La plus grande aciérie d'Ukraine arrêtera de fonctionner
Plus grande aciérie d'Ukraine, située dans la ville natale du président ukrainien Volodymyr Zelensky, l'usine d'ArcelorMittal, à Kryvyï Rih, a été la cible de quatre tirs de missiles ces dernières semaines.
Ceux-ci ont coûté à la vie à 5 personnes, blessé 17 employés «dont un se trouve toujours dans un état critique» et ont «causé d'importants dégâts aux installations de production», selon un communiqué du groupe basé au Luxembourg. Mauro Longobardo, dirigeant de la branche ukrainienne du groupe, déclare:
Jusqu'ici, le gigantesque et presque centenaire complexe industriel, qui compte des installations sidérurgiques mais aussi des mines de fer, a continué à fonctionner en dépit du conflit.
L'entreprise a dû faire face à «des pénuries d'électricité ou des coupures de courant», dont les prix ont également «été multipliés par deux ou trois», tandis que «les ports utilisés pour exporter la production et importer les matières premières ont régulièrement été minés ou bloqués», détaille le groupe. En outre, les mines où le groupe s'approvisionne en charbon métallurgique, ingrédient clé pour fabriquer de l'acier avec le minerai de fer, «ont été occupées par l'armée russe».
En 2025, l'extraction minière fonctionnait à 73% de ses capacités; la production d'acier, à 35%. Soit 1,7 million de tonnes d'acier long – destiné notamment à la quincaillerie ou à la construction – sorties cette année-là d'un site qui a produit son premier métal en 1934 et peut en temps normal en produire autour de 5 millions de tonnes.
Maxime Kogge, analyste pour Oddo BHF, observe que cela pèse l'équivalent de 3% de la production du groupe. L'impact de cet arrêt d'activité sur le marché de l'acier sera donc limité. Toutefois, «l'arrêt de la production devrait contribuer à tendre encore plus le marché européen», où ArcelorMittal Ukraine exportait «l'essentiel de sa production», estime-t-il.
Acteur majeur de l'acier
En revanche, précise l'expert, l'arrêt du site mettra à un terme à la consommation de trésorerie, alors qu'ArcelorMittal indique avoir consacré plus de 700 millions de dollars au soutien de l'activité ukrainienne, non rentable depuis le début de la guerre.
Le groupe, plutôt connu pour sa maîtrise très efficace des coûts, a notamment continué de payer les quelque 17 500 salariés du site «en évitant les licenciements», malgré des niveaux d'activité plus faibles qu'en temps normal. Fin 2025, ArcelorMittal indiquait que 330 de ses salariés avaient été tués, capturés ou disparus dans les combats avec la Russie.
Jusque début mars, l'entreprise n'avait subi aucun dommage sérieux. Mais depuis, la Russie a multiplié les attaques contre des secteurs économiques clés ukrainiens, notamment les céréales et la métallurgie, ainsi que les chaînes logistiques.
Autre usine sidérurgique majeure, Zaporijstal, propriété du groupe ukrainien Metinvest, déclarait le 17 septembre être la «cible de frappes systématiques»; l'usine a été «totalement mise à l'arrêt» en août. Au total, 8 salariés y ont été tués, et une trentaine blessés.
Avant la guerre, l'Ukraine était un acteur important de la production d'acier mondial. Le GMK center, centre de recherche ukrainien, indiquait en avril que si l'industrie du fer et de l'acier pesait encore 5,5% du PIB national, la production d'acier brut avait été divisée par 4 entre 2013 et 2025, de 32,7 millions de tonnes à 7,4 millions de tonnes. Entre temps, le pays a perdu le contrôle des producteurs d'acier situés dans les régions de Donetsk et Louhansk, occupées par la Russie.
Jusqu'à sa chute en mai 2022, le complexe sidérurgique d'Azovstal était par ailleurs devenu le symbole de la résistance ukrainienne, des soldats tenant l'aciérie et ses dédales souterrains pendant des semaines, alors que le reste de Marioupol était tombé aux mains des Russes. (ats/tam)
