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Francis Lalanne haranguant la foule. Paris, le 17 juillet 2021
Francis Lalanne haranguant la foule. Paris, le 17 juillet 2021 image: capture d'écran Twitter

Francis Lalanne, le prophète exalté des antivax

Mais où va Francis Lalanne? Ce prophète des antisystèmes le sait-il lui-même? La cause antivax, qui a redoublé d'intensité depuis qu'Emmanuel Macron entend imposer un pass sanitaire, lui donne une tribune que la scène lui procurait autrefois.
20.07.2021, 11:5720.07.2021, 16:17

Comment peut-on prétendre incarner la liberté et la démocratie quand tout en vous évoque le monde des ténèbres? Ce monde d’après les catastrophes, quand l’homme n’est plus qu’un loup pour l’homme et reflue dans les forêts. Ce monde de l’Ancien Testament, où tout est calamités, plaies et châtiments. Ce monde de Covid, marqué par la perte de sens. Eh bien, c’est dans ces moments crépusculaires qu’apparaissent les prophètes, ou ce qui en tient lieu.

Post-humanité

Cela fait un certain temps que Francis Lalanne court après son heure de prophète. Où spectacle et réalité ne font plus qu’un. Cette heure, son heure, pense-t-il, est arrivée. Il s’imagine être dans le monde d’après, la catastrophe ayant eu lieu, tout retour en arrière s'avérant impossible. Il est le berger menant son troupeau vers une lumière qui nulle part ne luit encore.

Pour un berger, son âme est bien noire. Comme ses vêtements. Costumé à la manière de ces héros de la post-humanité aperçus dans «Mad Max» ou «Matrix», il est habité d’une fureur de reproches tournés vers le dernier qui lui résiste: Emmanuel Macron. Manu.

Samedi, à l’occasion d’une manifestation de gilets jaunes épousant la cause antivax, il s’est donné des airs de tribuns révolutionnaires. Coiffé d’un bandana, portant un long manteau de tragédien, il a envoyé la sauce comme jamais, appelant les Français à renverser le président de la République. Il n’était plus sur la grande scène du Printemps de Bourges, mais juché sur une modeste estrade parisienne, porté par les drapeaux français, en acteur de l’histoire en marche.

Exalté, en transe, l’a jugé la partie adverse, sur les réseaux. Ce n’est pas la première fois que le chanteur souhaite publiquement la destitution du chef de l’Etat, l’actuel locataire de l’Elysée dont il a fait son rival. Sa diatribe le disqualifie autant qu’elle le grandit auprès du public partageant sa cause antisystème. Qui se perd dans des parallèles avec la déportation des juifs pendant la guerre.

Comment cet artiste à la verve romantique (une piste, le romantisme?), dont les quinquas se rappellent les airs entraînants («On se retrouvera», «Reste avec moi»…), a-t-il pu verser à ce point dans l’anathème (qui, comme dans la chanson, rime avec «je t’aime» et «chrysanthèmes») ?

«On se retrouvera»

Sur les réseaux – notre Pegasus à nous –, un long propos de Pierre Desproges, l’humoriste à la finesse assassine, réapparaît à chaque fois que Lalanne pousse le bouchon un peu loin. Là, ça n’a pas manqué. Il y a trente-cinq ans, Desproges voyait en ce chanteur adulé un individu «dangereux». En quoi? Par son aptitude à capter l’attention de son public, jeune à l'époque, lors de concerts pouvant durer sept heures. Dangereux, surtout, parce que «demi-con», disait-il, capable d'en imposer aux crédules. Desproges trouvait à Lalanne des postures et tonalités de dictateur.

Pierre Desproges dégommant Francis Lalanne

«Plus de six Français sur dix»

En France, il n’y a pas de dictateurs, seulement des révolutionnaires, c’est bien connu. Pour l’heure, le roi Manu et son pass sanitaire ont les faveurs de «plus de six Français sur dix». Francis, qui ferait un beau nom de prophète, doit encore convaincre.

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