Le président américain Joe Biden rend son tablier. En ce dimanche 21 juillet, les nombreuses voix qui ont demandé son retrait de la course présidentielle ont eu raison du démocrate de bientôt 82 ans.
Et, cette fois-ci, Kamala Harris pourra compter sur le soutien du président, comme il l'écrit sur Twitter, pour lancer sa candidature personnelle: «Aujourd’hui, je veux offrir mon soutien total à Kamala pour qu’elle soit la candidate de notre parti. Démocrates - il est temps de se rassembler et de battre Trump. C’est ce qu’il faut faire».
On behalf of the American people, I thank Joe Biden for his extraordinary leadership as President of the United States and for his decades of service to our country.
— Kamala Harris (@KamalaHarris) July 21, 2024
I am honored to have the President’s endorsement and my intention is to earn and win this nomination.
Un renvoi d'ascenseur pour elle, souvent qualifiée d'«effacée» sous la férule de Biden. Des critiques qui reviennent d'ailleurs souvent au visage des vice-présidents en fonction. Or, lorsqu'elle se lançait dans la course à la présidentielle de 2020 (abandonnée en décembre 2019 pour faute de financement), son discours était pragmatique, comme son travail dans la peau de vice-présidente. Elle martelait le fait qu'elle ne cherchait «pas à restructurer la société», mais elle se préoccupait «des problèmes qui tiennent les gens éveillés au milieu de la nuit».
Des paroles qui doivent encore résonner dans les couloirs des républicains. Harris est considérée comme une redoutable adversaire et inquiète le camp adverse. Terminée cette époque où il fallait rassurer le clan démocrate, la voilà propulsée sous le feu des projecteurs pour battre Donald Trump.
Selon des sources du New York Times, l'équipe du 45e président américain aurait déjà préparé des dossiers à son sujet. Son passé d'ancienne procureure inquiète le clan Trump, car plus coriace pour défendre des causes comme la loi sur le droit à l'avortement.
Mais pas seulement.
Présente au Bürgenstock, Kamala Harris a été un pion important dans le conflit en Ukraine, par exemple. Elle était par ailleurs présente en début d'année à la Conférence sur la sécurité à Munich face au président ukrainien. Mais, malgré tout, elle est considérée comme «effacée» pour plusieurs observateurs.
Etrange, car l'ancienne sénatrice de Californie ne chôme pas. Son caractère intrépide, comme qualifié dans les médias américains, se marie avec une intransigeance qui lui colle à la peau. Cette fille d'un père économiste et professeur émérite à l'université Stanford et d'une mère biologiste et oncologue, effectue un travail de choix au sein de l'administration Biden.
Pour brosser le portrait de la numéro deux du pays, le journaliste Alexis Buisson, correspondant à New York et auteur d'un livre sur la dame, écrivait:
Kamala Harris a la réputation d'être cartésienne et clinique. Le Daily Beast, en août 2023, soulignait la qualité de son travail, que le politologue David Rothkopf considérait comme largement sous-estimé sur les questions nationales et internationales. «Ce bilan fait non seulement d'elle l'un des vice-présidents les plus efficaces de l'histoire moderne des Etats-Unis», rédigeait Rothkopf dans les colonnes du site américain.
Politico, aussi sous le charme d'Harris, titrait:
En réalité, Harris a apporté sa pierre à l'édifice concernant le conflit en Ukraine. Sa présence en Suisse n'était par exemple pas anodine, sur les hauteurs du Bürgenstock. Son expérience dans la peau de vice-présidente a sûrement densifier ses connaissances et participé à sa faculté à gouverner un pays. En tant que vice-présidente, ce poste a valeur stratégique et en fait un membre à part entière du pouvoir exécutif. Un détail qui ne trompe pas: Joe Biden, lui-même vice-président sous Barack Obama, l'expliquait en ces mots au Council on Foreign Relations:
Le futur ex président Biden s'est par ailleurs appuyé sur Kamala Harris, en l'envoyant au charbon, elle, «l'intrépide» comme l'avait qualifiée Joe Biden lors de l'annonce de sa colistière. C'est d'ailleurs cet adjectif qu'elle a utilisé comme slogan pour gratter des voix lors de l'élection présidentielle de 2020. Car il faut une bonne dose de bravoure pour s'asseoir dans le siège du vice-président. Le rôle institutionnel consiste essentiellement à soutenir la Maison-Blanche tout en enchaînant les conseils et les négociations à l'abri des regards. Une mission harassante.
Aujourd'hui, le président a fait le choix de la placer en première ligne, en opposition à Donald Trump, pour les élections présidentielles le 5 novembre prochain. Mais la partie va être difficile à gagner, si elle devient effectivement la candidate démocrate en août prochain. Selon Jim Hobart, membre de l'institut de sondage Public Opinion Strategies, 50% des électeurs ont déjà une idée négative de Kamala Harris. Seuls 32% d'entre eux en ont une opinion positive.
Or, du côté des républicains, le maintien de Joe Biden était perçu comme plus avantageux pour gagner ces élections. L'arrivée de la native d'Oakland (Californie) pourrait-elle réellement faire basculer le destin de ces élections que beaucoup jugent scellé?