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«Haine anti-juive» et représailles dans les universités américaines

Les étudiants de l'Université de Harvard soutiennent les Palestiniens.
Les étudiants de l'Université de Harvard soutiennent les Palestiniens.image: capture d'écran

Guerre à Gaza: pétage de plombs dans les universités américaines

La guerre entre Israël et le Hamas enflamme les campus universitaires américains, largement pro-palestiniens et comme insensibles aux victimes juives du massacre du Hamas. Outrés, des mécènes menacent de retirer leurs fonds.
25.10.2023, 05:5225.10.2023, 12:35
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Les campus américains sont en ébullition. Le quotidien français Libération parle d’«embrasement». La guerre au Proche-Orient a débarqué dans les universités d’outre-Atlantique. Les plus prestigieuses, Yale, Harvard, Stanford, s’enflamment. Au royaume de la bienveillance, le self-control vole en éclats. Les étudiants, ceux qui se font le plus entendre, ont choisi clairement leur camp: celui des Palestiniens.

Le camp du Hamas? On le croirait parfois. Ainsi, le 7 octobre, «alors que le décompte des plus de 1500 victimes, disparus et otages, débutait à peine, une trentaine d’associations et clubs étudiants de Harvard ont cosigné une lettre pointant "le régime israélien entièrement responsable de toutes les violences" survenues et à venir, pour avoir structuré par sa "violence", "tous les aspects de la vie palestinienne depuis 75 ans"», rapporte Libération dans un récit circonstancié.

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C’est comme si cette lettre avait été rédigée avant même le massacre du Hamas, à toutes fins utiles. Pas un mot de pitié pour les victimes israéliennes, juives au demeurant. Mais, déjà, la prise en compte de la «violence» à venir de Tsahal, que «subiront de plein fouet» les Palestiniens de Gaza, qui «n’ont nulle part où se réfugier ou s’enfuir».

«La lâcheté des campus»

Face à cette lettre passant sous silence la spécificité des tueries perpétrées par le groupe terroriste sur des civils à leur merci, face à la «lâcheté des campus», la journaliste américaine Bari Weiss ne cache pas son dégoût. Dans un article paru sur le site The Free Press, traduit par l’essayiste Peggy Sastre pour le magazine français Le Point, celle qui fit un passage éclair et polémique au New York Times, souligne le contraste entre l’absence totale de compassion pour les victimes juives du massacre du 7 octobre et les pétitions en veux-tu en voilà à la moindre «micro-agression» ressentie comme telle au sein de la communauté étudiante.

Bari Weiss cite le cas de Zareena Grewal:

«[Cette] professeure à Yale a passé ces derniers jours à faire l'apologie du Hamas sur les réseaux sociaux. "Les colons ne sont pas des civils. Ce n'est pas dur à comprendre", a-t-elle ainsi posté sur X (anciennement Twitter), à l'heure où des informations toujours plus atroces nous parvenaient sur le pogrom dans le sud d'Israël. De même, selon Grewal, il ne faudrait pas s'émouvoir du sort d'une Israélienne kidnappée à moto par le Hamas et prise en otage à Gaza, parce qu'elle a un jour servi dans Tsahal.»
Bari Weiss

Dans les universités américaines, «lieux de la plus délicate sensibilité», «quid de la "sécurité psychologique" des étudiants juifs?», demande, amèrement ironique, Bari Weiss. Certaines directions sont comme tétanisées. Elles minimisent, éludent, reportent des déclarations.

Ces juifs propalestiniens

A noter que des juifs, parmi eux des étudiants, prennent parti pour les Palestiniens. Dans la jeunesse, nombreux sont ceux qui participent à des manifestations, autant pro-palestiniennes qu’anti-gouvernement israélien. Ces dernières décennies, la politique menée par la droite israélienne alliée aux nationalistes religieux, s’est aliénée le traditionnel et jusqu’alors immédiat soutien d'une part importante des juifs américains à Israël.

Cette opposition prend à l'occasion des formes pouvant paraître un brin délirantes. Dans une vidéo probablement tournée par un juif à l’Université de Boston, une étudiante, qui se présente elle-même comme juive, arrache des affichettes montrant des visages d’otages du Hamas. Excédé, l’individu derrière la caméra lui demande:

«Es-tu consciente que tu propages la haine et encourages l’antisémitisme?»
L'individu qui tient la caméra

La réponse de l’étudiante témoigne de cette «délicate sensibilité» prévalant tel un droit individuel sacré sur les campus. Alors qu’elle est confrontée à l’horreur des visages des otages, elle reproche à son vis-à-vis de vouloir l'influencer dans son opinion. «Condamner le Hamas n'est pas une affaire d'opinion», proteste ce dernier.

La vidéo en question 👇

Vidéo: twitter

La riposte

Trop c’est trop. L’heure de la réplique, sinon des représailles, a sonné. De généreux mécènes, tel l'héritier des parfums Estée Lauder, menacent de cesser leur aide financière à des établissements renommés.

Dans une tribune pour The Free Press, rapporte Le Point, Marc Rowan, membre du conseil d'administration d'une prestigieuse école de commerce rattachée à l'université de Pennsylvanie, par ailleurs membre dirigeant du National Jewish Outreach Program, une association œuvrant dans le domaine de l’éducation aux Etats-Unis, «exige la démission de la présidente de l'université de Pennsylvanie et du président de son conseil d'administration». Il estime que:

«La direction a trop longtemps laissé cette haine antijuive, qui aseptise les atrocités du Hamas, contaminer son campus»
Marc Rowan

Il ajoute:

«Les administrateurs, et je ne fais pas exception, […] ont assisté en silence à l'abandon de la poursuite de la vérité – la mission ostensible de nos institutions – au profit d'une quête brouillonne de la justice sociale et du politiquement correct»
Marc Rowan

Dans Libération, un diplômé de Harvard, militant de longue date au sein d’organisations juives propalestiniennes, commente ce «retour de bâton»:

«En presque quinze ans de militantisme pro-palestinien, je n’ai jamais vu un tel niveau de maccarthysme, en termes de censure et de répression»
Un juif propalestinien

Des employeurs ont fait savoir qu’ils n’embaucheraient pas au terme de leurs études celles et ceux qui ont pris part à «cette haine antijuive suite au pire massacre de juifs depuis l’Holocauste».

«Les Palestiniens sont durs à tuer, je le sais, j'en ai épousé une!»
Video: watson
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