Guerre avec l'Iran: Pourquoi Trump se trouve dans une impasse
Donald Trump a proclamé la victoire sur l’Iran de façon prématurée, affirmant même que la guerre allait bientôt prendre fin. En déclarant cela, son objectif était avant tout de rassurer les marchés afin d’éviter une nouvelle flambée des cours du pétrole. Car, alors que les élections de mi-mandat se dérouleront à l’automne, une explosion des prix du carburant dans les stations-service américaines réduirait les chances des républicains.
Entre-temps, le nouveau guide suprême iranien, Modschtaba Khamenei, a fait lire à la télévision publique une déclaration dans laquelle il menaçait les pays voisins de représailles et d’ouvrir de nouveaux fronts.
Au Yémen, les milices houthies pourraient entrer en guerre. L'Iran pourrait également mener des attaques de drones contre le territoire américain ou des attentats terroristes. Aujourd’hui, des drones peuvent être lancés depuis des navires marchands à des milliers de kilomètres de l’Iran puis dirigés vers leur cible.
Un état militaire islamique
Modschtaba Khamenei a également annoncé que le détroit d’Ormuz resterait bloqué. Cette situation rendra plus difficile pour Donald Trump de mettre rapidement fin aux hostilités. Tandis que l’Iran attaque des navires transportant du pétrole arabe, les Américains ont, selon des services qui surveillent le trafic dans le golfe Persique, laissé partir vers la Chine des pétroliers transportant près de 12 millions de barils de pétrole iranien.
Cela devrait rapporter au régime de Téhéran, à court de liquidités, environ un milliard de dollars. Il est difficile de comprendre ce que les responsables américains espèrent obtenir de cette décision. À Téhéran, on doit s’en réjouir en silence.
Un leader mystérieux
Le fait que Modschtaba Khamenei ne s’adresse pas personnellement aux Iraniens par message vidéo ou audio continue d’alimenter les rumeurs selon lesquelles il aurait été blessé lors d’une attaque aérienne. La télévision d’État a présenté le nouveau dirigeant comme un «vétéran de la guerre du ramadan».
Les vétérans sont des personnes qui ont combattu ou qui ont été blessées et, comme l’attaque israélo-américaine a eu lieu pendant le mois de jeûne musulman, elle est décrite du point de vue iranien comme la guerre du ramadan.
La question de savoir si le fils du guide révolutionnaire tué Ali Khamenei est réellement en mesure d’agir, ou si la direction des gardiens de la révolution ne dicte pas simplement des messages en son nom, reste donc ouverte.
Dans les faits, le régime iranien s’apparente désormais à une dynastie qui n’est guère compatible avec les objectifs initiaux de la révolution islamique. Comme le «jeune» Khamenei est proche des puissants gardiens de la révolution, on peut aussi parler d’une «dictature militaire des turbans».
Donald Trump s'attendait sans doute à autre chose lorsqu’il a laissé entendre, au début de la guerre, que le peuple iranien pourrait se soulever après les frappes aériennes et renverser le gouvernement.
La rue va-t-elle prendre le pouvoir?
Après deux semaines de guerre, les chances de renverser rapidement le pouvoir diminuent. C’est ce que suggèrent également des déclarations officielles venues d’Israël et de l’opposition kurde, dans l’ouest de l’Iran.
Israéliens et Kurdes estiment désormais que la guerre aérienne affaiblit certes fortement les gardiens de la révolution, mais que le soulèvement populaire espéré et le changement de régime sont repoussés à plus tard.
L’outil de répression des gardiens de la révolution, qui avait écrasé dans le sang les grandes manifestations antigouvernementales en janvier, ce sont les milices dites Bassidji. À Téhéran, elles ont désormais installé de nombreux barrages routiers afin d’étouffer toute manifestation dans l’œuf.
Sur la base d’informations vraisemblablement fournies par la population, des drones Hermes israéliens ont bombardé ces postes pour ouvrir la voie au peuple. Reste à savoir si celui-ci voudra saisir l’occasion, alors que les Bassidji restent actifs. Des manifestations pourraient toutefois éclater à la suite du Nouvel An persan, le 20 mars, si l’évolution de la guerre venait à s’y prêter.
Même si Donald Trump souhaitait mettre rapidement fin à la guerre, les menaces iraniennes contre le trafic maritime rendent cet objectif difficile à atteindre. Ce n’est pas un hasard si, ces derniers jours, les frappes aériennes américaines se sont fortement concentrées sur les restes de la marine iranienne, et en particulier sur les poseurs de mines.
À l’ère des drones, ce sont toutefois surtout les drones maritimes et aériens iraniens ainsi que les missiles antinavires qui jouent un rôle plus important que les navires de surface classiques.
La solution viendra peut-être au sol
Côté iranien, le détroit d’Ormuz est bordé par des contreforts du massif du Zagros. Les gardiens de la révolution peuvent y dissimuler des drones et des missiles dans des cavernes. Des frappes aériennes ne suffiraient guère à détruire toutes ces bases de départ pour des attaques contre les pétroliers.
Si les États-Unis veulent réellement réduire les risques pour la navigation, leurs forces armées devront peut-être même mener des opérations terrestres limitées et ciblées.
Ni les Kurdes d’Iran ni les Arabes du Golfe ne sont prêts à suivre l’imprévisible Donald Trump dans cette guerre. Les États-Unis ont un problème avec leurs alliés après avoir rabaissé les Européens et trahi les Kurdes de Syrie. Ce n’est pas ainsi que l’on gagne des guerres. Tout porte à croire que la dictature militaire sous le turban pourrait encore survivre quelque temps, même affaiblie.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
