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L'Iran est renforcé par la guerre, il explique les conséquences

Le politologue Mahdi Rezaei-Tazik décripte la victoire annoncée de l'Iran
Mahdi Rezaei-Tazik est politologue et étudie l'Iran. Pour lui, le régime iranien sort renforcé de la guerre.

«Le régime iranien est sorti renforcé de la guerre»: voici les conséquences

Mahdi Rezaei-Tazik est politologue et spécialiste de l'Iran. Après l'annonce de la trêve, il estime que le régime iranien a bénéficié du conflit avec les Etats-Unis.
10.04.2026, 18:4810.04.2026, 18:48
Fabian Hock

Après le cessez-le-feu annoncé mercredi entre les États-Unis et l’Iran, Téhéran revendique une victoire qui interroge. Malgré les pertes humaines et matérielles, le régime estime avoir renforcé sa position régionale et politique. Mahdi Rezaei-Tazik, de l’Université de Berne, expert en Histoire iranienne moderne et contemporaine, décrypte les raisons de cette lecture stratégique et ses implications pour la suite.

Le régime iranien se présente comme le vainqueur après le cessez-le-feu. A juste titre?
Mahdi Rezaei-Tazik: Il a survécu au plus grand conflit à ce jour contre les Etats-Unis et Israël, et a ainsi évité l’effondrement ou une déstabilisation totale du pays, ce qui figurait parmi les objectifs de cette guerre. Il suffit aussi de regarder les dix revendications avec lesquelles le régime se rend désormais aux négociations avec les Etats-Unis samedi au Pakistan.

Lesquelles, par exemple?
Avant la guerre, Téhéran était prêt à faire bien plus de concessions pour éviter le conflit. Le régime en sort renforcé et ses exigences sont désormais plus étendues. Il demande notamment la levée des sanctions sur les exportations de pétrole iranien.

Qu’a gagné Téhéran?
Au prix de lourdes pertes humaines et de destructions d’infrastructures, l’Iran s’est affirmé comme une puissance régionale et peut désormais contrôler le détroit d’Ormuz, ce qui lui donne un avantage considérable dans les négociations.

«Sur le plan intérieur, le régime est aussi parvenu à regagner une partie de la population au nom de l’iranisme, l’idéologie dominante du pays. Les guerres renforcent souvent la cohésion nationale»

Donald Trump parle malgré tout d’un «changement de régime» réussi. Celui-ci a-t-il eu lieu?
Oui et non. En réalité, l’Iran est dirigé de fait depuis des décennies par les Gardiens de la révolution, et cela apparaît désormais plus clairement. Il n’y a depuis longtemps plus seulement les mollahs à la tête du pays, mais aussi des acteurs militaires. C’est d’ailleurs pour cela que j’évite l’expression «régime des mollahs». Le système reste islamiste, mais je suppose qu’il pourrait y avoir une certaine ouverture de la société afin d’assurer sa survie à long terme.

Le régime exécute davantage des personnes qui ont participé aux manifestations de janvier. La peine de mort devrait même encore être étendue. Avec la coupure d'internet, cela ne plaide pas en faveur d’une ouverture...
Chacune de ces exécutions doit être condamnée avec la plus grande fermeté. La violence du régime pendant et après les manifestations tient avant tout à sa peur. Ce sont des tentatives d’intimider la société. Mais si l’on prend un peu de recul, on voit que le régime a reculé un peu plus après chaque grand mouvement de protestation.

Avez-vous un exemple?
Le mouvement Femme, Vie, Liberté de 2022 a arraché une certaine ouverture qui n’a pas été remise en cause jusqu’à aujourd’hui. A chaque mobilisation, certaines avancées ont été obtenues, même s’il y a bien sûr eu des revers. Le fait que le dernier mouvement de protestation ait été écrasé par un massacre ayant fait des milliers de morts a constitué une escalade inédite par son ampleur.

Donald Trump a infligé au régime islamiste d’immenses dégâts matériels et humains. Les dirigeants de Téhéran vont-ils désormais chercher à coopérer avec les Etats-Unis?
Toutes les parties ont au moins conscience, pour le moment, que le conflit doit être réglé par la négociation.

Pourquoi, malgré l’écrasante supériorité des Etats-Unis, n’a-t-il pas été possible d’écarter les mollahs et les Gardiens de la révolution?
Le blocage du détroit d’Ormuz, grâce auquel l’Iran a pu faire pression sur l’économie mondiale, a joué un rôle majeur, tout comme la guerre asymétrique moderne. Aujourd’hui, des drones qui ne coûtent même pas 30 000 dollars peuvent détruire des systèmes radar valant des milliards.

«Si l’escalade s’était poursuivie et que les infrastructures iraniennes avaient continué d’être visées, l’Iran aurait pu s’en prendre à des raffineries dans les Etats du Golfe, ce qui aurait pu déclencher une crise énergétique mondiale»

Que signifie ce cessez-le-feu pour les Iraniens?
Sur le plan économique, la situation est difficile pour la population. De nombreux emplois ont été perdus, notamment à cause de la coupure d’internet. Mais davantage de personnes peuvent à nouveau se connecter, et il me semble que le blocage est en train d’être assoupli.

Quelles sont les conséquences de la guerre pour le mouvement démocratique?
La guerre a clairement nui au mouvement démocratique en Iran. Mais si le régime parvient à alléger les sanctions et surtout à exporter de nouveau son pétrole sans restriction, la situation économique du pays pourrait s’améliorer. Cela pourrait à son tour renforcer les couches de la société qui défendent la démocratie.

Qu’attendez-vous des négociations annoncées avec le vice-président américain J.D. Vance au Pakistan?
Les positions des deux camps sont très éloignées, je reste optimiste mais de façon prudente. Les négociations prendront toutefois beaucoup de temps.

«Il est possible que durant les discussions, les Etats-Unis et Israël attaquent l’Iran une troisième fois»

J’estime cependant cette probabilité faible, car cela marquerait un nouveau degré d’escalade, et les Etats-Unis en sont conscients. Les républicains ne veulent pas non plus perdre les élections de novembre.

Quel serait, à ce stade, un résultat réaliste?
J’ai le sentiment que les deux parties sont réellement intéressées par un compromis. Aussi parce que le régime ne peut pas soutenir durablement une telle guerre.

Quel est le risque de voir les combats reprendre?
Cela dépendra beaucoup de la capacité du régime iranien à repenser sa politique étrangère. Jusqu’ici, celle-ci a davantage nui qu’elle n’a profité à quiconque dans la région.

Traduit de l'allemand par Joel Espi

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