La France aura dans quelques semaines une nouvelle Assemblée nationale. Ainsi en a décidé Emmanuel Macron en annonçant dimanche soir à 21 heures la dissolution de la principale chambre du parlement français. Ce faisant, il prend acte de la victoire attendue et haut la main du Rassemblement national (RN) aux élections européennes.
Mais surtout, il prend acte de la situation de blocage dans laquelle se trouve la France. Emmanuel Macron a été élu par deux fois président de la République pour faire barrage à l’extrême droite, incarnée par le RN. C’est unique dans l’histoire de la Ve République et c’est un aveu de faiblesse pour le système démocratique.
Si Emmanuel Macron a pu gouverner durant son premier mandat, la chose est devenue extrêmement ardue durant le second, entamé en 2022. Il n’a plus de majorité. Il a été contraint de recourir plus que de raison à l’article 49.3 qui permet au gouvernement de se passer de l’assentiment de l’Assemblée nationale, à moins que cette dernière ne trouve une majorité de circonstance pour le faire chuter en votant la censure.
Cette majorité de circonstance a cette fois-ci été trouvée. Elle n’est autre que celle des résultats des élections européennes en France. La liste Renaissance de la majorité présidentielle emmenée par Valérie Hayer ne fait même pas la moitié des voix gagnées par le grand vainqueur du jour, Jordan Bardella pour le RN. Emmanuel Macron a estimé qu’il n’avait plus les moyens de faire ne serait-ce qu'illusion.
Bien sûr, il y a un calcul. Enfin, on en est à l'espérer. Le calcul, d'abord, qui consiste à mettre les Français face à leurs responsabilités. A présent qu’ils en ont l’occasion, veulent-ils, vraiment, livrer les clés du gouvernement au Rassemblement national, un parti essentiellement protestataire?
Il y a de très fortes attentes parmi les Français en termes de pouvoir d’achat et de sécurité. Si un pouvoir d’achat plus fourni ne se décrète pas aisément, une plus grande sécurité apparaît comme plus facile à mettre en œuvre. Peut-être la future Assemblée nationale durcira-t-elle la justice des mineurs, toujours plus de jeunes gens étant semble-t-il impliqués dans des faits dramatiques. La question migratoire devrait aussi faire l'objet de débats nourris. On sait que le RN et la droite en général lient insécurité et immigration.
Mais ce dimanche et dans les jours à venir, il faut prendre conscience d’une chose inédite dans l’histoire de la Ve République: les scores additionnés de l’extrême droite atteignent près de 40% des voix. Si on leur ajoute les 8 à 9% obtenus par la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, décrite comme le parti de la «bordélisation» de la vie publique française, les formations populistes de droite extrême et de gauche radicale forment quasiment 50% de l’électorat français. C’est énorme.
Alors, Emmanuel Macron fait-il acte de courage et de responsabilité en dissolvant l’Assemblée nationale, ou abdique-t-il face à l'adversité? Il est à peu près certain que l’actuelle majorité présidentielle, après la claque des européennes, aurait eu toutes les peines du monde à gouverner durant les trois dernières années du mandat macronien.
C’est après tant de discours sur la paix en Europe, sur la nécessité de s’opposer à Poutine, discours prononcés lors des commémorations des 80 ans du Débarquement, que le Rassemblement national, pro-Poutine il n’y a pas si longtemps encore, va peut-être prochainement diriger le gouvernement français. Les élections législatives anticipées auront lieu les 30 juin et 7 juillet prochains, entre Euro de foot et Jeux olympiques de Paris. Ce n'était pas prévu au programme.