«Röszke – Bruxelles», peut-on lire sur les bus jaunes. Le message est claire: les migrants qui empruntent le poste-frontière hongrois de Röszke, près de la Serbie, sont appelés à se rendre directement dans la capitale belge de l'UE à bord d'un bus de la compagnie nationale. Et ce, avec à un billet aller-simple.
La raison? La Hongrie se sent «forcée» par l'UE à laisser entrer les migrants irréguliers dans le pays. Le pays a donc décidé «d'offrir un voyage gratuit à Bruxelles selon l'application des règles de procédure européennes», a déclaré la semaine dernière le vice-ministre de l'Intérieur Bence Retvari.
Il s'agit d'une action qui n'a pas d'équivalent dans l'UE. Le gouvernement de Viktor Orban s'est probablement inspiré des Etats-Unis, où le gouverneur du Texas (et allié de Trump), Greg Abbott, a fait transporter des migrants en bus pendant des mois vers New York et d'autres villes gouvernées par des démocrates.
En Belgique, pays de destination des bus, cette annonce a suscité l'émoi. La secrétaire d'Etat à l'immigration Nicole de Moor a qualifié le plan d'«inacceptable» et a protesté publiquement contre «les audaces de ce genre». La Commission européenne a également mis en garde la Hongrie contre la réalisation de son projet.
A l''arrière-plan de cette crise, on retrouve une amende de 200 millions d'euros infligée par la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) à la Hongrie pour des «violations sans précédent et d'une gravité exceptionnelle» de la législation sur l'asile. Chaque jour de non-paiement par la Hongrie est majoré d'un million.
Cela fait mal. Manifestement, avaler l'amende est si douloureux qu'Orban cherche désormais l'escalade. Ou n'est-ce que du bluff? Ce qui est sûr, c'est que les bus n'iraient pas bien loin. Ils devraient déjà s'arrêter à la frontière autrichienne.
En effet, les plaintes se multiplient à Bruxelles sur le fait que la Hongrie, qui se présente volontiers comme le défenseur des frontières, sape en réalité la sécurité commune dans l'espace Schengen. Le fait qu'elle n'enregistre pas les migrants et les laisse simplement passer est plus ou moins un secret de Polichinelle.
L'année dernière, le gouvernement a, en outre, libéré 1500 passeurs condamnés parce que ses prisons étaient soi-disant surpeuplées. Et actuellement, c'est l'octroi facilité de visas aux Russes et aux Biélorusses par la Hongrie qui fait débat.
Traduit et adapté de l'allemand par Léa Krejci