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Moyen-Orient

La guerre en Iran provoque une ruée sur les drones ukrainiens

L'essor des drones en Ukraine attise la convoitise des pays du Golfe, attaqués par les Shahed iraniens.
L'essor des drones en Ukraine attise la convoitise des pays du Golfe, attaqués par les Shahed iraniens.Image: GENYA SAVILOV / AFP

Le «Zizi» ukrainien s'arrache au Moyen-Orient

Depuis la guerre en Iran, les intercepteurs de drones ukrainiens suscitent une forte demande au Moyen-Orient, mais Kiev contrôle strictement leur exportation malgré l’intérêt massif qu'ils suscitent.
28.03.2026, 15:5128.03.2026, 15:56
Ania TSOUKANOVA, Kiev, Ukraine / AFP

«On reçoit des centaines, voire des milliers de messages»: depuis le début de la guerre en Iran, des fabricants ukrainiens d'intercepteurs de drones disent être assaillis de demandes émanant du Moyen-Orient et attendre le feu vert de Kiev pour exporter.

L'invasion russe lancée en 2022 a mis l'Ukraine à feu et à sang. Elle a aussi fait du pays l'un des plus avancés au monde en matière de drones militaires.

Un savoir-faire ukrainien toujours plus recherché

L'Ukraine compte désormais des centaines de fabricants produisant ces engins par millions et revendique une armée dotée d'une expérience inédite. La guerre au Moyen-Orient a braqué les projecteurs sur une nouvelle branche de cette industrie, les intercepteurs, conçus pour la destruction en vol de drones de combat.

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Attaquée quasi quotidiennement par des centaines de drones Shahed, d'abord de conception iranienne, puis produits en masse par Moscou, l'Ukraine a développé une gamme de systèmes de défense bon marché et assez efficaces, dont des intercepteurs.

Un savoir-faire désormais très sollicité par des pays du Golfe, cibles de ce même modèle de drone en représailles aux frappes israélo-américaines depuis fin février.

Une avalanche de demandes

Des représentants de ces pays frappent à toutes les portes à Kiev, témoignent des fabricants et responsables ukrainiens.

Le groupe General Cherry, un important producteur privé qui fabrique des intercepteurs anti-Shahed appelés «Bullet», a reçu «des centaines, voire des milliers» de messages provenant de «quasiment tous les pays du Moyen-Orient attaqués par l'Iran», affirme son porte-parole, Marko Kuchnir.

Représentants gouvernementaux, sociétés privées, intermédiaires… «L'intérêt est immense», surtout pour les intercepteurs, ajoute-t-il.

La fébrilité aboutit parfois à des situations cocasses: un pays a réussi tant bien que mal à se procurer huit intercepteurs… sans charge explosive, donc inutiles, raconte, amusé, un haut responsable ukrainien sous couvert d'anonymat.

Des exportations pour l'heure interdites

Cependant, les exportations de matériel militaire restent globalement interdites en Ukraine depuis le début de la guerre, malgré les promesses des autorités d'une ouverture prochaine.

Le président Volodymyr Zelensky a proposé l'aide de Kiev aux pays du Golfe et aux Etats-Unis, espérant s'assurer en retour de leur soutien face à la Russie.

Si son homologue américain Donald Trump a affirmé ne pas en avoir besoin, Kiev a en revanche envoyé plus de 200 experts militaires dans des pays du Moyen-Orient pour partager leur expérience et démontrer leurs capacités.

Zelensky espère ainsi conclure des accords de long terme sur les drones avec les capitales concernées, notamment pour financer la production en Ukraine, dont les capacités, selon des estimations, ne sont utilisées qu'à moitié, faute de fonds.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, ici à un sommet de l'Otan à Vilnius, en Lituanie, en 2023.
Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, ici à un sommet de l'Otan à Vilnius, en Lituanie, en 2023.Image: Imago

Des entreprises enclines à prêter main forte

En attendant, le président ukrainien s'en prend à des pays qui cherchent à acheter des drones en contournant son gouvernement et à des fabricants nationaux en quête d'«argent facile».

«Nos entreprises ne sont pas pauvres, elles gagnent beaucoup d'argent» en fournissant en drones l'armée ukrainienne, a-t-il dit à la mi-mars menaçant les producteurs de «mesures désagréables». Les fabricants promettent d'obéir. Ils assurent également que les fournitures destinées à l'armée ne seront pas affectées et que le risque de voir la Russie utiliser leurs technologies n'augmentera pas.

Ares, porte-parole de l'important producteur ukrainien Skyfall, assure:

«Nous sommes prêts à aider une fois que nous aurons reçu le feu vert du gouvernement»

Le jeune homme, cagoulé et s'identifiant par son pseudonyme tant cette industrie, ciblée par des attaques russes, est sensible, fait voler l'intercepteur P1-Sun devant des journalistes de l'AFP. Déployé sur le front il y a quatre mois, le drone, dont le nom est un jeu de mot signifiant «zizi» en ukrainien, est jugé parmi les plus efficaces contre les Shahed iraniens.

Un employé de la société ukrainienne SkyFall effectue un vol d'essai avec un drone intercepteur P1-Sun dans un lieu tenu secret en Ukraine, le 19 mars 2026, alors que l'invasion russe de l&# ...
Ares effectue un vol d'essai avec un drone intercepteur P1-Sun dans un lieu tenu secret en Ukraine, le 19 mars 2026, alors que l'invasion russe de l'Ukraine bat son plein.Image: GENYA SAVILOV / AFP

Une question d'éthique

Skyfall le présente aussi comme l'intercepteur «le moins cher au monde»: 1000  dollars (790  francs) par unité pour l'armée ukrainienne. Le groupe peut fabriquer «jusqu'à 50 000 intercepteurs par mois», de quoi en exporter une partie, assure Ares. Les drones, «pour nous c'est comme du pétrole», s'enthousiasmait récemment le président Zelensky.

D'autant que les appareils à eux seuls ne suffisent pas: c'est l'expertise de combat et de leur intégration au sein des forces armées qui constituent l'atout majeur de Kiev.

La production de drones, deviendra‑t‑elle une poule aux œufs d'or pour l'Ukraine? Pas forcément, estime Serguiï Zgourets, un expert militaire ukrainien.

Pour lui, les pays du Golfe, dont les moyens financiers dépassent largement ceux de Kiev, finiront selon toute vraisemblance par revenir à une défense aérienne classique. Certains évoquent un problème éthique entre l'industrie en plein essor des drones et les soldats sur le front. Commandant d'unité ukrainienne de drones, il observe:

«L'un devient millionnaire, l'autre finit mort ou amputé. Pourtant, ils semblent servir la même cause»
Des manifestations, en Iran et ailleurs
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Des manifestations, en Iran et ailleurs
Des Iraniennes tiennent des photos de Mahsa Amini, les mains peintes en rouge, lors d'une manifestation devant le consulat d'Iran suite à la mort de Mahsa Amini, à Istanbul, en Turquie, le 17 octobre 2022.
source: epa / sedat suna
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Comment l'Ukraine a capturé des soldats avec des drones terrestres
Video: watson
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