La gauche américaine renie ses excès pour défier Trump
Désarmer et désargenter la police, abandonner tout contrôle aux frontières, annuler Noël et Thanksgiving, purifier les esprits au Kärcher, interdire des bouquins et des cours, chasser les étudiants et les profs non progressistes des campus, ruiner la vie d’un chauffeur routier mexicain pour un geste attribué au suprémacisme blanc alors qu’il ne faisait que craquer ses doigts au volant de son camion. Ces sept dernières années, en marge des sérieux électrochocs sociaux comme #metoo ou Black Lives Matter, l’extrême gauche américaine a dépassé les bornes.
Une fois n'est pas coutume, ce ne sont pas les trumpistes qui l’affirment, mais un certain nombre d’huiles d’extrême gauche qui semblent vouloir désinfecter leurs placards.
A gauche, 2026 ressemble à un gros ménage de printemps pour faire disparaître des excès qui ont décharné le parti démocrate et fait mordre la poussière à Kamala Harris en novembre 2024. Partie émergée de l’iceberg, une punchline balancée par une star progressiste, il y a une semaine, fait jaser:
🔴 Il giorno in cui AOC ha detto che “Woke 1 era una follia”
— Gigi B (@GBallarani) August 16, 2026
Il 9 agosto 2026, ad ABC This Week, Alexandria Ocasio-Cortez risponde a una domanda sulle vecchie posizioni di una candidata progressista (abolizione della polizia, cancellare Thanksgiving).
Ride e cita un consigliere…
Ce jour-là, la députée citait en réalité un conseiller municipal new-yorkais d'extrême gauche. Elle répondait également à une question du journaliste à propos de son refus de soutenir publiquement Francesca Hong dans la course au siège de gouverneur du Wisconsin. Une candidate qui voulait précisément dézinguer Thanksgiving, avant de revenir sur ses propos et... d’échouer en primaire.
Alexandria Ocasio-Cortez fut l’un des visages et moteurs d’une extrême gauche ayant notamment milité pour couper les vivres à la police et abolir les prisons: «Démanteler la police, c’est démanteler la police, pas simplement des calculs budgétaires douteux. La lutte pour le désinvestissement dans la police se poursuit», avait-elle déclaré en 2020.
Quelques jours après la sortie fracassante d’AOC sur «le wokisme 1.0», ce fut au tour du maire de New York, Zohran Mamdani, de glisser sous le tapis de vieilles poussières militantes datant de la pandémie de Covid-19.
Une marche arrière également opérée discrètement par Gavin Newsom au sujet du terme inclusif «Latinx» (pour remplacer «Latino» et «Latina»), prétextant à tort ne l’avoir jamais prononcé. Un mot qui a été boudé par les principaux intéressés et à l’origine d’accusations de «déconnexion avec les préoccupations du peuple» de la part d’un grand nombre d’électeurs démocrates.
#COVID19 disproportionately impacts the Latinx community.
— Gavin Newsom (@GavinNewsom) July 27, 2020
Rising rates in the Central Valley are concerning. CA is making $52M available to increase testing, contact tracing and quarantine efforts, and sending strike teams to 4 counties with increased cases and hospitalizations.
Ignorer les excès du passé et aller de l’avant, voilà le mot d’ordre qui semble se propager au sein de l’aile gauche d’un parti démocrate qui se cherche toujours un début d’unité avant les prochaines grandes échéances. Que ce revirement soit un véritable examen de conscience ou au contraire un simple opportunisme électoral pour éviter la débâcle de 2024 importe sans doute assez peu.
D’une manière ou d’une autre, les gauches progressiste et modérée savent qu’elles doivent se recentrer pour tenter de regagner la confiance d’une base électorale en manque d’une solide boussole depuis plusieurs années. Cet abandon public du «wokisme 1.0» ne veut pas dire que la gauche radicale s’essouffle et que les vieilles gloires du parti peuvent souffler.
Bien au contraire.
Passer un grand coup de balai dans une rhétorique brouillonne, mais dévastatrice devrait permettre aux ténors et aux jeunes pousses anti-système de se réconcilier naturellement avec les préoccupations actuelles, de la santé publique au pouvoir d’achat, en passant par l’emploi et une politique d’immigration mieux assumée.
Là où se planquent les inégalités qui comptent, en somme.
Surtout que la gauche du parti démocrate a en ce moment de sérieux soldats au front. Si Alexandria Ocasio-Cortez tente aujourd’hui de se repositionner au sein du parti et opère une mue personnelle en vue des midterms et de l’élection présidentielle, elle peut compter sur de nouvelles stars, à commencer par l’étonnant Abdul El-Sayed.
Ce jeune médecin et ancien responsable de la santé publique a récemment remporté la primaire démocrate du Michigan face à la candidate de l’establishment Haley Stevens.
Avec une énergie que les modérés peinent pour l’heure à retrouver, des personnalités comme Abdul El-Sayed, Zohran Mamdani ou Alexandria Ocasio-Cortez, soutenus par l’infatigable Bernie Sanders, s’approprient un populisme et une bonne dose de provocation qui a réussi à Trump pour réveiller les troupes.
Ce fameux «woke 1.0» qu’AOC veut aujourd’hui oublier a surtout souri aux conservateurs une fois dans les urnes. Les élections de mi-mandat feront office de scrutin test pour savoir si cette gauche 2.0, purifiée de ses excès, mais toujours source de tensions internes (notamment au sujet du soutien à Israël) a les reins suffisamment solides pour imaginer mener les démocrates vers la Maison-Blanche en 2028. Elle a du moins fait un premier pas nécessaire pour secouer le parti.
