L'alliance avec l'UDC dérange dans ce canton romand
Le fédéral, c’est le fédéral, le cantonal, c’est le cantonal. Opposés sur les grands sujets identitaires que sont la neutralité, l’immigration ou encore les futures Bilatérales III, la mère de toutes les batailles selon l’UDC, les droites libérale et centriste, d’une part, nationaliste, de l’autre, renouvellent leur alliance dans le canton de Fribourg pour l’élection au Conseil d’Etat du 8 novembre.
Les droites en question partent unies dès le premier tour sur un ticket à cinq – deux PLR, deux centristes, un UDC – face à un ticket de gauche comprenant également cinq candidats – trois PS, une Verte, un Centre-Gauche (ex-chrétien-social). Au total, sept postes sont à repourvoir dans un exécutif actuellement dominé par une nette majorité bourgeoise (deux PLR, deux centristes, un UDC, un PS, une Verte).
«La droite et le centre unis, c'est la campagne du vide»
La gauche, par la voix de Léo Tinguely, secrétaire politique des socialistes fribourgeois, dénonce «une alliance purement électoraliste». Il pointe en particulier «le Centre, qui accepte de s'allier avec un parti, l’UDC, qu’on pourrait qualifier d’extrême droite». «C’est la campagne du vide», observe-t-il, joint par watson.
Et Léo Tinguely de rappeler que le représentant de l'UDC au gouvernement, Philippe Demierre, emportant alors l’adhésion tacite de ses collègues, avait refusé, en novembre 2025, l’hospitalisation d’un enfant de Gaza.
Dans la majorité sortante, on assume la coalition avec l’UDC. Savio Michellod, secrétaire général du PLR cantonal:
«75% de votes communs»
Savio Michellod en veut pour preuve les résultats d'une étude, qui justifient la reconduction de la formule gagnante, comprend-on. «Elle fait apparaître 75% de votes communs du PLR, du Centre et de l’UDC au Grand Conseil durant les cinq dernières années de législature. Ce taux monte à 80% pour les votes PLR et centristes. Il est de 90% pour ceux du PS et des Verts.»
Savio Michellod l'affirme:
Des désaccords au sein de la coalition aux commandes ont pu apparaître ces dernières années sur des sujets environnementaux ou relevant de l’aide sociale. La loi permettant à de nouvelles communes de se déclarer officiellement bilingues, votée le 8 octobre dernier au Grand Conseil, a connu également des divergences au sein du triumvirat, le PLR plaidant pour le maintien du statu quo.
La place accordée à l’UDC par le PLR et le Centre tient au fait qu’il vaut mieux partir ensemble plutôt que séparés, afin d’éviter la dispersion des voix. Elle apparaît surtout comme la conséquence du bond en avant du parti souveraino-conservateur à compter des années 2000, dans le canton de Fribourg comme ailleurs.
En place au gouvernement depuis 2021 (l’entente du PLR et du Centre avec l’UDC ne s’était faite qu'après le premier tour), la coalition bourgeoise brigue une nouvelle victoire. Pierre Boschung, le secrétaire politique du Centre fribourgeois, premier parti cantonal, le dit telle une lapalissade:
Cela suppose de passer outre les réserves exprimées au sein de la section cantonale.
La présente élection sera celle du «pouvoir d’achat», analyse Pierre Boschung. Nouvelle hausse des primes maladie, marché du logement en crise: les conditions pour un troisième siège de gauche au gouvernement cantonal sont a priori favorables. Signe parmi d’autres: le 26 avril dernier, la gauche a gagné son référendum lancé contre un paquet d’économies précédemment voté par le parlement fribourgeois.
Mais les socialistes et leurs alliés les Verts ont un indécrottable défaut, selon Pierre Boschung.
A l’UDC, on se passe des leçons de morale de la gauche. Son président cantonal Timon Gavallet réagit au qualificatif d’«extrême droite» accolé à son parti par le PS.
Timon Gavallet défend le bilan et la légitimité de l’UDC à gouverner.
La campagne des Bilatérales III à venir ne risque-t-elle pas, par sa virulence attendue et les accusations de «traîtres à la patrie» d’ores et déjà lancées par des élus nationaux UDC contre leurs partenaires de droite et du centre, de faire exploser la coalition fribourgeoise sortante, si cette dernière devait être reconduite au gouvernement? Réponse de Timon Gavallet:
A gauche, la campagne s’est faite, entre autres, sur l’accès au logement et la lutte contre les violences faites aux femmes, rappelle Léo Tinguely.
Les événements français pèseront-ils?
Dans une dizaine de jours, le canton de Fribourg aura un nouveau Grand Conseil et un aperçu de son futur Conseil d’Etat, un second tour étant jugé des plus probables. Les événements dramatiques qui chamboulent ces jours-ci la France pèseront-ils à la marge dans le vote des Fribourgeois? Entre l’ordre incarné par la droite et le social porté traditionnellement par la gauche, l’un s'imposera-t-il à l’autre?
