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Guerre contre l'Ukraine

Keith Kellogg est censé mettre fin à la guerre contre l'Ukraine

Acting National Security Adviser Keith Kellogg waits for the arrival of President Donald Trump at the top of the steps of Air Force One at Andrews Air Force Base in Md., Friday, Feb. 17, 2017. (AP Pho ...
Ancien conseiller à la sécurité nationale, Keith Kellogg attend l'arrivée du président Donald Trump sur les marches d'Air Force One, le 17 février 2017Image: AP

Cet homme est censé mettre fin à la guerre contre l'Ukraine

Keith Kellogg est confronté à ce qui est probablement le plus grand défi diplomatique de sa carrière: mettre fin à la guerre qui s'intensifie en Europe.
28.11.2024, 16:55
Bastian Brauns / t-online
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Il y a près d'un siècle, l'ancien secrétaire d'Etat américain Frank B. Kellogg recevait le prix Nobel de la paix pour son pacte Kellogg-Briand de 1928. Il s'agissait d'une tentative ambitieuse d'interdire les guerres. Malheureusement, elle n'a pas été couronnée de succès: une dizaine d'années plus tard, en 1939, l'Allemagne a envahi son voisin polonais, plongeant le monde dans la Seconde Guerre mondiale.

Bien que les critiques aient par la suite qualifié le plan de Kellogg de projet utopique, le pacte signalait un désir sérieux de stabilité mondiale face aux terribles ravages de la Première Guerre mondiale.

Une centaine d'années plus tard, c'est un autre Kellogg devrait à nouveau s'efforcer de promouvoir la paix dans le monde. Cette fois-ci, il s'appelle Keith Kellogg. Le général américain à la retraite n'a aucun lien familial avec Frank B. Kellogg, l'ancien homme d'État. Mais après que Donald Trump l'a nommé ce mercredi «envoyé spécial pour l'Ukraine et la Russie», il se trouve en quelque sorte face à un défi bien plus grand: Keith Kellogg est chargé de mettre fin à une guerre qui menace depuis longtemps de dégénérer en crise mondiale.

Vision commune

L'ex-général américain est réputé être un stratège militaire dur et sobre. Keith Kellogg semble donc parfaitement convenir aux projets de Trump en matière de politique étrangère et de sécurité. En effet, Trump a tendance à constituer une équipe de politique étrangère qui partage sa vision du monde. Outre Kellogg, Mike Waltz, son nouveau conseiller à la sécurité nationale, et Marco Rubio, son futur ministre des Affaires étrangères, devraient jouer un rôle clé dans la mise en œuvre de la vision de Trump sur le rôle des Etats-Unis sur la scène internationale.

Au cœur de cette stratégie se trouve le mantra de Trump «Peace through Strength» («la paix par la force»). Le fait que Trump envoie Kellogg, un vétéran décoré avec des décennies d'expérience militaire, en mission diplomatique est une expression symbolique de cette maxime. Kellogg est depuis longtemps considéré comme un allié fiable de Trump.

Ayant déjà servi comme conseiller à la sécurité nationale de son ancien vice-président Mike Pence, il avait déjà un rôle consultatif important dans le premier cabinet de Trump.

Kellogg connaît donc bien la politique de sécurité et la logistique militaire du pays. Il partage la doctrine de politique étrangère de Trump, ce qui le rend particulièrement adapté à son nouveau rôle d'émissaire pour l'Ukraine et la Russie. Tout comme Trump, Kellogg donne la priorité aux intérêts américains à tous les niveaux tout en remettant en question les normes diplomatiques conventionnelles.

Critique envers Biden

Dans des essais, des interviews et d'autres déclarations publiques, Kellogg a très tôt critiqué l'administration sortante Biden. Il considérait que Biden avait trop hésité à fournir un soutien militaire robuste à l'Ukraine. En juillet dernier encore, il déclarait dans une interview à Voice of America:

«L'indécision de l'administration Biden a encouragé des adversaires comme la Russie. Le leadership implique d'agir avec détermination, et l'inaction est aussi une décision – souvent la mauvaise».
Keith Kellogg

Et encore: «Les Etats-Unis ont-ils soutenu l'Ukraine en lui fournissant des F-16? Non. Avons-nous fourni suffisamment tôt des armes à longue portée aux Ukrainiens pour qu'ils puissent tirer sur les Russes? Non. Leur avons-nous donné l'autorisation de tirer sur les territoires russes? Non. Les Etats-Unis leur ont-ils fourni les capacités de blindage dont ils avaient besoin? Nous leur avons donné 31 chars. Cela ne représentent même pas un bataillon dans l'armée américaine. Donc, on parle beaucoup du soutien que nous leur avons apporté, mais en réalité, nous n'avons rien fait».

Cessez-le-feu

L'ex-général ne mise toutefois pas uniquement sur le pragmatisme militaire dans la guerre en Ukraine. Il souligne également qu'une conduite ciblée des négociations est nécessaire. Dans son essai pour The National Interest, il a esquissé fin 2023 ce que pourrait être une stratégie ukrainienne dirigée par Trump. Il y plaide pour des négociations de cessez-le-feu immédiates, couplées à un engagement clair en faveur des ambitions géopolitiques de la Russie.

«La guerre doit se terminer dans la dignité pour les deux parties»

Keith Kellogg souligne la nécessité d'une solution qui respecte la souveraineté de l'Ukraine tout en répondant aux préoccupations de la Russie en matière de sécurité.

Kellogg a également appelé à réévaluer le rôle de l'Otan en Europe de l'Est. S'il soutient l'Alliance, il met en garde contre son extension excessive, et notamment contre son expansion rapide vers l'Est. Cette vision coïncide avec le scepticisme de longue date de Trump à l'égard de l'Otan, une institution qu'il a souvent critiquée pour le fardeau disproportionné qu'elle imposerait aux États-Unis. Mais l'interprétation de Trump fait également écho au point de vue russe selon lequel l'Otan est en quelque sorte responsable de l'invasion russe de l'Ukraine.

On ne sait pas encore très bien comment cette vision des choses devrait se traduire, par exemple par des cessions de territoires ou par une neutralité obligée de l'alliance. Mais il est certain que ces options seront mises sur la table dans les mois à venir.

Quelles conséquences?

La nomination de Kellogg a un impact considérable sur la politique européenne, en particulier sur le chancelier allemand Olaf Scholz et sur ses éventuels successeurs. Scholz est régulièrement critiqué en Allemagne et à l'étranger pour son soutien à l'Ukraine, certes croissant, mais souvent jugé trop modéré et prudent. Tout comme Biden, on reproche à Scholz d'hésiter à fournir une aide militaire (par exemple pour les livraisons de chars ou de Taurus) alors qu'il s'engage à soutenir l'Ukraine. Ce que le chancelier allemand a loué pendant près de trois années de guerre comme une action «réfléchie» au même rythme que celle de Biden pourrait le faire dérailler à la fin de son mandat.

Un soutien plus agressif des Etats-Unis, sous la direction de Donald Trump, Mike Waltz, Marco Rubio et Keith Kellogg, comporte le risque d'une division au sein de l'Otan et de l'alliance de soutien. Une chose est sûre: la pression sur l'Allemagne, en particulier, augmentera pour qu'elle renforce son soutien à l'Ukraine – militairement, mais aussi financièrement. Kellogg est depuis longtemps considéré comme un allié fiable de Trump.

D'une part, une éventuelle résolution du conflit pourrait soulager l'immense pression économique et politique à laquelle l'Europe est soumise par la guerre. D'autre part, une stratégie menée par Trump pourrait marginaliser les voix européennes, en particulier si elle donne la priorité aux négociations entre les Etats-Unis et la Russie plutôt qu'à un consensus plus large.

Le continent devrait alors, du moins pendant la présidence de Trump, porter lui-même la majeure partie des coûts qui en découleront, notamment en ce qui concerne une future architecture de sécurité en Europe. Il est en tout cas beaucoup trop tôt pour spéculer si Keith Kellogg recevra le prix Nobel de la paix comme son homonyme. Mais l'espoir est déjà grand que son éventuel plan puisse préserver la paix mondiale plus longtemps qu'à l'époque.

Traduit et adapté de l'allemand par Léa Krejci

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