Aujourd'hui, on ne peut plus neutraliser complètement l’aviation adverse»

Trump rate donc sa cible. Il pourrait alors tenter de mettre fin à la guerre. Il inventerait une victoire mal argumentée et lancerait une nouvelle offensive ailleurs dans le monde. Selon le sénateur américain Lindsey Graham, ce pourrait être à Cuba.

Administration maladroite en temps de guerre

Mais rien n'est moins sûr. L’Iran continuera peut-être à menacer les navires traversant le détroit. Trump devrait offrir au régime une garantie crédible qu’il ne le bombardera pas à nouveau dans quelques mois. Ce qui reviendrait à capituler.

Selon Blanchard: «La plupart des navires ne voudront très probablement pas prendre ce risque». Les 20 millions de barils continueront donc probablement à manquer pendant longtemps.

L’impression d’un Donald Trump que l'on a récemment vu dépassé et en difficulté renforce cette idée d’une interruption prolongée.

Lors des négociations déjà, ses représentants — tous deux promoteurs immobiliers — n’étaient pas à la hauteur sur le plan technique, selon les experts. Ils n’ont pas non plus sollicité l’appui des spécialistes de l’administration. Dans le même temps, Jared Kushner cherchait des financements au Moyen-Orient pour sa société privée.

Le problème des drones

Avant la guerre, Trump n’a pas pris la mesure des drones iraniens, pourtant bien connus autour de la planète, et a dû ensuite demander de l’aide à l’Ukraine. Au début du conflit, l’aviation américaine a accidentellement bombardé une école de filles en Iran, commettant l’un des plus graves crimes de guerre de son histoire.

L’aviation a également perdu trois appareils coûteux à la suite de tirs venus du Koweït, pourtant allié. Pour l’historien Philips O’Brien, aucun autre tir fratricide n'aura coûté si cher. Par ailleurs, une riposte iranienne a visé un centre opérationnel américain au Koweït. Bilan: six soldats morts et des dizaines de blessés.

Le président républicain s’est engagé dans cette guerre sans même informer les alliés traditionnels des Etats-Unis. Il les menace désormais de mettre fin à l’alliance de défense commune de l’Otan s’ils ne lui viennent pas en aide. Et il a exposé son gouvernement au ridicule planétaire, offrant de nouvelles chaussures à tous ses ministres — sans en connaître les pointures néanmoins.

Le secrétaire d’Etat, Marco Rubio n’ose pas refuser de les porter et se retrouve à marcher avec des souliers bien trop grands. Cet épisode montre que Trump a instauré autour de lui une culture où personne n’ose le contredire, explique O’Brien.

«Dans un tel climat, on prend de très mauvaises décisions»

Si Trump ne parvient pas à rouvrir le détroit d’Ormuz, il lui reste une option: compenser la perte par une augmentation de la production. Mais cela non plus ne fonctionnera pas.

Foncer tête baissée

A court terme, il est seulement possible de produire environ deux millions de barils supplémentaires par jour. Les réserves stratégiques permettent d’en ajouter trois à quatre millions quotidiens. Trump peut bien menacer, s'énerver ou tenter de forcer le passage: selon Blanchard, il manquera à terme environ quinze millions de barils par jour à l’économie mondiale.

Lorsque le milliardaire se retrouve coincé, le marché prend le relais. Dans le jargon économique, on parle d'une baisse de demande, jusqu’à s’ajuster à l’offre et rétablir l’équilibre. Les acteurs des marchés évoquent, eux, plutôt une «destruction de la demande».

Qui osera traverser? Un homme marche sur les rives du détroit d'Ormuz.
Qui osera traverser? Un homme marche sur les rives du détroit d'Ormuz. image: Altaf Qadri/AP

Le prix de l'or noir grimpe alors à un niveau tel que les automobilistes prennent le bus, que les vacanciers délaissent l’avion au profit du train vers un pays voisin. Certaines entreprises réduisent leur production, voire cessent leur activité. Les consommateurs dépensent moins, faute de moyens. Et ainsi de suite. Jusqu’à ce que, dans le pire des cas, l’ensemble de l’économie bascule en récession.

Reste donc une grande question: à quel niveau le prix doit-il monter pour que la consommation mondiale baisse d’environ quinze millions de barils par jour?

(Adaptation en français: Valentine Zenker)

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