Pourquoi le Danemark ne naturalise plus personne
Devenir Danois ou Danoise est de plus en plus difficile. Car le Danemark ne naturalise actuellement plus personne, le monde politique se déchirant sur de nouvelles mesures visant à durcir les conditions. Au cœur du débat: un contrôle systématique des convictions personnelles des étrangers et une citoyenneté assortie d'une période probatoire.
Alors que le gouvernement lui-même est divisé sur la marche à suivre, la liste d'attente s'allonge: plus de 16 000 personnes remplissent les conditions strictes requises pour être naturalisées, mais aucune décision n'est prise.
Et beaucoup attendent déjà depuis plusieurs années. «Cela semble inhumain», a déclaré la Belge Zoé de Moffarts à la chaîne de télévision DR. Elle vit au Danemark depuis 2014 et attend son passeport depuis 2023:
La frustration des milliers de candidats est d'autant plus grande que les obstacles à l'obtention de la nationalité danoise sont très élevés en comparaison internationale. Par rapport à la Suisse, par exemple, qui impose elle aussi des conditions strictes, le Danemark exige un niveau de langue plus élevé lors de l'examen, un délai d'attente de deux ans après le dépôt de la demande ainsi que, pendant plusieurs années, un emploi d'au moins 30 heures par semaine.
Les personnes qui travaillent moins ne peuvent pas prétendre au passeport danois. Il n'existe par ailleurs aucune naturalisation facilitée pour les conjoints. Depuis 2019, le Danemark dispose aussi d'une loi spéciale qui vise spécifiquement les immigrés musulmans: avant d'être naturalisé, il faut serrer la main d'un représentant officiel de sa commune de résidence, y compris s'il s'agit d'une personne de l'autre sexe. Une personne qui, pour des raisons religieuses par exemple, refuse de serrer la main d'une femme n'obtient pas la nationalité.
Le Parlement décide de l'octroi des passeports
Au Danemark, la naturalisation n'est pas une affaire locale tranchée par une autorité ou une assemblée communale, mais une décision politique. Deux fois par an, le Parlement national adopte une loi contenant la liste des personnes qui obtiennent la nationalité. Une majorité est nécessaire à chaque fois, ce qui n'était autrefois qu'une formalité. Mais la controverse sur le durcissement des règles, qui traverse aussi bien les partis au gouvernement que l'opposition, provoque désormais un blocage.
Les populistes de droite, mais aussi les partis de droite plus classique, réclament qu'à l'avenir les autorités ne se contentent plus d'examiner le comportement, la réputation et l'intégration des candidats, mais contrôlent également leurs «convictions». Il s'agirait, par exemple, de passer au crible leurs publications sur Facebook ou Tiktok afin d'y déceler des «positions antidémocratiques» ou un mépris des «valeurs danoises fondamentales». Des propos hostiles à l'homosexualité ou à l'égalité entre les femmes et les hommes pourraient notamment être concernés.
Les sociaux-démocrates (réd. parti danois de centre gauche) au pouvoir ne sont pas opposés à ces projets. Ils ont chargé un groupe d'experts d'en examiner les possibilités d'ici à la fin de l'année. Les détracteurs mettent déjà en garde contre le risque de décisions arbitraires fondées sur d'anciennes déclarations publiées sur internet. Ils y voient aussi une atteinte à la liberté d'expression, pourtant toujours fortement mise en avant au Danemark. Des juristes critiquent également la possibilité de modifier soudainement et rétroactivement les critères de naturalisation.
Dans le même temps, certains partis proposent une naturalisation assortie d'une période probatoire: si un nouveau citoyen était condamné à une peine de prison dans les cinq, voire les dix années suivant sa naturalisation, son passeport pourrait lui être retiré. Les sociaux-démocrates sont également ouverts à cette idée. Mais les candidats devront patienter jusqu'à ce que ces propositions aient été examinées sur le plan politique, a déclaré une porte-parole du parti. Il est donc tout à fait possible qu'aucune nouvelle naturalisation n'ait lieu avant octobre 2027. (trad. hun)
