Qui est «Gestapo Greg», le cauchemar des sans-papiers américains?
Cheveux gris coupés ras sur les côtés, joues creuses et visage glabre, Gregory Bovino affiche ses 55 printemps sans fard. Particularité notable: il est l'un des rares membres de l'ICE à patrouiller à visage découvert. Au milieu de cette cohorte d'hommes cagoulés, il s'érige ainsi en figure emblématique de la campagne contre l'immigration illégale menée par Donald Trump aux Etats-Unis.
Il est commandant en chef de cette police de l'immigration, cette brigade qui fait les gros titres, qualifiée de «chemises brunes» par l'acteur Matt Damon, en référence à la SA (Sturmabteilung), la milice paramilitaire du parti nazi. Critiquée depuis les débordements de Minneapolis, l'ICE est devenue l'incarnation d'une violence qui gangrène le territoire américain. Son budget: 75 milliards de dollars, soit trois fois plus qu'en 2024.
Cet investissement XXL injecté par l'administration Trump ravit Bovino, qui se plaît à incarner le héros américain à la cuirasse solide.
Sauf que son costume de nettoyeur prend un peu trop de place. Samedi 24 janvier, à Minneapolis, il prenait la parole dans une interview sur CNN, à la suite de la mort de l’infirmier Alex Pretti:
Une prise de parole qui n'a pas plu à sa hiérarchie. Bovino a été écarté des opérations à Minneapolis. Des rumeurs l'envoyaient même à la retraite. Mais la porte-parole du département de la sécurité intérieure Tricia McLaughlin a démenti, qu’il n’avait «pas été démis de ses fonctions» et qu’il restait «un élément-clé de l’équipe du président».
Un film pour créer une vocation
Sa vocation pour cette brigade est née devant The Border, film sorti en 1982 avec Jack Nicholson au casting. Dans un entretien accordé au New York Times, il disait:
Issu d’une famille d’origine italienne, arrivée en 1924, juste avant la quasi-fermeture des Etats-Unis à l’immigration du sud de l’Europe, il est entré à 26 ans dans la police des frontières, en 1996. Aujourd'hui, le bonhomme est haï par les uns, adulé par les autres.
Mais avec son slogan martelé à tout-va qu'il sécurise «l'Amérique de papa et maman», Bovino s'est mué en cauchemar vivant pour les hommes et les femmes soupçonnés d'être sans papiers sur le territoire américain.
Une mission qu'il accomplira coûte que coûte avec un objectif: expulser des millions de clandestins. Bovino a été forgé pour cela. Pendant plus de deux décennies, il a affûté ses méthodes en tant qu'officier régional de la police des frontières californienne, au sein de l'unité d'El Centro.
Sous le règne de Donald Trump, Gregory Bovino a sorti les biscottos et effectué des raids urbains dans des villes principalement démocrates. Un sport que lui et ses troupes semblent affectionner au vu des débordements à Minneapolis.
Arrivée sur le devant de la scène cet été
Le nom de Gregory Bovino n'est apparu que tardivement dans la sphère médiatique. Ultra connecté et très actif sur les réseaux sociaux, il diffuse de nombreux clichés des «criminels illégaux» sur son compte Instagram tout en se mettant en scène pour plaire à ses abonnés. Il n'hésite pas à user de la culture pop, de s'emparer de Star Wars pour rebaptiser la saga «la guerre des frontières». Il dit «protéger l'histoire américaine» avec ses actions, en appliquant la politique de Donald Trump avec un zeste de zèle.
Désormais coqueluche de certains républicains et médias conservateurs, l'homme s'est révélé au grand jour en janvier 2025, lors d'une descente spectaculaire: 65 agents déferlent dans le comté de Kern, au nord de Los Angeles. Baptisé «Opération retour à l'envoyeur», le raid se solde par l'arrestation de 78 personnes, toutes présentées comme des criminels fichés. La machine à expulser Bovino est née.
Mais l'enquête de plusieurs médias américains fera voler en éclats cette version officielle: un seul homme avait réellement des antécédents judiciaires.
On retrouve la trace de Bovino à Chicago, lors de l'«Opération Midway Blitz», où il est filmé en train de lancer des grenades lacrymogènes sur des manifestants. Selon les autorités, ce raid aurait entraîné les arrestations de plus de 4500 immigrés, selon les médias américains.
Rien ne semble pouvoir ce solide gaillard de 55 ans, comme il l'expliquait dans une vidéo diffusée sur Instagram:
Il défraie la chronique lorsqu'il est photographié vêtu d'un long manteau noir. Certains y voient une imitation d'un uniforme SS, comme le soulignait France Inter. Une tenue qui poussait le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, a surnommer Bovino «Gestapo Greg» sur X.
