Ce que l’ADN pourrait révéler sur les victimes de Ceuta
Près de deux semaines après la crise migratoire de Ceuta, les recherches des disparus se poursuivent. Selon des organisations marocaines de défense des droits humains, au moins 145 personnes sont mortes. La plupart d'entre elles se sont noyées ou ont été écrasées dans la foule.
63 corps ont été retrouvés en territoire marocain. 82 se trouvent à la morgue de l'hôpital militaire de Ceuta, où six médecins légistes travaillent 24 heures sur 24 à leur identification.
Les recherches se poursuivent
Ils transmettent leurs conclusions à la Guardia Civil qui, avec la Croix-Rouge, recueille et analyse au poste de douane d'El Tarajal toutes les données et informations relatives aux personnes disparues. Sergio Munguía, responsable de la police scientifique de la Guardia Civil espagnole à Ceuta, explique:
Grâce à des prélèvements ADN effectués sur des membres des familles, on serait, selon Sergio Munguía, sur le point d'identifier près de 30 personnes.
L'objectif est de rendre les défunts à leurs familles. Si cela s'avère impossible, ils seront inhumés au cimetière musulman de Ceuta, où des travaux d'agrandissement sont déjà en cours.
De nombreuses familles n'abandonnent pas l'espoir de retrouver leurs proches en vie. Environ 50 migrants sont actuellement portés disparus, selon les autorités. Sur les réseaux sociaux, des proches partagent leurs photos. Les médias locaux publient régulièrement des communiqués officiels ainsi que des témoignages de personnes en quête d'un être cher.
Des milliers encore à Ceuta
Selon le gouvernement espagnol, environ 2000 migrants se trouvent encore actuellement à Ceuta. La plupart d'entre eux (1342 selon la ministre de la jeunesse Sira Rego), sont des mineurs non accompagnés. A cela s'ajoutent des dizaines, voire des centaines de mineurs qui se cachent dans des quartiers comme «El Principe», par crainte d'être renvoyés par la police de l'autre côté de la frontière.
La suite reste incertaine pour eux. Ils bénéficient d'un statut de protection spécial au sein de l'Union européenne, dont fait partie la ville autonome. La ministre de la jeunesse Sira Rego espère pouvoir accélérer leur répartition vers l'Espagne continentale. Elle a assuré au journal El Mundo que des mesures étaient prises pour que «tous soient pris en charge». La priorité serait donnée aux filles et aux enfants de moins de 13 ans.
La logique est la suivante: plus ils sont nombreux à être enregistrés dans les bases de données, plus leurs familles, si elles les recherchent, auront de chances de les retrouver.
Une surcharge à tous les niveaux
Le problème réside dans le fait que les autorités et leurs services d'accueil sont totalement débordés. Les hébergements d'urgence, mis en place après plusieurs signalements de viols visant des filles et des femmes, restent par exemple difficilement accessibles pour beaucoup de jeunes femmes.
Du complexe industriel d'El Tarajal (sud), où des dizaines de jeunes femmes et de filles dorment à même le sol sur des cartons, jusqu'à l'école Principe Felipe, il n'y a qu'environ 500 mètres à pied. Mais pour franchir les portes sécurisées de l'établissement scolaire, elles doivent d'abord s'enregistrer auprès de la police. Plusieurs jeunes femmes ont toutefois rapporté à CH Media (éditeur de watson) avoir été refoulées par la police, sans en connaître la raison.
Il ne leur reste donc, comme à de nombreux autres mineurs et jeunes adultes, qu'à errer dans la zone industrielle en attendant. Deux semaines après avoir franchi la frontière, la plupart d'entre eux ont pu joindre leur famille. Certains sont toutefois encore à la recherche d'amis ou de proches avec lesquels ils avaient traversé à la nage jusqu'à Ceuta.
De nombreux migrants n'étaient pas préparés, n'avaient pas d'eau potable avec eux, et ne savaient, pour certains, pas vraiment nager. Antonio Sempere, présent sur place lorsque des dizaines de milliers de personnes ont franchi la frontière, raconte:
Comme le montrent plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, les migrants arrivaient souvent sur la terre ferme complètement épuisés et déshydratés.
Mohammed Abuti, qui tient le Cafe Puerta Europa juste à la frontière, s'est précipité vers la plage avec des arrosoirs remplis d'eau potable. Les jours suivants, il a dû assister, impuissant, au repêchage des corps de ceux qui n'étaient pas parvenus jusqu'à lui. (trad. ysc)
