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Les jeunes rentiers psychiques mettent l’AI sous pression

Ein Ausweis der Schweizer Invalidenversicherung (IV), fotografiert am Donnerstag, 24. Oktober 2024 in Bern. Die IV ist der bedeutendste Pfeiler der Invalidenvorsorge in der Schweiz (1. Saeule). Sie is ...
L’assurance-invalidité (AI) est de plus en plus sous pression financière.Image: KEYSTONE

Pourquoi de plus en plus de jeunes finissent à l’AI en Suisse

L’AI est sous pression financière maximale – et Berne ajuste les rentes et l’intégration. Mais la question décisive se situe en amont: pourquoi de plus en plus de jeunes finissent-ils à l’AI ?
02.05.2026, 15:3302.05.2026, 15:34
Kilian Marti
Kilian Marti

L’assurance-invalidité est financièrement à bout: elle risque un déficit annuel de plus de 300 millions de francs. Elle peine à rembourser ses dettes d’environ 10 milliards de francs envers l’AVS. Et son patrimoine fond si fortement qu’il pourrait être épuisé dans quelques années déjà. Le Conseil fédéral met donc en garde contre un risque de manque de liquidités – et veut agir au moyen d’une réforme.

En février, il a adopté des lignes directrices sur la manière de procéder. L’accent est mis en particulier sur les 18 à 25 ans. Ils pèsent davantage sur l’AI qu’auparavant. La raison: de plus en plus de jeunes perçoivent une rente AI en raison d’une maladie psychique.

Mais les jeunes malades sont-ils réellement responsables des problèmes de financement de l’AI?

A nouveau davantage de bénéficiaires de l’AI

Depuis le milieu des années 2000, le nombre de bénéficiaires de rentes AI diminuait. Mais la tendance s’est inversée en 2019. Fin 2024, 227 306 personnes percevaient une rente en Suisse, selon l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS).

Pourquoi? Les causes autrefois dominantes, comme les infirmités congénitales ou les maladies de l’appareil locomoteur, ont nettement diminué. A l’inverse, les troubles psychiques ont fortement progressé, tout comme les maladies du système nerveux. Mais lesquelles précisément?

La statistique des infirmités et des prestations (KSGLS) classe les maladies psychiques au moyen de codes. On y retrouve notamment les troubles bipolaires, les psychoses, la schizophrénie, les troubles borderline, les dépressions, l’alcoolisme et d’autres diagnostics.

Mais l’Ofas met en garde contre toute interprétation hâtive. «Le codage se fait selon l’infirmité qui joue le rôle déterminant dans l’octroi d’une prestation. Cela n’est pas toujours clairement identifiable, ce qui confère aux données une certaine part d’aléatoir», nous écrit l’Office. Autrement dit: des données plus détaillées donneraient une illusion de précision et ne seraient pas réellement significatives.

Il est donc difficile d’identifier précisément quelles maladies expliquent la hausse. En revanche, il est plus clair de voir quels groupes pèsent le plus.

Les jeunes cas augmentent

Pour le comprendre, il faut examiner les nouvelles rentes, c’est-à-dire celles accordées pour la première fois. Le changement majeur concerne l’âge d’entrée: aujourd’hui, les rentes pour raisons psychiques apparaissent davantage au début de la vie active qu’à la fin.

Cela se voit particulièrement chez les plus jeunes. Chez les 18 à 24 ans, le nombre de nouvelles rentes pour troubles psychiques est passé de 938 en 2003 à 1959 en 2024 – soit plus du double. Toutes classes d’âge confondues, le niveau reste élevé sans atteindre le record: 10 117 nouvelles rentes en 2024 contre 10 907 en 2003. Dans l’ensemble, les bénéficiaires sont donc de plus en plus jeunes.

Et c’est déterminant sur le plan financier. Une rente accordée à 20 ans n’a pas le même impact qu’une rente proche de la retraite. À 60 ans, elle prend fin quelques années plus tard avec le passage à l’AVS. A 22 ans, elle peut peser sur le système pendant des décennies.

Que peut faire la Confédération face à cela?

Une minorité parvient à sortir du système

Pour comprendre les réponses du Conseil fédéral, il faut revenir à 2003, année record pour l’AI. Les réformes qui ont suivi, davantage axées sur la réinsertion, ont permis de réduire nettement les nouvelles rentes pendant plusieurs années. Intervention précoce, mesures professionnelles, incitations pour les employeurs et principe «la réinsertion avant la rente» ont été renforcés.

Depuis, les rentes sont plus souvent accordées tardivement. Une analyse de l’Ofas montre que pour les personnes inscrites en 2013, l’octroi d’une d'elle intervenait plus fréquemment entre la cinquième et la huitième année après l’inscription. Pour celles inscrites en 2008, cela se produisait plus tôt. Autrement dit: d’abord les mesures, ensuite la rente.

Ces mesures d’intégration ont porté leurs fruits: parmi les personnes ayant bénéficié d’une intervention précoce, environ sept sur dix percevaient à nouveau un revenu professionnel quatre ans plus tard. Si elles ne retrouvent pas forcément un emploi à plein temps, mais beaucoup réintègrent le marché du travail.

Cela ne concerne, toutefois, que les personnes ayant bénéficié d’une intervention précoce. Si l’on considère l’ensemble des sorties de l’AI selon une analyse SH/AI/AC, la situation est différente, deux ans après la sortie:

  • Environ deux tiers des anciens bénéficiaires sont à l’AVS.
  • Environ 21% sont décédés.
  • 7% vivent hors de Suisse.
  • Seuls 2,5% perçoivent à nouveau un revenu professionnel.

Un retour massif au travail est donc rare.

Pour les jeunes, la situation est encore plus marquée: leur sortie «naturelle» vers l’AVS est très éloignée. On ne sait pas combien de temps un jeune de 20 ans reste en moyenne dans le système. En revanche, les données montrent ce qu’il advient après une sortie.

Deux ans après leur sortie en 2021, 36,5% des 18-24 ans vivaient uniquement d’un revenu du travail. 9,5% étaient revenus à l’AI sans revenu, 7,1% cumulaient AI et revenu et 5,6% dépendaient de l’aide sociale sans revenu. Le reste correspond à des décès, des départs à l’étranger ou des personnes hors systèmes sociaux sans revenu.

Cela montre qu’une sortie de l’AI n’est souvent pas définitive pour les jeunes. Elle peut correspondre à une tentative de retour à l’emploi ou à une phase de stabilisation. Une partie d’entre eux revient ensuite dans l’AI ou dans d’autres dispositifs sociaux.

Les mesures actuelles ne suffisent manifestement pas à enrayer cette évolution.

La question ouverte se situe en amont de l’AI

En résumé: la vague est revenue. Depuis 2014, le nombre de nouvelles rentes augmente à nouveau, pour presque toutes les causes de l’AI, de manière disproportionnée par rapport à la croissance de la population. Parallèlement, toujours plus de personnes s’annoncent à l’AI. Selon l’Ofas, le taux d’inscription est passé d’environ 0,8% de la population assurée en 2014 à 1,1% en 2024.

Les maladies psychiques constituent désormais la principale catégorie pour les nouvelles rentes AI. Environ une sur deux est accordée pour ce motif. Autour de l’an 2000, cette part n’était encore que d’environ 35%.

Psychisch kranke Jugend
De plus en plus de jeunes obtiennent une rente AI en raison de maladies psychiques.Image: pexels

Pourquoi en est-on arrivé là? La réponse n’est pas définitivement établie. L’Ofas évoque notamment des adaptations dans le calcul du degré d’invalidité ou des évolutions de la jurisprudence, qui permettent une évaluation plus différenciée des troubles psychiques et psychosomatiques.

La question décisive n’est donc pas seulement de savoir comment l’AI peut prévenir l’invalidité et maintenir les personnes sur le marché du travail, mais pourquoi toujours plus de personnes – surtout des jeunes – s’annoncent à l’AI.

Et précisément sur ce point, l’Ofas reconnaît l'ignorer: pour comprendre pourquoi toujours plus de personnes s’annoncent à l’assurance-invalidité, des recherches approfondies sont nécessaires, en dehors du champ d’action direct de l’AI. Notamment sur le monde du travail, le système de sécurité sociale ainsi que la santé et le bien-être de la population.

C’est là le cœur du problème: l’AI peut examiner les rentes, organiser la réinsertion et créer de nouvelles solutions intermédiaires. Ce sont des mesures qui peuvent éloigner certaines personnes d’une rente, retarder son octroi ou permettre une intégration professionnelle.

Mais elles ne font pas disparaître les jeunes souffrant de troubles psychiques. (trad. tib)

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