Un abattage assuré, une fourrure de qualité supérieure, et la livraison du trophée à domicile: ces annonces publicitaires sont au cœur d’un nouveau boom de la chasse aux ours en Roumanie. «Il y a de plus en plus de sites web qui font la promotion de la chasse à l'ours en Roumanie», explique Cristian-Remus Papp, expert des ours au WWF Roumanie.
Il y a peu, le Parlement de Bucarest a plus que doublé le quota annuel d’abattage des ours, passant de 220 à 481. Cette décision fait suite à un incident tragique, où un ours brun a mortellement attaqué une jeune cycliste dans les Carpates avant de l’entraîner dans la forêt. En Roumanie, pays abritant la plus grande population d’ours d’Europe, ce drame a déclenché un débat passionné: «Personne n’est en sécurité face aux ours», ont clamé les représentants de la chasse.
Sous la pression, le premier ministre Marcel Ciolacu a interrompu la pause estivale du Parlement pour une session extraordinaire, durant laquelle le nouveau quota d’abattage a été voté. «Cette loi a été adoptée sous le coup de l’émotion, sans tenir compte des faits ni des recommandations scientifiques», regrette Cristian-Remus Papp, biologiste au WWF.
Face aux critiques, le premier ministre Ciolacu a tenté de rassurer. Néanmoins, cette initiative gouvernementale a déclenché une tendance qualifiée de «discutable» et d’«hystérique» par les écologistes. La nouvelle législation semble avant tout servir les intérêts de la chasse et du gouvernement, selon les médias locaux.
Un forfait de chasse pour l’abattage d’un ours démarre à environ 1000 francs suisses, tandis que les taxes sur les trophées peuvent atteindre 4500 francs suisses et plus. Avec une population estimée entre 6000 et 8000 ours dans les forêts roumaines, les défenseurs de la chasse estiment qu’il est nécessaire de réduire considérablement ce nombre pour éviter les conflits entre les ours et les humains.
L’attraction des touristes pour ces animaux pose également problème. Selon l'expert des ours au WWF Roumanie, la gestion défaillante des déchets, ainsi que les touristes, guides et chasseurs qui attirent les ours avec de la nourriture, contribuent à ces rencontres de plus en plus fréquentes.
Depuis 2000, 26 personnes ont été tuées et 274 blessées par des ours en Roumanie. «C’est un chiffre élevé, et bon nombre de ces incidents auraient pu être évités», ajoute-t-il.
First bears I’ve seen in the wild in 20 years of visiting Romania.
— Andrew Jago (@Andrew_Jago) August 6, 2024
A shepherd also spotted a bear and her cub in the field next to our home.#Transylvania pic.twitter.com/uPVZsDP5E5
Selon le scientifique, le boom actuel de la chasse ne contribuera guère à une diminution des attaques. En effet, alors que les riches touristes chasseurs s'intéressent aux beaux spécimens qui leur serviront de trophée et les guettent dans les forêts, ils ignorent les ours problématiques, généralement beaucoup plus petits, qui se trouvent à proximité des habitations. «Les conflits avec les ours sont assez complexes et nécessitent différents types de solutions», explique Cristian-Remus Papp.
Il plaide pour une solution qui s'appuie sur les faits et le problème réel.
A long terme, seule la distance entre l'homme et l'animal peut aider: en éliminant correctement les déchets, en interdisant le nourrissage, en informant les communautés locales et les touristes et en observant les ours problématiques. «La chasse seule ne peut pas résoudre le problème», conclut-il.
Traduit et adapté par Noëline Flippe