Les Italiens ont détruit l'image de gagnante de Giorgia Meloni
La cheffe du gouvernement Italien, Giorgia Meloni, qui a essuyé un revers cuisant lundi après le rejet du référendum sur la justice qu'elle avait voulu, était jusqu'à présent sur une lancée victorieuse à l'approche des élections de l'année prochaine. L'opposition a immédiatement présenté ce référendum comme un vote sur le leadership de Meloni et a rapidement tiré parti du résultat.
Elly Schlein, cheffe du principal parti de centre-gauche, le Parti démocrate, a critiqué «l’arrogance» de Meloni, estimant que celle-ci devrait «écouter le pays et ses véritables priorités.»
«Lorsqu’un dirigeant perd son aura, tous ceux qui l’entourent commencent à douter et il ne peut simplement pas faire comme si rien ne s’était passé», a déclaré à Radio Leopolda Matteo Renzi, un ex-chef du gouvernement qui avait démissionné il y a près de dix ans après avoir perdu un référendum. Giuseppe Conte, lui aussi ancien patron du gouvernement, chef du Mouvement 5 étoiles (M5S), a qualifié ce résultat d'«avis d'expulsion».
Selon le quotidien de gauche La Repubblica, cet échec représente «la première véritable défaite» de Giorgia Meloni.
Un gouvernement stable malgré tout
Daniele Albertazzi, professeur de sciences politiques à l’université du Surrey, au Royaume-Uni, a déclaré:
Mais «l'image d'invincibilité (réd: de Mme Meloni, ndlr) n'est plus d'actualité», même si «cela ne veut pas dire, bien sûr, qu'elle perdra les élections», a-t-il ajouté. Malgré les divergences au sein de sa coalition de ultraconservatrice, le gouvernement de Meloni s'est révélé remarquablement stable depuis son arrivée au pouvoir en 2022.
Meloni a également su convaincre de nombreux détracteurs grâce à son style pragmatique. Ses éloges du leader fasciste Benito Mussolini, prononcés lorsqu'elle était une jeune militante, ont été relégués au second plan.
Le lien avec Trump a nui à Meloni
Si l'économie italienne reste fortement endettée, la croissance s'est maintenue, notamment grâce à une arrivée massive de fonds provenant du plan de relance post-Covid de l'UE. Sur la scène internationale, elle s'est efforcée de positionner l'Italie comme une voix de modération face à la rhétorique parfois virulente entre le président américain Donald Trump et l'UE.
Mais sa proximité avec Donald Trump lui vaut également de plus en plus de critiques, notamment en ce qui concerne les actions de ce dernier au Moyen-Orient. L'Italie, qui dépend fortement des importations d'énergie, s'inquiète tout particulièrement de l'impact de la guerre sur les prix de l'essence.
Carlo Calenda, sénateur de l'opposition, a écrit sur X que, selon lui, «la proximité avec Trump a beaucoup nui à Mme Meloni et à son gouvernement», expliquant en partie la défaite au référendum. Son parti, Fratelli d'Italia (FDI) reste cependant en tête dans les sondages et Giorgia Meloni a su convaincre de nombreux détracteurs grâce à son mode de gouverner, à la fois intense et terre-à-terre.
Voici les vrais problèmes pour les Italiens
L’immigration irrégulière — un enjeu clé de la dernière campagne électorale de Giorgia Meloni et de ses alliés — est en baisse, mais le gouvernement a également augmenté le nombre de visas pour les travailleurs légaux non issus de l’UE. Rome a réduit certains impôts, durci les sanctions contre les manifestants mais n’a pas encore affronté les problèmes structurels que beaucoup estiment freiner l’Italie.
Les enquêtes montrent que les Italiens sont surtout préoccupés par le pouvoir d’achat, les salaires stagnants. Une autre plainte majeure concerne l’état du système de santé public, dont les investissements n’ont pas suivi le rythme de l’inflation. La dette reste à un niveau vertigineux de 137% du produit intérieur brut et la croissance n’a été que de 0,5% l’an dernier.
