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Etats-Unis L’IA au cœur d’une nouveau genre de guerre

L’IA du Pentagone au cœur d’une nouveau genre de guerre

Le programme Project Maven joue un rôle central dans les opérations militaires américaines, notamment face à l’Iran.
05.04.2026, 15:1605.04.2026, 16:02
Alex PIGMAN / afp
Le programme Project Maven joue un rôle central dans les opérations militaires américaines, notamment face à l’Iran.
Symbole d’un tournant stratégique, il illustre l’irruption de l’intelligence artificielle dans la conduite des conflits modernes, tout en soulevant de vifs débats éthiques.Image: Shutterstock/ montage watson

Un programme d'intelligence artificielle du Pentagone, Project Maven, se trouve au coeur de la campagne militaire contre l'Iran. Un rôle inédit qui illustre un changement de paradigme pour la guerre moderne, propulsé par les innovations de la Silicon Valley, elle-même traversée de profondes questions éthiques.

Qu'est-ce que c'est?

Project Maven est le programme d'intelligence artificielle phare de l'armée américaine, lancé en 2017 comme une expérimentation pour aider les analystes militaires à traiter le flux d'images massif envoyé par les drones.

Les opérateurs étaient submergés, contraints de travailler image par image pour repérer des éléments d'information pouvant n'apparaître qu'une fraction de seconde. Maven a été conçu pour qu'ils retrouvent l'aiguille dans la botte de foin.

Huit ans plus tard, le programme s'est largement étoffé. Il est devenu un système de ciblage assisté par IA et de gestion du champ de bataille, qui a démultiplié la vitesse d'exécution de la «kill chain», ce processus qui va de la détection à la destruction (chaîne d'engagement, dans le jargon de l'Otan).

Comment ça fonctionne?

Maven cumule les fonctions du contrôle aérien de la guerre et de poste de pilotage. L'expert Aalok Mehta décrit ce système comme étant «essentiellement une surcouche» fusionnant les données de capteurs, l'imagerie satellitaire et les renseignements sur les forces amies et ennemies.

Concrètement, explique le directeur du Wadhwani AI Center, basé à Washington, Maven analyse à haute vitesse les flux satellitaires pour détecter des mouvements ou identifier des cibles, tout en «dressant un tableau instantané du théâtre opérationnel» pour déterminer le meilleur plan de frappe.

«Comme par magie»

Maven transforme une menace détectée en processus de ciblage, évaluant les solutions disponibles et présentant au commandement un éventail d'options, a décrit un responsable du Pentagone lors d'une récente démonstration en ligne.

L'émergence de l'IA générative depuis trois ans a constitué un nouveau bond en avant en permettant d'interagir avec le système en langage naturel, démocratisant ainsi l'usage de cette technologie au-delà des techniciens de l'armée.

Cette capacité est fournie par le modèle Claude d'Anthropic, mais peut-être plus pour longtemps, depuis que la start-up américaine a été sanctionnée par le Pentagone après avoir publiquement rejeté l'usage de ses outils IA pour des frappes entièrement automatisées ou pour la surveillance de citoyens américains.

Pourquoi Google avait dit non?

Les questions éthiques sur l'IA étaient déjà sensibles dès les premières années du programme, quand Google était le prestataire d'origine. En 2018, plus de 3.000 employés du géant de Mountain View avaient signé une lettre ouverte pour dénoncer un contrat qui franchissait une ligne rouge. Plusieurs ingénieurs avaient démissionné.

Google a ensuite refusé de renouveler le contrat, puis publié une charte IA qui excluait toute participation à des systèmes d'armement. Cet épisode avait mis en lumière une ligne de fracture au sein de la Silicon Valley, entre des ingénieurs qui considèrent le ciblage autonome comme une limite éthique infranchissable et de hauts responsables militaires la jugeant indispensable.

Google vient toutefois de supprimer ses restrictions et d'annoncer s'engager davantage dans les contrats militaires. Google, ainsi qu'OpenAI, rival numéro 1 d'Anthropic et l'entreprise xAI d'Elon Musk sont en lice pour remplacer Claude dans Maven, a indiqué le Pentagone.

Quel rôle de Palantir?

En 2024, Palantir, entreprise fondée en partie grâce à des fonds liés à la CIA et construite dès l'origine autour du renseignement, a pris la place laissée vacante par Google.

La société est devenue le principal prestataire du projet Maven, et sa technologie IA constitue l'ossature opérationnelle du programme. Pour son PDG Alex Karp, le monde se divise désormais en deux, entre ceux qui ont cette technologie et ceux qui ne l'ont pas.

Il est essentiel, selon lui, que l'Occident parvienne à maîtriser des capacités que le reste du monde ne possède pas. Un système capable de compresser plusieurs heures de «kill chain» en quelques secondes rend un adversaire obsolète, a-t-il ajouté.

Quels résultats jusqu'ici?

Le Pentagone et Palantir ont refusé de commenter les performances de Maven dans la guerre avec l'Iran. Le rythme soutenu des frappes américaines montre que Maven a vraisemblablement accéléré le processus de ciblage et de tir.

Au cours des premières 24 heures de l'opération Epic Fury, les forces américaines ont frappé plus de 1 000 cibles. La frappe meurtrière qui a touché ce jour-là une école installée dans un ancien bâtiment militaire en ferait partie, selon les recoupements de plusieurs médias. Une enquête du Pentagone est en cours. (dal)

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Video: watson
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