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L'Afd triomphe: les ex-Allemands de l'Est se sont vengés

Ulrich Siegmund, le leader de l'AfD vainqueur en Saxe-Anhalt dimanche 6 septembre 2026.
Ulrich Siegmund, le leader de l'AfD vainqueur en Saxe-Anhalt dimanche 6 septembre 2026.image: montage watson
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Le triomphe de l'AfD est une vengeance

Avec environ 44% des voix, le parti d'extrême droite AfD réalise une percée historique en Saxe-Anhalt, dans cette ex-RDA qui veut rétablir la «grandeur de l'Allemagne» sur le dos des étrangers, un «Wir schaffen das» à l'envers, en somme. Ce résultat est un signal qui dit «c'est possible» au reste de l'Allemagne et à l'Europe.
06.09.2026, 22:4007.09.2026, 17:48

Le scénario cauchemardesque d’une victoire écrasante de l’extrême droite dans un Land allemand s’est réalisé. Dimanche, le leader de l’AfD en Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund, a triomphé. Il manquait moins de six points en début de soirée à son parti pour franchir la barre des 50% dans de cette élection proportionnelle à un tour.

C’est plus – il faut mesurer l'«exploit» – que le score réalisé le 14 octobre 1990 par la CDU lors du premier scrutin libre de l’après-République démocratique allemande communiste, l'ex-RDA. La formation chrétienne-démocrate du chancelier Helmut Kohl, le père de la réunification allemande et de la parité Deutsche Mark-DDR Mark si appréciée à l’époque des ex-Allemands de l’Est, avait atteint 39% des voix, quand elle s'effondre de plus de la moitié aujourd'hui. Avec un taux de 76,5%, la participation au présent scrutin a atteint un record, au profit manifeste du vainqueur.

Tout est historique dans ce scrutin. Seule la majorité absolue pourrait manquer de justesse à l’AfD pour qu’elle gouverne seule et mette comme elle l'entend son programme à exécution, nonobstant les limites fixées par la loi fondamentale allemande.

Un «Wir schaffen das» à l'envers

Mais le signal donné en Allemagne et en Europe, à commencer par la France, l'Espagne et le Royaume-Uni, où des élections générales auront lieu en 2027 et 2029, est là. Ce signal reprend en somme le slogan «Wir schaffen das» (Nous le ferons) d’Angela Merkel, mais dans un sens contraire à celui de 2015: non plus pour l’accueil des migrants, mais pour leur remigration.

Car c’est bien la variable migratoire comme exutoire qui est au cœur du programme du parti d’extrême droite. L’attentat meurtrier commis par un Saoudien en 2024 sur le marché de Noël de Magdebourg, chef-lieu de la Saxe-Anhalt, n’a manifestement pas été oublié.

Qu’on ne s’y trompe pas: l’écart entre les meilleurs résultats de l’AfD en ex-Allemagne de l’Est et ceux en ex-Allemagne de l’Ouest, de 15 à 20 points, à l’avantage, si l'on peut dire, de l’ex-RDA, est trompeur. Si l’AfD est le parti le plus fort dans les Länder anciennement sous domination soviétique, elle est en passe de devenir la deuxième formation dans la plupart des anciens Länder de l’Ouest.

La percée est spectaculaire pour un parti qui a treize ans d’existence.

A l’Ouest aussi, la question migratoire – liée à la question identitaire – devient centrale dans une partie toujours forte de l’électorat.

Voyons ce qu’il y a de spécifique dans le résultat «canon» de l’AfD en Saxe-Anhalt (où évolue le RB Leipzig qualifié pour la Ligue des champions), plus généralement dans le succès de ce parti en ex-RDA.

Les ex-Allemands de l'Est se vengent

Les habitants de l’ex-Allemagne de l’Est – avec l'AfD pour mentor – se sentent moins tenus par la culpabilité du nazisme que les ex-Allemands de l’Ouest, où le «plus jamais ça» tient lieu encore de cadre moral. Si l'ex-RDA a été défascisée, le fascisme étant l'ennemi idéologique du communisme, elle n'a pas été à proprement parler dénazifiée, le nazisme de l'Allemagne aurait été un legs trop lourd à porter pour le «nouveau peuple allemand».

Les ex-Allemands de l’Est, ensuite, font payer aux dirigeants allemands de n’avoir pas profité comme ceux de l’Ouest de l’extraordinaire croissance des Trente Glorieuses de l’après-guerre, comme ils font payer les sacrifices qu’ils estiment avoir consentis dans le rattrapage économique après la réunification, qui s’est traduit par des taux de chômage de 20% dans les années 1990.

Frustrés, ils s’imaginent incarner la véritable continuité historique allemande – d’où la formule «plus de Bismarck, moins de Hitler» du leader AfD en Saxe Anhalt. Par quoi il faut comprendre: moins de repentance pour le passé nazi et plus d’Allemagne forte, Bismarck étant le mythique chancelier de l’unification allemande au 19e siècle.

L’AfD a un objectif: rétablir la «grandeur de l’Allemagne». A ceci près qu’elle est anti-aide à l’Ukraine et pro-russe. Animée de cette «ostalgie» qui lui rend, pense-t-elle, une identité dissoute après la chute du mur de Berlin en 1989, l’AfD prend en tout le contre-pied de la chancellerie fédérale. Sa prochaine étape, espère-t-elle.

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