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OTAN: les pays européens ont perdu confiance en Donald Trump

Les pays européens ont perdu confiance en Donald Trump

Les atermoiements de Donald Trump font douter ses alliés traditionnels de l'Union européenne et de l'Otan.
Les atermoiements de Donald Trump font douter ses alliés traditionnels de l'Union européenne et de l'OTAN.Image: Keystone / Montage Watson
Les décisions récentes de Donald Trump ont mis à mal l'alliance historique entre les Etats-Unis et les pays européens. Une nouvelle gouvernance mondiale est évoquée.
03.04.2026, 18:2603.04.2026, 18:26
Mathieu Rabechault

Les attaques répétées de Donald Trump contre l'Alliance atlantique sape les fondements et la crédibilité de l'Otan, préviennent des experts, poussant les Européens à rechercher des coalitions ad hoc pour affronter les crises, face à la fiabilité douteuse de leur allié historique.

Contre les Soviétiques

Créée en 1949 par des démocraties libérales s'alliant face à une menace commune, l'Union soviétique, l'Otan a un «caractère exceptionnel dans l'histoire des alliances», pointe Olivier Schmitt, professeur au Collège royal de défense danois. Selon lui:

«C'est la seule alliance qui jusque-là avait un acteur majeur qui se comportait comme un hégémon bienveillant, qui n'imposait pas par la force aux autres ce qu'il faisait»

Une pratique dont s'éloigne le président américain, entré en guerre contre l'Iran sans consulter ni même informer ses alliés avant de les qualifier de «lâches» pour avoir balayé sa demande de l'aider à la sécurisation du détroit d'Ormuz. L'expert en géopolitique néoconservateur Robert Kagan, promoteur de l'invasion de l'Irak en 2003 déplore dans The Atlantic:

«Donald Trump a simplement exigé qu'ils fassent ce qu'il disait. Il ne veut pas d'alliés, il veut des vassaux. Par conséquent, les amis et alliés seront de moins en moins disposés à coopérer avec les Etats-Unis»

«Indifférence américaine»

La défiance s'est installée. En janvier, les Européens ont été saisis d'effroi par la menace de Donald Trump d'annexer le Groenland, territoire sous souveraineté du Danemark, membre fondateur de l'Otan. Selon le président allemand Frank-Walter Steinmeier:

«Il n'y aura pas de retour à la situation d'avant l'élection de Donald Trump. La rupture est trop profonde et la confiance perdue dans la politique de grande puissance des Etats-Unis est trop importante»

«La remise en cause générale par les Américains de l'ordre né de l'après-Seconde Guerre mondiale semble de bien plus long terme» que la seule présidence de Donald Trump, abonde Célia Belin, chercheuse au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), car «celui-ci ne leur apporte plus assez de bénéfices».

Si le parapluie nucléaire américain n'a pas été formellement remis en question par Washington, l'engagement des Etats-Unis au sein de l'Otan pour la sécurité de ses membres est mis en doute. Robert Kagan juge:

«L'indifférence américaine à la lutte des Européens contre l'agression russe constitue peut-être la désintégration finale des relations d'alliance établies après la Seconde Guerre mondiale»

L'alliance s'effrite

Pour Kristina Kausch, chercheuse au German Marshall Fund, il serait «exagéré de dire qu'il ne s'agit déjà plus d'une alliance, mais on voit clairement que l'idée fondamentale selon laquelle les Etats-Unis et l'Europe ont un intérêt commun en matière de défense (...) commence désormais à s'effriter».

L'approche transactionnelle du président américain heurte de front la promesse de soutien mutuel sur laquelle repose l'Otan. Le président français Emmanuel Macron l'a établi sans embage:

«Si on crée chaque jour le doute sur son engagement, on en vide la substance»

Et à cet égard, pour Olivier Schmitt, «le signal envoyé par Donald Trump est catastrophique pour la crédibilité de l'Otan», c'est-à-dire sa capacité à dissuader un adversaire, qui doit être convaincu qu'il aura face à lui 32 pays déterminés à se soutenir les uns les autres.

«Flanc oriental des Etats-Unis»

Le système d'alliances bâti par Washington après 1945 est pourtant «la véritable source de la puissance, de l'influence et de la sécurité de l'Amérique», avance Robert Kagan. Washington déploie plus de 76 000 militaires en Europe et utilise leurs bases comme des points d'appui pour ses opérations dans le monde. Le directeur politique du ministère de la Défense britannique Paul Wyatt rappelait fin mars au Forum de Paris pour la défense et la stratégie:

«Il ne faut pas oublier que l'Europe constitue le flanc oriental des Etats-Unis (...) Nous sommes un élément fondamental de la sécurité américaine, tout comme les Etats-Unis sont un élément fondamental de la nôtre»

Engagés dans une augmentation drastique de leurs dépenses de défense face au spectre d'un conflit avec la Russie et pour garder à bord des Etats-Unis qui entendent se concentrer sur le menace chinoise, les membres de l'Otan cherchent la parade.

De nouvelles formes de gouvernance

Coalition des volontaires en Ukraine, «coalition des indépendants» promue par Emmanuel Macron au Japon, réunion organisée par Londres d'une quarantaine de pays prêts à se mobiliser pour sécuriser le détroit d'Ormuz sont autant d'initiatives visant à combler un vide, selon Olivier Schmitt, qui poursuit:

«Il faut trouver de nouvelles formes de gouvernance entre pays qui sont sur des positions relativement partagées à partir du moment où le grand principe d'organisation du système international qui reposait sur les Etats-Unis comme garant de l'ordre démocratique libéral est en train de s'effondrer»

Pour Mick Ryan, ancien général désormais chercheur au Lowy Institute australien:

«La question est désormais de savoir si les alliés de l'Amérique ont la volonté politique, l'imagination stratégique et le temps nécessaires pour s'adapter à cette nouvelle réalité»

(btr/afp)

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source: sda / allison dinner
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