Le système parlementaire français est devenu un coq sans tête courant en tous sens. On n’y comprend plus rien. Ou alors, on n’y comprend que trop. La reconduction de la macroniste Yaël Braun-Pivet à la présidence de l’Assemblée nationale, jeudi, obéit à une logique d’entente entre partis. Rien de scandaleux ici.
Sauf que cela se passe au terme d'une séquence démocratique – une dissolution suivie d’élections législatives anticipées –, dont les institutions sont sorties lessivées. La Ve République a été pensée pour donner des majorités claires, gage de stabilité, partant, de paix civile. Or la présente assemblée est éclatée comme jamais, sans majorité viable.
Face à cette situation inquiétante, on pourrait attendre des partis qu’ils surmontent leurs divergences, parfois profondes, pour permettre à une coalition de gouverner sur la base d’un programme fait de compromis. Cela se mettra peut-être en place dans les prochaines semaines, mais pour l’heure, c’est la gabegie et le retour aux propos excessifs, à des comportements indignes de la vie démocratique.
Sébastien Chenu, du Rassemblement national, a parlé d’une «élection volée» à propos de la réélection de Yaël Braun-Pivet. Mathilde Panot, de La France insoumise, a dénoncé des «magouilles». Etranges remarques venant de représentants de formations politiques réclamant l’instauration de la proportionnelle, en lieu et place de l’actuel système majoritaire pour élire l’Assemblée nationale.
En s’entendant, jeudi, sur le nom de Yaël Braun-Pivet, qui a obtenu 220 voix, 13 de plus que le candidat communiste André Chassaigne présenté par le bloc de gauche Nouveau Front populaire (NFP), arrivé deuxième, le bloc Ensemble (les macronistes plus leurs alliés) et la Droite républicaine (anciennement LR) ont scellé une alliance conforme à l’esprit d’un régime parlementaire qui reposerait sur le scrutin proportionnel. A ceci près que ce mode de scrutin n'est pas en vigueur aujourd'hui.
Quant aux comportements indignes, on pense à ces députés LFI qui ont refusé de serrer la main des benjamins RN de l’Assemblée nationale, au moment de déposer leur bulletin dans l’urne dédiée à l'élection du futur président de la Chambre basse, en l’occurrence une présidente. L’un d’eux, le député de Marseille Sébastien Delogu, bâti comme une armoire à glace, se montrant intimidant.👇
LFI et ses méthodes staliniennes.
— Termet Flavien (@Flavien_Termet) July 18, 2024
Les intimidations physiques du député Delogu sont indignes de l’Assemblée nationale.
Face à l’extrême-gauche qui transforme l’hémicycle en ZAD, les députés du @groupeRN_off seront respectueux de leur mandat et de la confiance des électeurs. pic.twitter.com/jtNgE4BMFb
Ces députés LFI qui se font un devoir moral de ne pas «serrer la main de l’extrême droite», savent-ils – oui, ils savent – que leur chef Jean-Luc Mélenchon, c’était le 15 juillet 2020, avait resservi la thèse antisémite du peuple juif déicide, «coupable» de la mort du Christ? A une journaliste qui lui demandait si «les forces de l'ordre devaient être comme Jésus sur la croix et ne pas répliquer», il avait répondu:
Or c’est beaucoup en raison de l’antisémitisme du fondateur du Front national, devenu Rassemblement national, Jean-Marie Le Pen, que le «front républicain» contre l’extrême droite a été une nouvelle fois reconduit lors des législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet. Ces députés LFI refusent-ils de serrer la main de leur chef, peu avare d’allusions antisémites ces dernières années?
Après la réélection de Yaël Braun-Pivet au «perchoir» de l’Assemblée nationale, façon «on prend les mêmes et on recommence», ce qui a de quoi agacer au vu du pétrin créé par Emmanuel Macron et sa dissolution, il serait bon que l’ensemble des partis, RN et LFI compris, soit représenté aux postes clés de la Chambre basse. Parmi eux, les vice-présidences. Afin que toutes les sensibilités électorales se sentent parties prenantes du processus démocratique au sortir d’une élection où nul ne peut dire qu'il est majoritaire.
En revanche, contrairement à ce qu’il claironne depuis le soir du second tour du 7 juillet, le NFP (LFI, socialistes, écologistes et communistes) n’a aucune légitimité, pas plus que d’autres, à réclamer le pouvoir. Pour la bonne raison qu’il n'a pas de majorité et qu’il n’a pas l’air disposé, pour l'instant, à composer avec le centre macroniste et encore moins avec la droite républicaine – LFI a ici le poids du boulet.
Non, ce qui se dessine et qui s’est amorcé avec la réélection de Yaël Braun-Pivet à la présidence de l’Assemblée nationale, c’est une alliance Ensemble-Droite républicaine, peut-être l’embryon d’un futur gouvernement de centre-droit. Cela dit, à peine plus doté en sièges que la gauche NFP. Ce qui le forcerait à ouvrir en direction de cette dernière.
Décidément, on n’échappe pas à l’implacable arithmétique d’une chambre n’offrant aucune solution toute faite. Placés dans une configuration de proportionnelle obligeant à des alliances de gouvernement jusqu'ici improbables, les partis – hors RN, mis sur la touche par tous les autres et qui donc ne compte pas, pour l’instant du moins – les partis, disions-nous, se comportent comme s’ils n’avaient pas fait leur deuil des majorités livrées sur un plateau.