DE | FR

Analyse

Pourquoi les évangélistes adorent Donald Trump

Le président Donald Trump lors de sa visite à l'église St. John's à Washington, le premier juillet 2020.

Le président Donald Trump lors de sa visite à l'église St. John's à Washington, le premier juillet 2020. Image: Keystone

L'ex-président américain mise de plus en plus sur le fondamentalisme religieux et le culte QAnon, une mouvance conspirationniste d'extrême droite. Un cocktail politique brûlant qui a la mainmise sur le Parti Républicain.

Diese Story ist auch auf Deutsch verfügbar. Zur Story


La séparation entre l'Eglise et l'Etat est un principe cher aux États-Unis. Mais ce n'est pas le cas de l'église Mercy Culture à Fort Worth, dans l'État du Texas. Et pour cause. Dans ce compté, le pasteur Landon Schott (37 ans) organise chaque dimanche un spectacle où il raconte son message de salut à plus de 4500 croyants.

Selon ce message, Dieu ordonne aux chrétiens de dominer les «sept montagnes de la vie» – à savoir famille, religion, éducation, économie, art, médias et gouvernement. S'ils y parviennent, alors Jésus-Christ reviendra sur terre et Dieu régnera pour l'éternité.

Mais pour que tout cela se réalise, Dieu doit pouvoir avoir certains dispositifs. L'un d'entre eux n'est autre que... Donald Trump lui même. Il est censé vaincre les satanistes et ouvrir la voie du paradis aux croyants.

Bild

«Jésus est mon sauveur, Trump est mon président», peut-on lire sur le t-shirt de ce supporteur de Trump. keystone

«Un grand malentendu»

La séparation de l'Eglise et de l'Etat va à l’encontre de cette idéologie. Pourtant, les membres des églises américaines font tout ce qu'ils peuvent pour obtenir un poste politique. Un adepte de l'église Penate, qui se présente à des fonctions publiques, a par exemple déclaré dans le Washington Post:

«Il y a un grand malentendu sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Cela n'a jamais signifié que les chrétiens ne devaient pas s'impliquer dans la politique. Nous devons nous impliquer. (...) La réalité est que les non-croyants ont tout détourné à leur avantage».

La congrégation de l'église Mercy Culture ne fait pas exception. Elle fait partie d'un «mouvement chrétien non confessionnel en pleine expansion, qui est ouvertement politique et qui est devenu un moteur de Donald Trump et du Parti républicain», rapporte le Washington Post. Ce mouvement possède des églises désaffectées qui sont modernisées avec les dernières technologies, ses propres émissions de télévision, ses éditeurs de livres, ses mécènes, ses propres académies et ses boutiques vendant des produits dérivés pour les fans.

Le mouvement appelé New Apostolic Reformation (NPR) regroupe et combine toutes ces activités. Leurs dirigeants sont relativement jeunes, et ils utilisent les outils de l'industrie moderne du divertissement avec lesquels ils pourraient convaincre un maximum de personnes.

Leur mission est plus qu’urgente. Les données de l'Institut de recherche sur la religion Publik montrent que le nombre d’évangéliques traditionnels décline fortement. En 2006, ils représentaient encore 23% de la population, aujourd’hui ce chiffre s’élève seulement à 14,5%. De plus, la population évangélique traditionnelle est de plus en plus âgée.

Jour du jugement

Parallèlement, les nouvelles «Méga-églises» très agressives de la NPR et de QAnon, un culte ressemblant à celui des fondamentalistes, n'arrêtent pas de gagner du terrain.

Les adeptes de QAnon considèrent le monde comme une bataille éternelle entre le bien et le mal. Pour eux, Trump est l'homme qui va vaincre les satanistes et sauver le monde. Ainsi, Mike Rothschild, dans son récent livre The Storm is upon us, affirme que pour les adeptes de QAnon, «Trump est une figure messianique, touchée par Dieu et choisie par les militaires pour arrêter la marche des progressistes».

Comme les sectes chrétiennes, le mouvement QAnon donne à ses membres le sentiment de faire partie de quelque chose de plus grand et comme les évangéliques, il est animé par une attente de la fin des temps, misant sur un jour du jugement où les incroyants recevront leur juste punition. Pour les évangéliques, il s'agit d'un «Grand Réveil», avec QAnon, c'est la «grande tempête» qui va s'abattre sur l'humanité

Ensemble, les fondamentalistes chrétiens militants et les adeptes de QAnon forment un mélange politique brûlant, avec pour idole Donald Trump. Ils ont la mainmise sur le Parti Républicain.

Dans le New York Times, Michelle Cottle affirme que la formation est presque entièrement aux mains de «théoriciens du complot, de menteurs et de personnes prêtes à tout pour aider les politiques belliqueuses, apocalyptiques et irréalistes de Trump à s'imposer».

Peur et colère

Les Républicains ont depuis longtemps renoncé à utiliser une plateforme politique pour gagner les électeurs. Au lieu de cela, ils misent sur la colère et la peur de la classe moyenne blanche. Peu sûre d'elle, elle cherche son salut dans une guerre culturelle. Les polémiques contre les progressistes éveillés, contre la communauté LGBT et contre un supposé «nouveau marxisme américain» sont les éléments de leur propagande pour retrouver la Maison Blanche.

Le président Joe Biden, quant à lui, opte pour un pragmatisme sobre. Avec un programme d'infrastructures et une extension de l'Affordable Care Act, le programme de soins de santé mis en place par Barack Obama, il veut défendre la très petite majorité des démocrates au Congrès lors des élections de mi-mandat de 2022. Jusqu'à présent, il a strictement évité de répondre aux provocations instiguées par Trump et à la guerre culturelle alimentée par les républicains.

La stratégie de Joe Biden semble fonctionner. Son taux d'approbation reste bien supérieur à 50%, un niveau que Trump n'avait jamais atteint. Bien que les progressistes de son parti l'appellent de plus en plus fort à relever le défi lancé par Trump, il est peu probable que Biden le fasse. Et pour cause. Il sait qu’on ne peut gagner un match quand c'est l’adversaire qui veut à tout prix imposer.

Article traduit et adapté de l'allemand par Sejla Besic.

C'était le 6 janvier 2021: l'assaut du Capitole à Washington

1 / 6
L'assaut du Capitole en images
source: epa / michael reynolds
Share on FacebookShare on TwitterShare via WhatsApp

Plus d'articles concernant les Etats-unis

Les confidences du fils sulfureux de Joe Biden agitent les Américains

Link zum Artikel

Les Etats-unis évoquent un boycott des JO de Pékin

Link zum Artikel

Que penser des 65 premiers jours du Président Biden

Link zum Artikel

Un rapport de l'OMS sème le trouble entre la Chine et les USA

Link zum Artikel

Analyse

Pourquoi Joe Biden est inquiet pour la démocratie américaine

Dans un discours prononcé à l'occasion du Memorial Day, le président américain a mis en garde contre la désintégration de l'institution politique la plus importante.

Dans son livre «Upheaval», publié il y a environ deux ans, l'anthropologue Jared Diamond («Collaps», «Guns Germs & Steel») résume la prise de pouvoir sanglante du général Pinochet au Chili. Jusqu'à ce coup d'État extrêmement brutal, le Chili était considéré comme un modèle de démocratie pour l'Amérique du Sud. Diamond pose donc la question suivante :

Ça se pourrait. Bien que Donald Trump soit en train de bouder dans son exil à Mar-a-Lago, le danger d'une dictature n'est en aucun cas …

Lire l’article
Link zum Artikel