Trump est une drogue dure
Donald Trump n’est pas Bill Clinton. Natalie Harp n’a jamais rien eu en commun avec Monica Lewinsky. L’Amérique s’excite pourtant depuis quelques jours sur une prétendue liaison amoureuse entre le 47e président des Etats-Unis et son assistante personnelle de 35 ans. Dans les pattes de Trump depuis au moins cinq ans, cette ancienne journaliste pour le compte d’un média d’extrême droite fait curieusement les choux gras de toute la presse du pays en cette fin août 2026.
Pour rappel, l’affaire a éclaté lorsque le Washington Post a révélé l’exfiltration secrète de Trump en Turquie, d’abord par un camion d’alimentation, pour finir par rejoindre le Royaume-Uni en avion militaire. Avec lui, notamment, Natalie Harp. Pourquoi elle, alors que des huiles comme Marco Rubio ont dû risquer leur vie à bord d’Air Force One?
Une deuxième grenade a été dégoupillée par le sénateur démocrate Jon Ossoff, ironisant sur cette supposée liaison pour affirmer que le président préfère «voyager avec Natalie plutôt que de faire son boulot». De bonne guerre, alors que le pays se concentre sur les midterms.
Depuis, c’est le feuilleton surprise de l’été. Jusqu’à la très sérieuse CNN qui a apparemment décidé d’en faire sa saga personnelle. La dernière révélation en date de la chaîne d’info américaine? A New York, en 2023 et en plein marathon judiciaire de Donald Trump, Natalie Harp se serait méchamment frittée avec le Secret Service en raison d’un manque de place dans les voitures officielles pour qu’elle puisse le suivre.
Hors d’elle, l’assistante se serait jetée dans le coffre d’un SUV faisant partie du cortège. Un geste désespéré qui prouverait que la jeune femme est simplement amoureuse de son patron. Ce serait minimiser l’emprise que Donald Trump possède, depuis longtemps, sur plus faible que lui.
Natalie Harp a survécu à un cancer des os. Invitée à s’exprimer sur sa maladie lors de la Convention républicaine de 2020, la jeune journaliste a caressé Trump dans le sens du poil en rappelant qu’il avait signé la loi «Right to Try» en 2018, permettant à des patients atteints de maladies incurables ou en phase terminale d'accéder à des traitements médicaux expérimentaux: «Il m’a sauvé la vie».
Shooté à l’amour qu’on lui porte, le gourou MAGA a transformé un témoignage de reconnaissance en dette éternelle et Natalie Harp en humain redevable. En gros, la voilà devenue la candidate idéale pour intégrer l’intimité stratégique d’un puissant octogénaire qui ne fonctionne qu’à la loyauté la plus totale. Pour Trump, mieux vaut un apôtre habité par une fidélité démesurée à son gourou, qu’un fin stratège politique plus compétent que lui.
En 2018, Politico, qui avait pondu un gros dossier sur cette loyauté à Trump, avait fini par dire que personne, pas même le président, ne sait véritablement ce qu’elle signifie réellement. «En 241 ans d'histoire des Etats-Unis d'Amérique, jamais un commandant en chef n'a autant réfléchi à la loyauté, ni tenté de l'utiliser et de l'imposer, que Trump», dira également Politico.
Une coquille vide, mais obsessionnelle, qui cache une méfiance quasi paranoïaque. Dans les faits, cet exercice de loyauté extrême est en tout cas une astuce RH qui rappelle le fonctionnement de la mafia, épargne le patron de faire preuve d’un réel leadership et l’autorise à couper des phalanges et même des têtes quand les soldats le trahissent.
Pour Trump, ça se résume souvent à des attaques publiques, des insultes gratuites et une tentative de priver le renégat de toute possibilité d’avenir professionnel. Pensons simplement à Mike Pence, son ancien ministre de la Justice Bill Barr (traité de «lâche» et de «déchet» par le président) ou encore Nikki Haley (une «cervelle d'oiseau» pour Trump). Plus récemment, Marjorie Taylor Greene, une ancienne groupie désormais libérée de son emprise, a subi les foudres du gourou.
Donald Trump ne fricote sans doute pas avec Natalie Harp, car il a beaucoup plus à en tirer qu’une partie de jambes en l’air dans un placard d’Air Force One: l’assurance de ne pas prendre une lame entre les deux omoplates. Si, au fil des ans, la loyauté exigée par le président est devenue une drogue dure pour ceux qui y ont goûté, elle s’effrite depuis quelques longs mois.
A quelques enjambées des midterms, un certain nombre d’anciens drogués au trumpisme filent en cure de désintox’, ne serait-ce que pour sauver leur peau dans les urnes. Donald Trump lui-même autorise à contrecœur des prises de paroles qui ne vont pas dans son sens, si ça peut faire gagner un républicain. Comme pour toute drogue, s’en défaire n’est pas simple, avec des rechutes et des effets secondaires, mais la tendance s’affirme chaque jour davantage.
Au final, «l’affaire Natalie Harp» ressemble à une aubaine pour lui, prouvant sans réellement le vouloir qu’il n’est pas encore totalement lâché par les siens, alors qu’il s’apprête à entrer dans la seconde partie de son mandat avec une impopularité record.
