Suisse
Economie

Ce mot fait trembler l'économie suisse

Volunteers clean debris from a residential building damaged when a nearby police station was hit Friday in a U.S.-Israeli strike in Tehran, Iran, Sunday, March 15, 2026. (AP Photo/Vahid Salemi)
Iran U ...
Des habitants de Téhéran déblaient des débris, après une frappe aérienne américano-israélienne.Image: keystone

Le Conseil fédéral parle de «guerre» et ça fait peur à l'économie suisse

Depuis vendredi, le Conseil fédéral qualifie officiellement de «guerre» l'affrontement entre les Etats-Unis et Israël d'un côté, et l'Iran de l'autre. L'économie s'en accommode mal, et craint pour ses exportations.
16.03.2026, 11:5916.03.2026, 13:39
Henry Habegger

Un seul mot a, du jour au lendemain, tout changé. Depuis vendredi dernier, le Conseil fédéral désigne officiellement l'affrontement entre les Etats-Unis/Israël et l'Iran comme une «guerre». Mais le gouvernement n'a pas souhaité communiquer ouvertement sur cette décision lourde de conséquences.

Aucune information active n'a été donnée, ni oralement ni par écrit. Le président de la Confédération et ministre de l'Economie Guy Parmelin (UDC), tout comme le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis (PLR), n'ont laissé rien transparaître lors de la conférence de presse du Conseil fédéral vendredi.

Une importante prise de position

Interrogé par un journaliste sur la question de savoir si le Conseil fédéral avait discuté de l'application du droit de la neutralité concernant les livraisons d'armes et les survols, Cassis a esquivé:

«La Suisse dispose d'une neutralité permanente et armée»

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C'est seulement plus tard dans la journée de vendredi qu'une demande de la RTS auprès de la porte-parole du Conseil fédéral, Nicole Lamon, permit d'y voir plus clair. La vice-chancelière annonça la nouvelle position du gouvernement:

«Les Etats-Unis et Israël sont en guerre avec l’Iran»

Les conditions relatives à l'intensité et à la durée des combats étant remplies, le droit de la neutralité s'applique dans les relations avec ces Etats.

Le mot «guerre» et ses conséquences

Avec ce mot, la situation change radicalement. Les exportations d'armement vers des pays en guerre sont interdites en vertu du droit de la neutralité. Les survols militaires d'Etats parties au conflit ne peuvent plus non plus être autorisés. Seuls les transits humanitaires et médicaux, ainsi que les survols sans lien avec la guerre, restent admissibles.

Vendredi après-midi, c'est donc une véritable effervescence qui s'empara de la Berne fédérale. La Confédération avait alors sur la table cinq demandes de survol de l'espace aérien suisse par des appareils militaires américains. Que faire désormais? Fallait-il interdire ces survols, rejeter les demandes?

La compétence en matière de survols incombe au Département des transports Detec, dirigé par Albert Rösti, respectivement à l'Office fédéral de l'aviation civile (Ofac) qui en dépend. Le Detec élabora, dès le vendredi, une base de décision, incluant une procédure de co-rapport destinée à l'ensemble du Conseil fédéral. Après une séance extraordinaire tenue par téléconférence, le Conseil fédéral annonça le samedi:

«Deux demandes dans le contexte de la guerre en Iran sont rejetées, un vol de maintenance ainsi que deux demandes de survol pour des avions de transport sont approuvés.»

Le gouvernement a rejeté, en se fondant sur le droit de la neutralité, deux survols d'avions de reconnaissance. Il a, en revanche, autorisé un vol de maintenance ainsi que deux survols d'avions de transport. Le Conseil fédéral a également formulé des critères pour les futures demandes: les vols «dont il est manifeste qu'ils n'ont pas de lien avec le conflit doivent être approuvés». Ne seraient en revanche pas autorisés les vols «qui dépassent le cours normal des choses et dont il n'est pas possible de déterminer l'objet».

Neutralité contre intérêts économiques

Au sein du Conseil fédéral, les lignes de fracture suivent grossièrement deux axes. Le ministre des Affaires étrangères Cassis insiste sur une application rigoureuse du droit de la neutralité. Le ministre de l'Economie Parmelin, par égard pour l'économie, et en particulier vis-à-vis des Etats-Unis, ne veut pas pousser les choses trop loin. Un observateur confie:

«Il existe des tensions entre le droit de la neutralité et l'intérêt économique»
Bundesrat Ignazio Cassis spricht an einer Medienkonferenz zur Botschaft zum Paket "Stabilisierung und Weiterentwicklung der Beziehungen Schweiz-EU (Bilaterale III)", am Freitag, 13. Maerz 20 ...
Le département d'Ignazio Cassis estime que le terme «guerre» est correct.Image: keystone

Albert Rösti est lui aussi plutôt rattaché au camp Parmelin, UDC comme lui. Les autres membres du gouvernement, dont expressément le ministre de la Défense Martin Pfister (Le Centre), souhaitent appliquer le droit de la neutralité de façon stricte, dit-on.

Le bras de fer n'est pas terminé pour autant. L'économie exerce une pression sur le Conseil fédéral. Le fait que le gouvernement parle désormais de «guerre» ne convient pas à beaucoup. Dans le SonntagsBlick, Stefan Brupbacher, directeur de l'association faîtière Swissmem et ancien secrétaire général du Département de l'économie, a critiqué:

«Le Conseil fédéral a pris une décision précipitée sans nécessité, poussé par les médias et la politique»

Il exige que les exportations vers les Etats-Unis continuent d'être autorisées.

Une crainte persistante de Donald Trump

La question de l'avenir des exportations d'armement sera tranchée prochainement par l'ensemble du Conseil fédéral, comme Cassis l'a laissé entendre lors d'une conférence de presse. Le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) a reçu le mandat de préparer une base de décision pour l'une des prochaines séances. A nouveau, ce sera la neutralité qui affrontera l'économie.

Par-dessus tout plane la crainte économique de pousser le président américain Trump à prendre de nouvelles mesures de rétorsion contre la Suisse.

Le débat sur les droits de survol et les livraisons d'armes à des Etats en guerre n'est pas nouveau. Lors de la guerre d'Irak en 2003, le président de la Confédération Pascal Couchepin (PLR) et la ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey (PS) s'étaient vivement opposés: l'ancien ministre de l'Economie voulait autoriser les survols américains. Calmy-Rey avait, avec succès, défendu le strict respect de la neutralité. Comme aujourd'hui, le Conseil fédéral n'avait autorisé les survols que sous certaines conditions.

Des manifestations, en Iran et ailleurs
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Des manifestations, en Iran et ailleurs
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source: epa / sedat suna
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C'est le grand retour des années 2000
Video: watson
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