Il devient un héros en Italie après son double meurtre
Cette affaire de justice expéditive, qui divise profondément l'Italie, remonte à avril 2021. Trois braqueurs, tous italiens, font irruption dans la bijouterie de Mario R., à Grinzane Cavour, dans le Piémont. Ils menacent le commerçant, son épouse et leur fille avec des couteaux ainsi qu'une arme à feu, qui s'avérera ensuite être un pistolet factice. Ils vident ensuite les vitrines de leurs bijoux avant de prendre la fuite par la porte arrière.
Le propriétaire de la bijouterie saisit alors son revolver et se lance à la poursuite des braqueurs, déjà installés dans leur voiture. Il tire plusieurs coups de feu en direction du véhicule. L'un des malfaiteurs est tué sur le coup, un deuxième est blessé, tandis que le troisième tente de s'enfuir à pied. Après avoir trébuché, il est rattrapé par Mario R., qui le tue en lui assénant plusieurs violents coups de pied à la tête et dans le dos.
Pour la justice, l'affaire ne souffre d'aucune ambiguïté. La légitime défense invoquée par le bijoutier ne pouvait être retenue. Le tribunal d'assises en première instance, la cour d'appel en deuxième instance et, cette semaine, la Cour de cassation, la plus haute juridiction italienne, ont tous estimé que le danger pour Mario R. et sa famille avait cessé dès lors que les trois braqueurs avaient pris la fuite. Il n'était donc plus possible d'invoquer la légitime défense.
«Les actes de l'accusé ne relèvent pas de la légitime défense, mais d'une vengeance illégitime», a souligné la Cour de cassation, confirmant la peine prononcée en appel: 14 ans et 9 mois de prison pour double homicide volontaire et coups et blessures.
La politique s'empare de l'affaire
Comme lors des précédents jugements, les réactions de la coalition de droite italienne ne se sont pas fait attendre. «Cette condamnation est injuste», a écrit sur Instagram le chef de la Lega et vice-président du Conseil, Matteo Salvini. Selon lui, Mario R. n'a fait que réagir à une agression contre lui-même et sa famille dans son commerce.
Le dirigeant de la Lega a lancé un appel au président Sergio Mattarella afin qu'il accorde une grâce au bijoutier. Les autres partis de la coalition gouvernementale de droite se sont également ralliés à cette demande. Des députés et sénateurs de Fratelli d'Italia, le parti national-conservateur de Giorgia Meloni, ainsi que de Forza Italia, fondé par Silvio Berlusconi, ont recueilli des signatures en faveur d'une pétition adressée au chef de l'Etat.
Le président recadre le gouvernement
Selon les médias italiens, le ministre de la Justice, Carlo Nordio, en concertation avec la présidente du Conseil Giorgia Meloni, a ensuite commencé à examiner officiellement la possibilité d'une grâce. Cette initiative a provoqué la colère de Sergio Mattarella. Le président a convoqué le ministre au palais du Quirinal pour lui rappeler ce qu'il savait pourtant déjà: en vertu de la Constitution, les grâces relèvent de «la compétence exclusive du président de la République».
Depuis des années, Matteo Salvini fait campagne avec le slogan «La légitime défense est toujours légitime», comme si la loi italienne disait le contraire. Or, en Italie aussi, la légitime défense est expressément autorisée, à condition qu'il existe, pour la personne agressée ou pour un tiers, un danger réel — ou raisonnablement supposé — pour sa vie, et que les moyens employés restent proportionnés. A défaut, il s'agit tout simplement de justice expéditive.
Pour Matteo Salvini, il semble toutefois acceptable de tirer dans le dos d'un cambrioleur ou d'un braqueur en fuite. Son raisonnement est le suivant: personne n'est contraint de commettre un cambriolage ou un braquage, et si ces criminels s'en étaient abstenus, ils seraient encore en vie.
Pétition en ligne
En Italie, la tolérance à l'égard de la vengeance et de la justice expéditive dépasse d'ailleurs en partie les seuls partis de droite. Une pétition en ligne en faveur de Mario R. a ainsi recueilli plus de 200 000 signatures en seulement 24 heures.
Des voix s'élèvent toutefois contre ce qu'elles considèrent comme un blanc-seing donné à la justice expéditive. L'ancienne maire de Turin, Chiara Appendino, accuse Matteo Salvini d'exploiter cette affaire à des fins électorales. Selon elle, la priorité devrait être de renforcer les effectifs de police ainsi que les moyens humains et financiers de la justice pénale. Une position qui semble être celle de la majorité. (trad. hun)
