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Attaque au couteau à Annecy: la longue errance d'Abdalmasih H.

Attaque au couteau à Annecy: la longue errance d'Abdalmasih H
Abdalmasih H., l'agresseur d'Annecy, était un SDF qui faisait «partie du décor».

Annecy: la longue errance du SDF qui a poignardé des bébés

Jeudi matin, Abdalmasih H., 31 ans, a violemment poignardé plusieurs enfants dans un parc. Après avoir vécu dix ans en Suède, ce SDF «faisait partie du décor», depuis novembre 2022, dans les rues d'Annecy. Récit d'une longue errance, démarrée en mars 2011, à l'explosion de la guerre civile en Syrie.
09.06.2023, 18:4910.06.2023, 12:18
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Une «coïncidence troublante». Ces trois mots prononcés par Gérald Darmanin, sur TF1, le soir de l'agression, sonnent comme une espèce de hasard paranormal. Une phrase que l'on entend plus souvent dans une série policière, que dans la déclaration officielle d'un ministre de l'Intérieur.

La «coïncidence troublante»? Quatre petits jours avant qu'il ne s'en prenne violemment à des enfants dans un parc, Abdalmasih H. (son prénom, selon ses papiers d'identité) est informé par les autorités françaises que sa demande d'asile est rejetée. L'homme bénéficiant déjà d'un statut de réfugié en Suède et, selon BFMTV, en Italie et même en Suisse. Cette décision avait été prise deux mois plus tôt, début avril.

Alors que l'enquête vient tout juste de démarrer, les mots de Darmanin suggèrent que ce refus pourrait être à l'origine d'un pétage de plomb, la goutte qui a tout fait déborder. La procureure d'Annecy, Line Bonnet-Mathis, n'exclut d'ailleurs pas «un acte insensé». Insensé est aussi un mot qui revient souvent, au fil des témoignages des habitants d'Annecy.

En Haute-Savoie, le choc est d'autant plus grand que l'homme n'est pas un inconnu. Avant de faire la une de tous les journaux, il avait élu domicile, depuis novembre 2022, dans la routine des habitants de cette ville de 130 000 habitants. Et les médias français croulent sous les confessions de riverains, à son sujet, depuis jeudi midi.

C'était quelqu'un «qu'on croisait tous les jours sur son banc», vêtu de noir, peu causant, «toujours seul», «pas agressif», «on le voyait le matin, parfois couché sur des cartons, voilà tout». D'autres le trouvaient «louche» ou «bizarre». Les impressions se chevauchent souvent lorsqu'il s'agit d'évoquer la personnalité d'un individu qui, un 8 juin 2023, commet un crime d'une violence effroyable.

Un sans-abri d'Annecy, qui a longtemps côtoyé Abdalmasih, a d'ailleurs aligné quelques adjectifs désordonnés sur les ondes de RTL, vendredi:

«Il parlait tout seul. Il était tout le temps tout seul, il gueulait, il chantait. Il était tout calme, des fois, il était tout timide, des fois tout énervé, souvent plus énervé que timide»

Quand il rejoignait le parc, «où il n'a jamais dormi», selon un employé communal, il lui arrivait également de rouspéter quand son banc était occupé. De «marmonner» dans sa barbe. De faire les 100 pas. Un policier a contrôlé son identité, un jour qu'il se lavait dans le lac. Un autre riverain, cité par Le Parisien, assure qu'il «s’entretenait, se brossait les dents, se coupait les ongles. Quand je partais le matin, il n’était plus là, je pensais qu’il avait un travail».

Pourquoi la vidéo de cette violente agression a choqué tout le monde:

Son ex-femme, établie en Suède, raconte notamment à BFMTV qu'il a vécu un temps dans une église et dans l'entrée d'un immeuble au centre-ville. Un SDF, qui attendait la réponse des autorités au sujet de sa demande d'asile.

«Des gens anormaux, on en voit plein»
Un employé communal d'Annecy, au Dauphiné Libéré.

Cet employé communal soulève quelque chose d'ordinaire dans une ville de moyenne importance. Abdalmasih H. était ce qu'on appelle communément un marginal. Un personnage atypique, qui rythme les allées et venues des riverains, sans qu'il y ait forcément d'interaction. Comme l'idiot du village en son temps, le marginal remplit, à sa manière, un rôle social et devient, peu à peu, un élément central de la vie citadine.

A Annecy, certains lui offraient à manger, à boire, lui déposaient quelques pièces. Il arrivait aussi que des passants échangent quelques mots avec lui. L'homme de 31 ans avait notamment ses habitudes rue Royale, une artère commerçante d'Annecy. «Le plus calme des SDF de cette rue», si l'on en croit l'adjoint à la jeunesse de la mairie d’Annecy. Comme un loup blanc habillé tout en noir.

«Il était là depuis plusieurs mois, il faisait partie du décor»
Guillaume Tatu, adjoint à la jeunesse de la mairie d’Annecy, à Sud Radio.

Un «décor» que cet élu profite aussi de condamner: «Nous n'avons pas assez de moyens sur la psychologie et la santé mentale, pour accompagner tous les SDF qui en auraient besoin».

Réfugié, étudiant, papa

Personne ne sait encore pourquoi Abdalmasih H. a décidé d'atterrir précisément à Annecy. Tout porte à croire, en revanche, qu'il n'était pas un marginal volontaire ou refusant toute idée d'intégration. Selon le témoignage de son ex-femme, quand la Suède lui a refusé la nationalité pour la deuxième fois, il était «démoralisé», «ne voulait plus travailler» ou même «s'investir» dans ce pays. Un passeport que la maman, réfugiée syrienne elle aussi, a obtenu à la naissance de l'enfant. Ils divorceront en 2022.

«On s'est quitté parce que je ne voulais pas quitter la Suède»
L'ex-épouse de l'assaillant

Après avoir déserté l'armée et fui la guerre civile en Syrie, en mars 2011, l'homme, qui se dit «chrétien d'Orient», s'est lancé dans des études d'infirmier en Turquie. C'est d'ailleurs sur les bancs d'école qu'il rencontrera sa future femme et la mère de son fils, aujourd'hui âgé de trois ans. Un homme «gentil», «qui prenait soin de sa fille». Depuis son déménagement à Trollhättan, en Suède, à l'été 2013, il menait une vie «paisible», «intégrée», «sans vague». On le disait impatient de quitter son statut de réfugié permanent.

Une seule anicroche, en neuf ans: une amende pour des prestations sociales, perçue en plus d’une bourse d’études. Le tribunal avait néanmoins précisé que le quotidien qu'Abdalmasih «se déroulait dans des conditions bien ordonnées», selon la presse suédoise. Un quotidien qu'il dédiait notamment à l'apprentissage de la langue nationale, mais aussi de l'anglais.

Incarcéré depuis jeudi midi, il est aujourd'hui jugé «anxieux» et «dépressif», mais dans un état psychologique «compatible avec une garde à vue», a appris BFMTV vendredi. Pourquoi cet acte atroce? Pourquoi maintenant? Pourquoi à Annecy? Pourquoi des enfants? L'enquête, qui ne fait que commencer, devra répondre à toutes ces questions. Pour la justice, pour les victimes et les proches, mais aussi les habitants, ceux pour qui, il y a encore deux jours, Abdalmasih H. était un sans-abri qui «faisait partie du décor». Trop?

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L'effondrement du barrage de Kakhovka, en Ukraine
L'eau coule à travers ce qui reste du barrage.
source: sda / stringer
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