L'Iran réserve une «surprise» suisse aux Américains
Dans la guerre contre le régime des mollahs, «la fenêtre d'opportunité pour une décision se referme», estiment des analystes militaires à Abou Dhabi et à Tel-Aviv. Comme une issue négociée entre Washington et Téhéran est désormais rejetée, elle aussi, par la plupart des Etats arabes riverains du Golfe, les signes d’une opération terrestre américaine dans le golfe Persique se multiplient.
«On ne négocie pas avec des terroristes», a asséné Amjad Taha, conseiller du Cheikh Zayed Al Nahyan, le président des Emirats arabes unis, dans un message diffusé sur X. En ajoutant:
Le lieu d’une bataille peut-être décisive entre les marines américains et les gardiens de la révolution iraniens n’a plus rien d’un secret: le port pétrolier iranien de Kharg, situé sur l’île du même nom, est considéré comme l’un des points stratégiques les plus vulnérables de l’Iran. Sa capacité de chargement atteint sept millions de barils par jour. «Sans Kharg», estime l’expert étasunien de l’Iran Richard Nephew, «l’économie iranienne s’effondre».
En conséquence, les gardiens de la révolution iraniens se préparent à des opérations de débarquement pouvant impliquer jusqu’à 5000 fantassins américains, attendus ce vendredi dans le golfe Persique. Les planificateurs militaires savent qu’une prise de Kharg comporte des risques considérables, l’île dispose de défenses multicouches. Dans un entretien à CNN, l'amiral à la retraite James Stavrididis explique:
La DCA jumelée Oerlikon, d'origine suisse, est fabriquée en Iran depuis 2015. Plusieurs prototypes de ce canon de 35 millimètres avaient été introduits clandestinement via Singapour durant les années précédentes. Avec une cadence de tir de 1100 coups par minute, cette pièce a une portée maximale de quatre kilomètres. Les Iraniens utiliseraient toutefois aussi ce puissant canon double comme «pièce d’artillerie classique».
Mines antichars et essaims de drones
Parmi les «surprises» que les Iraniens auraient préparées pour les marines américains figureraient aussi des pièges sous la forme de mines antipersonnel et antichars. Depuis la côte iranienne, située à seulement 28 kilomètres de l'île de Kharg, des essaims de drones peuvent être lancés.
Des drones sous-marins modernes, made in Iran, pourraient eux aussi être engagés. Propulsés par des batteries au lithium, redoutent des experts, ces drones pourraient atteindre leurs cibles dès le détroit d’Ormuz, où les navires d’assaut amphibie de l’US Navy sont considérés comme particulièrement vulnérables.
Les Iraniens auraient développé pendant des décennies leurs systèmes sophistiqués «de défense et de contre-attaque», a averti le général américain Jim Morris dans un entretien avec l’analyste militaire Patrica Marins. L’ancien ministre américain de la Défense a rappelé que les Iraniens avaient déjà affronté l’US Navy pendant la guerre contre l’Irak, qui s’est terminée en 1988.
A l’époque, des frégates de la marine de guerre américaine escortaient des pétroliers dans le détroit d’Ormuz. Au cours de ces opérations dans le détroit, la frégate étasunienne Stark fut «accidentellement» touchée par deux missiles français Exocet tirés par un Mirage irakien alors considéré comme «ami». 37 marines américains ont été tués dans cet incident. Un an plus tard, un Airbus A300 iranien avec 290 passagers à bord était abattu dans le détroit d’Ormuz. L’appareil avait été touché par un missile de l’«USS Vincennes». L’équipage du croiseur lance-missiles américain avait prétendu l'avoir confondu avec un F-14 iranien.
Pour expliquer ces nombreuses erreurs, des experts avaient invoqué «la confusion du théâtre d’opérations dans le détroit d’Ormuz ainsi que la peur de la guerre asymétrique menée par les Iraniens». Les vedettes rapides iraniennes chargées d’explosifs, guidées vers leurs cibles par des commandos-suicides, étaient particulièrement redoutées.
Le recours à des kamikazes, près de quarante ans plus tard, contre le «grand Satan», comme les Etats-Unis sont appelés en Iran depuis la révolution islamique, est tenu pour certain. La bataille imminente pour Kharg, si elle devait réellement avoir lieu, pourrait être sanglante.
Mais ce serait une erreur de croire qu’une conquête américaine de l'île mettrait fin à la guerre, avertit l’expert militaire israélien Danny Citrinowicz. Téhéran a encaissé ces dernières semaines des coups très sévères sans capituler. Et rien n’indique qu’il en irait autrement après la perte de Kharg. De plus, un contrôle de l’île par l’US Navy ne neutraliserait pas le principal levier de l’Iran: sa capacité à perturber le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.
Une victoire américaine sur l'ile iranienne, craint Citrinowicz, compliquerait encore la guerre et entraînerait un durcissement des représailles, ce qui «reléguerait très loin toute résolution du conflit». (trad. hun)
