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Des centaines de prisonniers de guerre ukrainiens exécutés

Nadia (à droite), 57 ans, mère du soldat ukrainien Andriï Doubnytsky, aujourd'hui décédé, sa veuve Lioudmyla (au centre), 27 ans, et leur fille Mia (à gauche), 4 ans, posent devant son portrait l ...
Lioudmyla (au centre), Nadia (à droite) et Mia (à gauche) se recueillent devant le portrait de leur défunt mari, fils et père Andriï Doubnytsky, tué par l'armée russe.Image: AFP

Wagner aurait «donné le ton» aux exécutions de prisonniers ukrainiens

Un récent rapport de l'ONU fait état de 129 cas vérifiés d'exécutions de prisonniers de guerre ukrainiens. Selon les enquêtes de Kiev, ce nombre pourrait dépasser le millier.
16.07.2026, 18:4616.07.2026, 18:46
Ania TSOUKANOVA / afp

Andriï Doubnytsky est mort en février 2024 à l'âge de 25 ans, lorsque les forces ukrainiennes ont abandonné la ville d'Avdiïvka, dans la région orientale de Donetsk, épicentre de combats acharnés. Dans son dernier message, le mari de Lioudmyla Doubnytska lui a écrit qu'il risquait d'être capturé par les forces russes. Deux jours plus tard, celle-ci reconnaît le corps de son époux parmi ceux d'un groupe de soldats ukrainiens tués, sur des images circulant sur les réseaux sociaux.

Ce soldat de la 110e brigade fait ainsi partie, selon Kiev, des centaines de prisonniers de guerre exécutés par les forces russes depuis le début de l'invasion de l'Ukraine en 2022. Le nombre de victimes recensées varie selon les sources ukrainiennes. Mais toutes insistent sur deux points: la liste des cas connus n'est pas exhaustive, et ces exécutions relèvent d'une politique délibérée de Moscou.

Blessé lors d'une tentative de repli, Andriï Doubnytsky reste sur une position avec cinq de ses compagnons d'armes. Malgré la situation, il espère encore une évacuation. Le soldat téléphone à sa «Liouda» le 15 février. La jeune femme raconte:

«Il était extrêmement nerveux et pleurait»

Quelques heures plus tard, il lui envoie un message pour dire que son groupe va très probablement être capturé, puis disparaît du réseau. Selon toute vraisemblance, c'est ce qui est arrivé: sur une vidéo publiée par des médias, son camarade Ivan Jytnyk est au téléphone avec un proche lorsqu'un soldat russe lui ordonne de déposer les armes. Et le 17 février, Lioudmyla voit sur un réseau russe une vidéo montrant cinq corps gisant dans une flaque gelée rougie par le sang, et reconnaît son mari.

Deux jours plus tard, la 110ᵉ brigade confirme la mort de plusieurs militaires, dont Andriï Doubnytsky et Ivan Jytnyk, et accuse les forces russes d'avoir violé un accord sur leur évacuation. Le Parquet ukrainien a ouvert une enquête pour «exécutions par balles» de prisonniers de guerre désarmés.

Le cas d'Andriï n'est pas isolé. On ne connaît pas le nombre de victimes avec certitude, mais selon Kiev, les exécutions par les troupes russes augmentent depuis 2023. Andriï Atamantchouk, un responsable du Parquet ukrainien qui supervise les enquêtes sur ces faits, déclare:

«Cela découle d'une politique de la Russie qui encourage et rend possibles de tels crimes. Les commandants donnent ensuite les ordres en ce sens»

Un rapport de l'ONU publié fin juin évoque 129 cas vérifiés d'exécutions de prisonniers de guerre ukrainiens; l'organisation s'alarmait déjà début 2025 d'une «nette recrudescence» de ces faits. A ce jour, l'Ukraine a ouvert 116 enquêtes portant sur le meurtre de 306 militaires ukrainiens depuis 2022, selon Andriï Atamantchouk. Il ajoute que ce total est loin d'être exhaustif.

Les services de renseignement ukrainiens mènent leur propre recensement, qui fait état de «plus de 900 militaires» tués dans «plus de 340 incidents» depuis 2022, selon un responsable au sein de ces structures, pour qui ce chiffre ne représente sans doute qu'«entre 25% et 40%» de l'ensemble des cas.

Interrogées par l'AFP sur l'écart entre leurs statistiques, les deux structures ont évoqué une différence de méthodologie: le Parquet dit s'appuyer sur «des faits documentés et prouvés» tandis que le renseignement affirme «recevoir les informations plus rapidement» de la part d'unités déployées sur le front et d'autres sources.

«Rendre justice»

Les autorités russes n'ont pas donné suite aux demandes de l'AFP de commenter ces allégations mais Moscou rejette systématiquement les accusations de crimes de guerre et accuse en retour les forces ukrainiennes d'en commettre.

D'après le renseignement ukrainien, le groupe paramilitaire russe Wagner, démantelé après sa rébellion avortée de juin 2023, a «donné le ton» en matière d'exécutions et en recrutant des détenus condamnés pour des crimes violents. Le plus souvent, les victimes sont abattues par balles, comme ce soldat ukrainien que l'on voit être tué après avoir lancé «Gloire à l'Ukraine» dans une vidéo devenue virale en 2023. Les enquêteurs font également état de meurtres d'une extrême brutalité, notamment par décapitation.

Pour l'heure, seulement cinq militaires russes ont été condamnés en Ukraine pour des exécutions de captifs ukrainiens, dont deux par contumace. Le procureur Atamantchouk évoque l'extrême complexité des enquêtes, notamment faute d'accès aux zones de combat. Il espère toutefois qu'il sera un jour possible de «rendre justice» aux familles des victimes, ne serait-ce qu'en leur donnant «les noms de ceux qui ont tué leurs proches».

Mais pour Lioudmyla Doubnytska, cela ne représente guère de réconfort. La jeune femme déclare, les larmes aux yeux:

«Je ne vois pas en quoi cela me soulagerait de savoir qui l'a fait. Ça n'a aucun sens»

(afp/tam)

Comment l'Ukraine a capturé des soldats avec des drones terrestres
Video: watson
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