La France «s'attaque» à une centrale nucléaire aux portes de la Suisse
Définitivement arrêtée en 2020, la centrale nucléaire de Fessenheim, dans l'Est de la France, se prépare à un chantier colossal: l'opérateur national d'énergie EDF a 22 ans pour la démanteler complètement, un projet au coût total estimé d'1,4 milliard d'euros (1,277 milliard de francs).
Début mai, le gouvernement a autorisé par décret ces opérations de démantèlement, qui n'attendent plus que l'approbation de l'autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, prévue en juin. Une opération majeure qui devrait aider EDF à se positionner sur le marché mondial du démantèlement d'installations nucléaires.
Un site déjà largement purifié
Construits en 1971 à la frontière franco-allemande, et mis en service en 1977, les deux réacteurs de la centrale ont été arrêtés en 2020 après 43 ans de production.
Depuis, le démantèlement a été préparé notamment par l'évacuation de tout le combustible nucléaire usé vers l'usine de recyclage d’Orano à La Hague (nord), ce qui «a permis de retirer 99,9% de la radioactivité présente sur le site», indique Pierre-Jean Barret, directeur du site avant de poursuive:
Certains matériels ont été démontés pour être réutilisés sur d'autres sites. Ainsi, des turbines de Fessenheim produisent aujourd'hui de l'électricité à Dampierre (centre) ou Gravelines (nord).
405 000 tonnes de matériaux
«On est prêts à démarrer les opérations» de démantèlement, annonce Pierre-Jean Barret. Un chantier titanesque, d'un coût de 700 millions d'euros (638 millions de francs) par réacteur, qui mobilisera de 300 à 400 personnes par an sur ce site de 34 hectares environ, selon les phases.
Déconstruire la centrale générera environ 405 000 tonnes de matériaux, dont 95% non radioactifs. Les 5% restants, triés selon leur type et niveau de radioactivité, seront d'abord stockés dans l'ancienne salle des machines, entièrement délestée de ses turbines dans ce but.
Ils seront ensuite expédiés vers les sites de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, dans l'Aube (est), expose Pierre-Jean Barret en montrant le gigantesque hall de 200 mètres de long sur 50 de large, complètement vide.
Dans le bâtiment réacteur numéro 1, Adrien Picard est en charge d'un des premiers chantiers d'ampleur, qui doit démarrer cette année: l'évacuation des générateurs de vapeur, trois énormes cylindres de 20 mètres de haut.
«La première étape va être de les couper», expose ce chef de projet au sein de Cyclife Engineering, filiale d'EDF. Les volumineux morceaux seront ensuite évacués, une opération délicate: «on a par endroit une marge au centimètre près», décrit Adrien Picard ajoutant:
Des robots également prévus
Si les niveaux de radioactivité sont faibles sur cette partie du site, pour le chantier qui concernera la cuve, le cœur du réacteur, «on fera intervenir des robots, des machines téléopérées», afin de «réduire l'exposition» à la radioactivité des salariés, anticipe Adrien Picard.
Dans la «piscine» du bâtiment combustible numéro 1, d'un bleu translucide, des alvéoles de quatre mètres de haut attendent d'être retirées. C'est là qu'était stocké le combustible d’uranium utilisé dans le cœur du réacteur. Johann Maisonneuve, chef du projet démantèlement, explique:
Avec le chantier de Fessenheim, prévu jusqu'en 2048, «c'est la première fois qu'on s'attaque au parc nucléaire moderne, à part le prototype de Chooz A», dans les Ardennes (est), un réacteur arrêté en 1991, et dont le démantèlement est toujours en cours.
EDF compte s'appuyer sur cette expérience pour améliorer les procédés de démantèlement et les rendre plus efficaces, avec pour ambition d'en réduire la durée, à «15 ans», et le coût, pour viser «500 millions d'euros par réacteur», expose-t-il. Avec en tête l'idée de «se positionner sur des marchés (réd: de démantèlement) à l'étranger».
Sur une parcelle à proximité du site de Fessenheim, EDF a pour projet de créer un technocentre, une usine de recyclage de métaux très faiblement radioactifs issus du démantèlement d'installations nucléaires. Un projet qui suscite tensions et inquiétudes dans la région.
