La droite française risque de se saborder avant la présidentielle
Ne rien faire est suicidaire, faire est terriblement risqué. Voilà le dilemme qui se pose à la droite et au centre, mis au défi de se qualifier pour le second tour de la présidentielle française d’avril-mai 2027. Alors, primaire ou pas primaire? Gabriel Attal, l’éphémère premier ministre d’Emmanuel Macron, s’est rendu le 28 octobre au «20 Heures» de TF1 pour dire l’urgence d’en organiser une, seul moyen, selon lui d’empêcher un duel final entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
Ils sont théoriquement quatre sur la ligne de départ, candidats à l’élection suprême: deux anciens premiers ministres d’Emmanuel Macron, Edouard Philippe et Gabriel Attal, l’ex-ministre de l’Intérieur de Macron et président du parti Les Républicains Bruno Retailleau, enfin, David Lisnard, maire de Cannes.
Heurs et malheurs de la primaire
Tous, sauf un dans l'immédiat – Edouard Philippe – sont partants pour une primaire devant désigner celui qui incarnerait la droite et le centre au premier tour de la présidentielle. La gauche socialiste a fait le sienne, remportée par Raphaël Glucksmann.
Bruno Cautrès, politologue au Centre de la vie politique française (Cevipof), pointe les avantages et les écueils d’un tel scrutin:
Lesquelles? Le politologue cite «l’immigration, l’Europe, la conception même de l’Etat».
Une primaire n’a d’intérêt que si les perdants s’alignent derrière le vainqueur. Rien n’est moins sûr dans le cas présent avec des profils aussi différents, selon Bruno Cautrès.
Réussites et catastrophes
Dans l’histoire des primaires françaises, les réussites côtoient les catastrophes. S’il fallait en citer une qui fut réussie jusqu’au bout, c’est celle de 2012, selon Bruno Cautrès. Elle avait départagé des socialistes et un radical de gauche. Sorti vainqueur, François Hollande avait ensuite gagné la présidentielle face à Nicolas Sarkozy.
La primaire à droite de 2017 avait mis François Fillon sur les rails. Mais des révélations du Canard Enchaîné sur l’emploi fictif de sa femme et des costumes qu’il s’était fait offrir avaient ruiné une dynamique qui aurait pu le conduire à l’Elysée. Emmanuel Macron avait été élu cette année-là pour un premier mandat.
Expériences désastreuses
Parmi les primaires désastreuses, il y à celle de 2017 chez les socialistes: battu, Manuel Valls, plutôt que de soutenir le gagnant Benoît Hamon, avait rallié Emmanuel Macron. Bruno Cautrès le rappelle:
Autre ratage mémorable: la «primaire populaire» de 2022, à gauche. Elle avait désigné Christiane Taubira, l’ancienne ministre de la Justice sous le quinquennat de François Hollande.
Revenons à la droite. Comment expliquer le refus d’Edouard Philippe de participer à la primaire proposée par Gabriel Attal? Bruno Cautrès:
Un problème majeur se pose à cette droite et centre de gouvernement, relève le politologue:
Bruno Cautrès en veut pour preuve que, depuis plusieurs mois, aucun des quatre, quelle que soit la manière dont ils sont testés dans les sondages, ne parvient à se qualifier pour le second tour. «Cela veut dire que les voix de celui ou ceux qui ne sont pas testés dans les études d’opinion ne se reportent pas automatiquement sur celui ou ceux qui le sont.»
Cette stagnation augure mal d’un ralliement général au vainqueur de la primaire au premier tour de la présidentielle.
«Edouard Philippe n'est pas un animal de campagne»
Pour Bruno Cautrès, si Gabriel Attal, bas dans les sondages, veut à ce point d’une primaire, «c’est parce qu’il croit être capable de convaincre dans les débats télévisés face à ses adversaires de droite». A l’inverse, ajoute le politologue, «si Edouard Philippe y est réticent, c’est parce qu’il sait qu’il n’est pas un animal de campagne électorale. Il a un côté figé, un peu éteint, qui le dessert».
L’époque où l'énergie folle d’un Nicolas Sarkozy avait permis de siphonner le vote Front national au premier tour de la présidentielle de 2007 relève de l'âge d'or de la droite. Elle n'a plus jamais gagné le présidentielle après cela.
