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Népal: Dawa Sherpa raconte son improbable survie sur l'Everest

Mount Everest is seen, center left, from base camp in Nepal, Sunday, May 10, 2026. (AP Photo/Pasang Rinzee Sherpa)
Nepal Everest Photo Gallery
Dawa Sherpa, 57 ans, a été retrouvé le 4 juin non loin du camp de base du sommet de l'Everest, le plus haut de la planète.Keystone

«C'est une avalanche qui m'a sauvé»: le miraculé de l'Everest raconte

Laissé à lui-même, Dawa Sherpa dû survivre pendant une semaine seul sur le toit du monde. Retrouvé début juin, il raconte cette incroyable épreuve.
24.06.2026, 16:5924.06.2026, 16:59
Paavan MATHEMA, katmandou/afp

L'alpiniste népalais qui a miraculeusement survécu une semaine seul sur les pentes de l'Everest, dont trois jours au fond d'une crevasse, a raconté à l'AFP comment il est parvenu à échapper à la mort. «Je suis très heureux d'être de retour, j'ai cru que j'allais mourir là-bas», confie Dawa Sherpa, en convalescence dans un appartement de Katmandou avec sa famille.

Dawa Sherpa, 57 ans, a été retrouvé le 4 juin non loin du camp de base du sommet le plus haut de la planète (8849 m). Surnommé Hillary, comme le légendaire alpiniste Edmund Hillary, ce Népalais travaillait comme cuisinier au Camp 2 de l'Everest pour une petite société organisant des expéditions sur l'Everest, Himalayan Traverse Adventure. Mais celle-ci lui avait demandé de remplacer un guide, alors qu'il n'avait encore jamais atteint le sommet de l'Everest.

Everest survivor Dawa Sherpa speaks during an interview with AFP in Kathmandu on June 18, 2026. Dawa, a Nepali mountaineer who spent six days dragging himself off Mount Everest after being abandoned h ...
Dawa SherpaImage: AFP

Dawa Sherpa est monté jusqu'au Balcony, à environ 8400 mètres d'altitude, le 28 mai, avant de redescendre au camp 4 à la nuit tombée avec l'alpiniste britannique Chris Thrall, le Polonais Mariusz Chmielewski et le guide Pasang Kaji Sherpa. Chris Thrall a été la dernière personne à le voir, alors qu'ils étaient à environ 7900 mètres d'altitude.

Dawa Sherpa explique qu'il avait pris du retard parce qu'il manquait d'oxygène et qu'il a dit à Thrall de continuer sans lui. «Je lui ai dit de continuer, que j'allais le rejoindre», dit-il. «Mais lorsque mon oxygène s’est épuisé, je ne pouvais plus bouger mes mains ni mes pieds. Alors je suis resté accroché à la corde pendant environ une demi-heure».

Opérations de sauvetage retardées

Seul et épuisé, il a lentement rejoint une tente et y a trouvé des nouilles. «J'en ai mangé, et ça m'a aidé à retrouver mes esprits (…) Ensuite, je suis descendu au Camp 3», poursuit-il, encore à environ 7100 mètres, où il a passé une nuit dans des rafales assourdissantes de vent. «J'ai chauffé de l'eau (...) préparé un peu de porridge et je l'ai mangé».

Entre-temps, le reste de l'équipe avait atteint le camp 2 et donné l'alerte à son employeur. Mais les opérations de recherche et de sauvetage ont été retardées.

Sherpa raconte qu'il disposait d'un téléphone satellitaire, mais qu'il n'a pas réussi à le faire fonctionner, et d'un talkie-walkie dont les batteries se sont déchargées. Il a continué son combat pour avancer le lendemain, et atteint le camp 2, mais à ce moment-là tous les autres alpinistes étaient déjà repartis.

Du chocolat gelé et du café lyophilisé

Une fois encore, il était seul. Il pensait poursuivre son chemin jusqu'au camp de base d'une seule traite, mais au niveau de la redoutable cascade de glace de Khumbu, l'une des principales difficultés de la voie népalaise, il est tombé dans une crevasse.

«J'ai glissé et je suis tombé d'une échelle, et je suis resté suspendu là pendant un long moment», tout en retenant un sac de 28 kilos contenant huit bouteilles d'oxygène vides et les sacs de couchage des clients, raconte-t-il. Il n'a laissé tomber ce poids dans les profondeurs glacées qu'une fois ses mains épuisées.

Finalement, n'ayant plus la force de continuer à se cramponner, il est tombé lui aussi. «Je me suis cogné la tête mais je suis tombé sur une surface plate», se blessant à la jambe, poursuit-il.

Fouillant dans sa veste, il a mis la main sur du chocolat gelé et du café lyophilisé. «J'avais des biscuits et du chocolat dans mes poches, et du café… J'en ai pris un peu. Je n'avais pas d'eau chaude, alors j'ai cassé de la glace pour me mouiller la bouche», raconte-t-il.

Des parois trop lisses

Le 3 juin - au bout de six jours de solitude - un hélicoptère a rugi dans le ciel. Mais il se trouvait encore loin au fond de la crevasse. «Je savais qu'un hélicoptère était arrivé, j'entendais son bruit, mais je ne le voyais pas», explique-t-il.

Dawa Sherpa raconte qu'il a passé deux nuits dans la crevasse, incapable d'en escalader les parois lisses. «Je suis resté là, sans nulle part où aller. Je me suis demandé si j'allais vivre ou mourir, espérant seulement que quelqu'un viendrait me secourir», dit-il.

«Mais personne n'est venu. A la place, c’est une avalanche qui est arrivée, pour me sauver»

L'avalanche a comblé la crevasse de neige, lui permettant de ramper vers l'extérieur. «C'était très difficile, cela m'a pris au moins une heure, en me tenant à la glace et en m'agrippant avec les crampons», précise-t-il. «Je posais le pied sur un morceau de neige et je montais lentement. Quand je suis arrivé sur la piste, j'ai senti que j'allais survivre».

Une fois sorti de la crevasse, il a trouvé une corde et l'a suivie, finissant par ramper jusqu'à proximité du camp de base. Là, dans la matinée du 4 juin, il a été découvert par le Sagarmatha Pollution Control Committee (SPCC), une équipe népalaise qui ouvre les itinéraires sur l'Everest et nettoie les déchets laissés sur place.

Medics take Dawa Sherpa, a mountain guide who had been missing for several days in the Everest region, for treatment after he arrived at HAMS Hospital in Kathmandu, Nepal, Thursday, June 4, 2026. (AP  ...
Dawa Sherpa a été retrouvé le 4 juin dernier.Keystone

«J'étais très heureux de les voir, j'ai alors pensé que j'allais survivre, c'était sûr», dit-il. Dawa Sherpa a été évacué par hélicoptère vers Katmandou, où les médecins ont soigné ses engelures, sa déshydratation et sa fracture du fémur.

Colère de la communauté himalayenne

Sa survie improbable a suscité la joie parmi les autres alpinistes, mais aussi la colère de sa famille et de la communauté himalayenne quant à l'incapacité des sauveteurs à le localiser plus tôt. Le gouvernement a lancé une enquête.

A la question de savoir s'il était prêt à retourner en montagne, Dawa Sherpa répond qu'il ne gagnera plus sa vie en grimpant. «Je ne retournerai pas en haute montagne maintenant, peut-être juste pour un peu de trekking», dit-il.

On est allé s'entraîner avec les sauveteurs alpins
Video: watson
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