Ces drones français ont «abattu des Shahed russes en Ukraine»
Un missile d'interception à un million de dollars contre un drone qui n'en coûte que quelques dizaines de milliers, et envoyé en essaim: voici la stratégie utilisée par la Russie et l'Iran pour affaiblir leurs ennemis dans les guerres qui frappent le monde en ce moment. Car derrière les attaques massives de drones se cache une guerre économique, destinée à saigner les dépenses militaires de ses adversaires.
Mais le développement en plein essor de drones intercepteurs devrait changer cette donne: petits, agiles et peu chers, ils permettent de détruire des nuées de drones à bas, voire très bas prix. Dans ce secteur en mutation rapide depuis la guerre en Ukraine, la société française Alta Ares, certifiée par l'Otan, a développé ses outils en Ukraine même, sur le front. Leur spécialité? Un système de verrouillage des cibles perfectionné par l'IA. Nous sommes allés poser quelques questions à son créateur et CEO, Hadrien Canter.
Alta Ares existe depuis 2024. Comment s'est passé le développement de vos drones, entre la France et l'Ukraine?
On a démarré par le software — la détection, la reconnaissance et l'identification des cibles — puis on a intégré progressivement la partie interception. L'industrialisation en France s'est faite tout en gardant une forte présence en Ukraine pour rester au contact du besoin opérationnel. Produire en Europe, c’est à la fois une question de souveraineté, de sécurisation de la chaîne logistique, et de capacité à livrer durablement. A ce sujet, nous travaillons avec une société en Suisse pour produire certains composants critiques. Je ne peux pas en dire davantage.
Vous avez deux drones: X-Wing et Black bird. Pouvez-vous nous en dire un peu plus?
Ce sont deux plateformes d’interception qui répondent à des cas d’usage différents. Le X-Wing est plutôt orienté «réactivité» et déploiement rapide, pensé pour des scénarios où il faut les engager dans l'urgence, avec une logistique légère. Le Black bird est davantage orienté «performance», pour des menaces plus exigeantes, comme des drones Shahed de nouvelle génération ou des missiles de croisière. On l'utilise dans des environnements plus compliqués et il est capable de transporter plus de charge utile.
Comment se sont passés les tests sur le front, en Ukraine?
Le terrain est difficile. On traite avec une météo capricieuse, face à des outils de brouillage russes, la diversité des menaces, des contraintes logistiques, etc.
Nous avons multiplié les retours d'expérience pour améliorer les drones. Nous avons rendu le système plus robuste, pour qu'il soit opérable par le plus d'unités possible, avec des procédures simples et un support adapté.
En quoi le front ukrainien a-t-il influencé votre manière de développer ces technologies?
On s’est construits dans un contexte très concret: la guerre a accéléré l’innovation et imposé une exigence de résultats immédiats. Notre équipe franco-ukrainienne nous permet de combiner une compréhension très concrète du terrain ukrainien et des exigences de conformité et d'industrialisation européennes.
Est-ce que vous livrez déjà l’armée ukrainienne?
On travaille avec des unités ukrainiennes dans un cadre d’évaluation.
C’est un élément central de notre crédibilité.
La Russie produit plus de 5000 drones par mois, qui coûtent entre 20 000 et 50 000 dollars selon les estimations. Quel est votre coût de production et vos volumes?
Je ne peux pas partager de chiffre précis. Ce qui est certain, c'est que notre intercepteur répond aux besoins d'une économie de guerre. Il doit pouvoir être produit en masse et optimisé sur une base coût/effet.
La production de drones est en expansion. Comment se distinguer sur ce marché?
Il y a plusieurs éléments. L'intégration des systèmes, notamment des capteurs. L'efficacité réelle, ensuite, qui se calcule en taux de réussite. La nôtre est de 54%. Ensuite, la capacité industrielle, car les drones sont envoyés en essaim. Il faut maîtriser la cadence, les coûts et la chaîne logistique. Puis, il s'agit d'améliorer continuellement le produit avec des retours du terrain. Notre triptyque, c'est d'avoir un produit avec capteurs intégrés qui ait fait ses preuves au combat et qui permette une montée en cadence industrielle, en Europe.
En ce moment, des drones sont aussi envoyés en masse par l'Iran en direction d'Israël et des pays du Golfe. Cela influence-t-il le développement de vos drones?
Nous ne pouvons pas commenter la situation au Moyen-Orient. Au-delà des drones, il faut aussi intégrer et former les utilisateurs.
