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La fermeture d'Ormuz peut conduire à la pire crise de tous les temps

La fermeture du détroit d'Ormuz pourrait influencer l'agriculture mondiale
Des substances capitales pour l'agriculture mondiale transitent par le détroit d'Ormuz.

La fermeture d'Ormuz peut conduire à «la pire crise de tous les temps»

Le choc de la guerre au Moyen-Orient risque de secouer l'agriculture à travers le monde. Avec, au final, des conséquences pour la Suisse.
15.03.2026, 16:2115.03.2026, 16:21
Niklaus Vontobel

Avant son attaque contre l’Iran, Donald Trump ne savait pas à quel point le détroit d’Ormuz était important. Le président américain a affirmé à plusieurs reprises qu’en cas de fermeture du passage, il serait toujours possible de se rabattre sur le pétrole vénézuélien.

Or, le Venezuela produit environ vingt fois moins de brut que ce qui transite par le détroit d’Ormuz. L’économiste Paul Krugman en conclut:

«De jour en jour, il devient plus clair que l’administration Trump ne sait pas ce qu’elle fait en Iran»

L’Iran serait donc désormais en train de donner une leçon géopolitique sur le détroit d’Ormuz à Donald Trump. Et en même temps que le président américain, le monde entier, y compris la Suisse, a peut-être quelque chose à en apprendre.

Si la guerre ne se termine pas bientôt, la prévision de l’experte économique américaine Catherine Rampell pourrait se révéler juste. Dans The Bulwark, celle-ci écrivait:

«L’inflation due à la guerre ne fait que commencer»

Les crises vont s'enchaîner

Il y a d’abord le marché du pétrole, pour lequel l’Agence internationale de l’énergie prédit «le plus grand choc de son histoire». Le prix du baril se situe actuellement à nouveau près des 100 dollars.

Trump a tenté de faire baisser ce tarif en menaçant l’Iran, puis en affirmant que la guerre serait bientôt terminée. Jusqu’à présent, rien n’y a fait. L’Iran a bloqué 16 pétroliers et le trafic dans le détroit d’Ormuz est quasiment à l’arrêt.

Avec le pétrole, c'est naturellement l’essence, le mazout de chauffage ou le kérosène qui deviennent plus chers. Mais ce ne sont là que les exemples les plus évidents. Comme le souligne Catherine Rampell, d’innombrables biens de consommation contiennent des produits pétroliers.

On peut notamment citer les vêtements, les téléphones portables, les sucreries, des prothèses dentaires, de liquide vaisselle, les produits d'hygiène ou de maquillage, ou encore les pneus de voitures. Cela représente au total plus de 6000 produits du quotidien qui seront touchés par cette crise.

Selon un analyste américain, tous ces biens ne deviendront pas immédiatement plus chers, mais finiront par le devenir si la guerre devait durer encore un ou deux mois. Et le prix du pétrole finira également par influencer les tarifs des transports pour de nombreuses marchandises à travers le monde.

Les récoltes pourraient être aussi touchées

Si deux tiers de tous les navires qui passaient par le détroit d’Ormuz transportaient du brut, du pétrole raffiné ou du gaz naturel liquéfié, le tiers restant acheminait du charbon, du fer, de l’aluminium, des céréales ou encore des fruits tropicaux d’Asie du Sud. Mais, surtout, une grande quantité d’engrais.

Un tiers environ des engrais transportés par voie maritime dans le monde transite par le détroit d’Ormuz. Les États du Golfe fournissent une grande partie des besoins mondiaux en urée (35%) et en souffre (45%), deux ingrédients essentiels pour la fabrication d'engrais.

A cause de l'accès bloqué à ce composantes, les prix de certains engrais ont déjà augmenté de 50%, ce qui a déjà fait grimper les prix de nombreuses céréales, comme le maïs ou le blé.

Pour certains agriculteurs à travers le monde, c'est donc «la pire crise de tous les temps» qui pourrait commencer, écrit l’agence de presse Bloomberg. Non seulement les engrais sont désormais particulièrement chers, mais le cours de certaines céréales, notamment le maïs, sont particulièrement bas. Et Trump a choisi le pire moment possible pour lancer son attaque, soit juste avant les semis de printemps, période où les engrais sont les plus nécessaires et les plus demandés.

Dans le Financial Times, le directeur d’un grand fabricant d’engrais avertit:

«Nous ne devrions pas sous-estimer les conséquences de la guerre pour la production alimentaire mondiale»

Si les engrais ne finissent pas bientôt dans les champs, les premières récoltes pour certaines céréales pourraient baisser de moitié. Un expert des systèmes alimentaires prévoit que, si la fermeture du détroit d'Ormuz se prolongeait, les consommateurs payeront plus cher, d'ici six mois, le pain, les œufs ou le poulet.

Les crises se sont accumulées

Depuis 2020, les chocs sur le marché mondial des céréales se sont multiplié. Il a eu la pandémie, l’attaque de la Russie contre l’Ukraine, la politique douanière chaotique de Donald Trump, et maintenant la guerre contre l’Iran. Comme lors des précédentes crises, il faudra voir dans quelle mesure les prix réagiront dans les pays riches comme la Suisse.

Si l’inflation venait finalement à augmenter, les banques centrales devraient décider s’il s’agit d'une crise passagère et, dans ce cas, elles pourront attendre. Mais si cela venait à se muer en inflation durable, les banques centrales devraient être contraintes de relever leurs taux directeurs.

Si les taux directeurs augmentaient en Suisse, comme durant les précédentes crises, les taux hypothécaires augmenteraient aussi. Il en irait de même pour le taux de référence des loyers, et ce sont les locataires qui finiraient par passer à la caisse.

Des taux plus élevés ont également tendance à peser sur les cours des actions boursières. La semaine prochaine, la Banque Nationale suisse va décider de ses nouveaux taux directeurs.

Traduit de l'allemand par Joel Espi

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