Suisse
Conseil d’Etat

Unis à l'UDC à Fribourg: PLR et Centre sommés de se justifier

La coalition des 5 candidats de la droite et du Centre: Markus Julmy (Le Centre), Romain Collaud (PLR), Didier Castella (PLR), Philippe Demierre (UDC) et Marie-France Roth Pasquier (Le Centre).
La coalition des 5 candidats de la droite et du Centre: Markus Julmy (Le Centre), Romain Collaud (PLR), Didier Castella (PLR), Philippe Demierre (UDC) et Marie-France Roth Pasquier (Le Centre). image: watson.

L'alliance avec l'UDC dérange dans ce canton romand

Le 8 novembre, le canton de Fribourg renouvellera ses élus du parlement et du gouvernement. PLR, Centre et UDC, actuellement majoritaires au Conseil d'Etat, partent unis dès le premier tour. La gauche dénonce une «alliance purement électoraliste». Et si les événements en France pesaient dans le vote...
31.10.2026, 07:0031.10.2026, 08:19

Le fédéral, c’est le fédéral, le cantonal, c’est le cantonal. Opposés sur les grands sujets identitaires que sont la neutralité, l’immigration ou encore les futures Bilatérales III, la mère de toutes les batailles selon l’UDC, les droites libérale et centriste, d’une part, nationaliste, de l’autre, renouvellent leur alliance dans le canton de Fribourg pour l’élection au Conseil d’Etat du 8 novembre.

Les droites en question partent unies dès le premier tour sur un ticket à cinq – deux PLR, deux centristes, un UDC – face à un ticket de gauche comprenant également cinq candidats – trois PS, une Verte, un Centre-Gauche (ex-chrétien-social). Au total, sept postes sont à repourvoir dans un exécutif actuellement dominé par une nette majorité bourgeoise (deux PLR, deux centristes, un UDC, un PS, une Verte).

«La droite et le centre unis, c'est la campagne du vide»

La gauche, par la voix de Léo Tinguely, secrétaire politique des socialistes fribourgeois, dénonce «une alliance purement électoraliste». Il pointe en particulier «le Centre, qui accepte de s'allier avec un parti, l’UDC, qu’on pourrait qualifier d’extrême droite». «C’est la campagne du vide», observe-t-il, joint par watson.

Et Léo Tinguely de rappeler que le représentant de l'UDC au gouvernement, Philippe Demierre, emportant alors l’adhésion tacite de ses collègues, avait refusé, en novembre 2025, l’hospitalisation d’un enfant de Gaza.

«Ce refus avait couvert de honte le canton de Fribourg à l’époque. Face à la réprobation publique, le Conseil d’Etat avait fait machine arrière, un enfant de Gaza avait finalement été accueilli dans notre canton pour y être soigné.»
Léo Tinguely, secrétaire politique du PLR 

Dans la majorité sortante, on assume la coalition avec l’UDC. Savio Michellod, secrétaire général du PLR cantonal:

«Certes, le PLR n’est pas en accord avec l’UDC sur les Bilatérales III ou la Suisse à 10 millions au niveau fédéral, mais les choses sont différentes à l’échelon du canton.»
Savio Michellod, secrétaire général du PLR cantonal 

«75% de votes communs»

Savio Michellod en veut pour preuve les résultats d'une étude, qui justifient la reconduction de la formule gagnante, comprend-on. «Elle fait apparaître 75% de votes communs du PLR, du Centre et de l’UDC au Grand Conseil durant les cinq dernières années de législature. Ce taux monte à 80% pour les votes PLR et centristes. Il est de 90% pour ceux du PS et des Verts.»

Savio Michellod l'affirme:

«Notre alliance est pragmatique. Elle reflète l'électorat du canton du Fribourg, où la gauche est jusqu’à présent structurellement minoritaire»
Savio Michellod, secrétaire général du PLR cantonal

Des désaccords au sein de la coalition aux commandes ont pu apparaître ces dernières années sur des sujets environnementaux ou relevant de l’aide sociale. La loi permettant à de nouvelles communes de se déclarer officiellement bilingues, votée le 8 octobre dernier au Grand Conseil, a connu également des divergences au sein du triumvirat, le PLR plaidant pour le maintien du statu quo.

La place accordée à l’UDC par le PLR et le Centre tient au fait qu’il vaut mieux partir ensemble plutôt que séparés, afin d’éviter la dispersion des voix. Elle apparaît surtout comme la conséquence du bond en avant du parti souveraino-conservateur à compter des années 2000, dans le canton de Fribourg comme ailleurs.

En place au gouvernement depuis 2021 (l’entente du PLR et du Centre avec l’UDC ne s’était faite qu'après le premier tour), la coalition bourgeoise brigue une nouvelle victoire. Pierre Boschung, le secrétaire politique du Centre fribourgeois, premier parti cantonal, le dit telle une lapalissade:

«Si on veut garder nos sièges au Conseil d’Etat, il faut quand même s’entendre»
Pierre Boschung, secrétaire politique du Centre fribourgeois

Cela suppose de passer outre les réserves exprimées au sein de la section cantonale.

«Il y a des voix dans le parti qui sont un peu gênées par notre alliance avec l’UDC»
Pierre Boschung, secrétaire politique du Centre fribourgeois

La présente élection sera celle du «pouvoir d’achat», analyse Pierre Boschung. Nouvelle hausse des primes maladie, marché du logement en crise: les conditions pour un troisième siège de gauche au gouvernement cantonal sont a priori favorables. Signe parmi d’autres: le 26 avril dernier, la gauche a gagné son référendum lancé contre un paquet d’économies précédemment voté par le parlement fribourgeois.

Mais les socialistes et leurs alliés les Verts ont un indécrottable défaut, selon Pierre Boschung.

«Leur seule solution à presque tout, c’est l'augmentation des impôts, et ça, ça passe mal»
Pierre Boschung, secrétaire politique du Centre fribourgeois

A l’UDC, on se passe des leçons de morale de la gauche. Son président cantonal Timon Gavallet réagit au qualificatif d’«extrême droite» accolé à son parti par le PS.

«C’est assez gonflé venant de personnes qui envisagent de gouverner en ville de Fribourg avec Das Was, une formation d’extrême gauche. C’est une importation de LFI (réd: La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon) dans notre canton.»
Timon Gavallet, président de l'UDC fribourgeoise 

Timon Gavallet défend le bilan et la légitimité de l’UDC à gouverner.

«On est un parti gouvernemental, on a fait notre place au Conseil d’Etat»
Timon Gavallet, président de l'UDC fribourgeoise

La campagne des Bilatérales III à venir ne risque-t-elle pas, par sa virulence attendue et les accusations de «traîtres à la patrie» d’ores et déjà lancées par des élus nationaux UDC contre leurs partenaires de droite et du centre, de faire exploser la coalition fribourgeoise sortante, si cette dernière devait être reconduite au gouvernement? Réponse de Timon Gavallet:

«Je n’ai pas de doute que ça va tenir. L’UDC fribourgeoise a fait campagne pour une Suisse à dix millions et pour la neutralité, et cela n’a pas fragilisé notre entente cantonale.»
Timon Gavallet, président de l'UDC fribourgeoise 

A gauche, la campagne s’est faite, entre autres, sur l’accès au logement et la lutte contre les violences faites aux femmes, rappelle Léo Tinguely.

«Nous demandons l’adoption d’une loi pour protéger les locataires contre la spéculation immobilière.»
Léo Tinguely, secrétaire politique du PS fribourgeois 

Les événements français pèseront-ils?

Dans une dizaine de jours, le canton de Fribourg aura un nouveau Grand Conseil et un aperçu de son futur Conseil d’Etat, un second tour étant jugé des plus probables. Les événements dramatiques qui chamboulent ces jours-ci la France pèseront-ils à la marge dans le vote des Fribourgeois? Entre l’ordre incarné par la droite et le social porté traditionnellement par la gauche, l’un s'imposera-t-il à l’autre?

Un accord qui en préfigure un autre en 2027?
Vers un accord électoral à Fribourg pour les élections fédérales de 2027? Dans le canton du Jura, le PLR a décidé qu'il ne ferait plus de fleur à l'UDC comme en 2023. Les libéraux-radicaux partiront seuls dans la bataille. Dans le canton de Fribourg, l'UDC avait soutenu la centriste Isabelle Chassot et la PLR Johanna Gapany au second tour de l'élection au Conseil des Etats aux fédérales de 2023. Le présent accord pour les élections cantonales du 8 novembre préfigure peut-être une redite dans un an, sachant que l'actuel conseiller national UDC Nicolas Kolly est sur les rangs pour la Chambre haute à Berne.
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Video: watson
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