Dimanche, des centaines, voire des milliers d'hommes se tiennent autour du véhicule de la Croix-Rouge qui transporte les otages israéliens - trois jeunes femmes - hors de Gaza. Beaucoup d'entre eux sont des combattants du Hamas, ils brandissent leurs armes comme pour montrer que «nous sommes toujours là».
Quelle est la force actuelle du Hamas et quel est l'avenir de la bande de Gaza? Ahmed Fouad Alkhatib fait le point sur les derniers événements. Cet expert du Proche-Orient a grandi à Gaza. Il est aujourd'hui analyste à l'Atlantic Council, un think tank basé à Washington DC.
Vous avez de la famille à Gaza, comment se portent vos proches?
Ahmed Fouad Alkhatib: Ils sont fatigués, tristes, anxieux, dépassés, mais aussi pleins d'espoir que ce soit maintenant la fin de la violence. Mon frère m'a dit qu'il devait d'abord se réhabituer au calme.
Sur les images de la remise des otages, on voit beaucoup de gens en liesse, quelle est l'ambiance à Gaza?
Les images de la remise des otages sont une démonstration de force évidente. Le Hamas tente désespérément de montrer qu'il a gagné la guerre avec l'aide de Dieu et qu'il a désormais le contrôle de Gaza. Mais derrière les quelques milliers de personnes que l'on peut voir en train de jubiler sur les vidéos, il y a des milliers de personnes qui sont furieuses contre le Hamas parce qu'il a lancé cette guerre avec les attaques du 7 octobre.
L'action y est qualifiée d'idiote et d'inutile. L'espoir de beaucoup est que le cessez-le-feu soit le début d'un abandon complet de la stratégie de guerre. Mais il est difficile d'accepter la réalité:
Le Hamas n'a pas perdu de temps pour réaffirmer son pouvoir dans la région. Il a déjà commencé à envoyer du personnel de police dans toute la bande de Gaza. A bien des égards, nous en sommes revenus au même point qu'avant la guerre.
Un cessez-le-feu définitif est-il possible dans ces conditions?
Oui. Sous la nouvelle administration Trump, les Etats-Unis feront tout pour que la situation reste aussi calme que possible.
Donald Trump est très populaire en Israël. Le Premier ministre Netanyahu ne peut pas se permettre d'être celui qui détériore les relations avec lui.
Quelle est la prochaine étape?
Le cessez-le-feu qui vient d'être conclu prévoit, dans la prochaine phase, qu'Israël se retire complètement du territoire. Je ne vois pas de scénario dans lequel le gouvernement israélien actuel permettrait au Hamas d'administrer la bande de Gaza de manière totalement autonome.
Mais à partir du moment où tous les otages israéliens sont libérés, il devient difficile pour Israël de justifier de nouvelles offensives. Il n'y a plus rien à gagner pour Israël sur le plan militaire.
L'objectif officiel de l'armée est d'éradiquer le Hamas.
Cela n'est réaliste que s'il existe une alternative pour le remplacer. Que ce soit avec l'Autorité palestinienne qui gouverne la Cisjordanie ou avec d'autres acteurs qui prendraient la place de la milice terroriste. Pour l'instant, il n'y a pas de réponse claire à cette question.
Ces dernières semaines, plusieurs rapports ont fait état d'une «nouvelle génération de combattants du Hamas». Quelle est la force du Hamas actuellement?
Le Hamas a réussi à recruter des milliers de nouveaux membres pendant la guerre.
Il est donc difficile de devenir aussi fort qu'avant la guerre. Les nouveaux combattants ne sont pas non plus aussi bien entraînés. Néanmoins, un nombre suffisant de combattants avec des armes, des lance-roquettes et des grenades peut faire de gros dégâts - du moins comme chair à canon. L'idéologie est toujours aussi présente.
Que peut-on faire contre la radicalisation?
Il sera difficile de déradicaliser la population de Gaza. Car, outre le Hamas, la réalité des Palestiniens de la bande de Gaza y contribue également.
Tout cela ne ferait qu'empirer avec de nouveaux combats. L'objectif doit être que cette guerre soit la dernière à Gaza et que le Hamas ne soit plus jamais en position d'imposer sa volonté au peuple palestinien.
A condition que le cessez-le-feu tienne, à quoi pourrait ressembler un rapprochement entre Gaza et Israël?
Les deux parties ont été conditionnées au cours des derniers mois à considérer l'autre comme «le mal».
Du côté des Palestiniens, il faut une lueur d'espoir, sans le Hamas, sans radicalisation, pour emprunter un chemin vers l'indépendance et la stabilisation. De l'autre côté, les préoccupations sécuritaires des Israéliens sont légitimes. Gaza est devenue une plaque tournante pour l'extrémisme et l'Iran depuis le retrait d'Israël il y a près de 20 ans. Ces deux points de vue doivent être reconnus pour faire avancer l'idée d'une Gaza indépendante. Il y a encore beaucoup de travail à faire.
(Traduit et adapté par Chiara Lecca)