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Voici pourquoi la paranoïa et la peur sont de retour au Kremlin

MOSCOU, RUSSIE - 2 JANVIER 2022 : Poupées Matriochka représentant le président russe Vladimir Poutine, Staline dans une boutique de souvenirs
Des poupées matriochka représentant le président russe Vladimir Poutine et Joseph Staline.Image: Shutterstock

«La peur a atteint des proportions absolument paranoïaques en Russie»

Comme au temps du stalinisme, les élites russes vivent dans la crainte d'être persécutés par les services secrets. Décryptage avec une experte financière russe.
08.05.2026, 05:3108.05.2026, 05:31
Thomas Wanhoff / t-online

En Russie, les classes dirigeantes semblent redouter d'être mises sur écoute par l'appareil d'Etat de Poutine. Selon une ancienne haute responsable du Kremlin, les fonctionnaires et les hommes d'affaires seraient même contraints de se séparer de leurs téléphones portables et de leurs montres connectées avant chaque réunion importante, par crainte de piratage informatique par les services secrets russes.

Alexandra Prokopenko, ancienne employée de la Banque centrale russe, a expliqué, lors d’une interview à Paris:

«Le niveau de paranoïa est tel que les gens ont même peur de penser, et encore plus de parler»

Elle a ajouté:

«La peur a atteint des proportions absolument paranoïaques, dignes de l’ère stalinienne»

Alexandra Prokopenko raconte, dans un livre sur les élites russes, paru récemment, qu'un vice-ministre s'était même assis sur son téléphone portable lors d'une réunion en 2022. Lorsque celui-ci a sonné, il aurait rougi jusqu'aux oreilles.

Alexandra Prokopenko est une experte économique moscovite.
Alexandra Prokopenko est une experte économique moscovite.Image: Alexandra Prokopenko

Avant le début de la guerre en Ukraine, Alexandra Prokopenko travaillait comme conseillère auprès du vice-président de la Banque centrale russe. Elle a également été journaliste, notamment pour le journal économique Vedomosti, pour lequel elle couvrait également l’actualité du Kremlin. Elle a quitté la Russie en 2022 et vit aujourd’hui en Allemagne, où elle travaille au Carnegie Russia Eurasia Center.

En 2025, Moscou l’a inscrite sur la liste des «agents étrangers», une appellation régulièrement utilisée par le Kremlin pour réprimer ses opposants politiques.

Des critiques silencieuses

Dans une interview à l'AFP, Alexandra Prokopenko a indiqué avoir eu de nombreuses discussions avec des hommes d’affaires russes. Aucun d’entre eux n'était favorable à la guerre, mais il était hors de question de le dire ouvertement. Dans son livre, Prokopenko se fait l'écho de voix critiques, comme celle-ci:

«Des milliers de personnes ont mis des décennies à bâtir leurs entreprises. Poutine a tout réduit à néant en quelques mois seulement»
Vladimir Poutine, ici en visite dans une usine d'huile de poisson.
Vladimir Poutine, ici en visite dans une usine d'huile de poisson.Image: IMAGO / Alexei Nikolsky

Selon Alexandra Prokopenko, les élites ne se considèrent pas comme responsables de «la catastrophe provoquée par le poutinisme dans le pays». Mais il leur manque la capacité d’agir pour faire bouger les choses. Par crainte pour leur fortune, leur liberté et leur vie, ils sont devenus «des lèche-bottes et des laquais qui se plient aux caprices de l’autocrate». Alexandra Prokopenko a aussi expliqué à l’AFP que la classe dirigeante était lasse du conflit, de l’insécurité et de l’oppression:

«Tous souhaitent ardemment que la guerre prenne fin»

Des données économiques opaques

De l’extérieur, il n’est pas facile d’évaluer la situation réelle de l’économie russe. Certes, Poutine est confronté à des sanctions depuis l’invasion de l’Ukraine, et des entreprises ont dû se reconvertir pour s’adapter à l’économie de guerre. Mais la guerre en Iran et la pénurie de pétrole qu’elle a entraînée dans les pays arabes lui ont rapporté des milliards d'euros.

Contrairement à ce qu’affirme le service de renseignement militaire suédois depuis avril, selon lequel le Kremlin enjoliverait les données sur l’inflation, l’économiste allemand Janis Kluge voit les choses différemment. Dans une interview au magazine allemand Der Spiegel, il a estimé:

«De manière générale, je reste convaincu que les données économiques russes sont pertinentes et exploitables. Je ne vois aucun indice laissant penser que la Russie falsifie systématiquement les données sur l’inflation. Il n’est d’ailleurs pas dans l’intérêt du Kremlin de fausser grossièrement cette valeur, car les gens savent pertinemment quels prix ils paient.»

Janis Kluge, chercheur auprès de la Fondation Science et Politique (SWP), basée à Berlin, estime que les données publiées par la Suède relèvent soit d’une erreur, soit de la guerre de l’information. Il admet toutefois que la Russie garde secrètes de nombreuses données économiques et recourt à «certaines astuces comptables». L’économie russe serait nettement affaiblie, mais ne serait pas au bord d’une crise économique.

Poutine craindrait un coup d'Etat

Le Service fédéral de protection russe (FSO) aurait entre-temps considérablement renforcé les mesures de sécurité autour de Poutine. Selon des sources proches du Kremlin citées par le Financial Times, Poutine passerait de plus en plus de temps dans des bunkers souterrains. De plus, il dirigerait la guerre jusque dans les moindres détails et se tiendrait de plus en plus à l’écart des affaires civiles.

Depuis mars, la crainte d’un coup d’Etat ou d’un attentat se serait «nettement renforcée» au Kremlin, a expliqué au Financial Times une source proche des services secrets européens. Cette crainte pourrait expliquer pourquoi les élites, en particulier, redoutent d’être surveillées par les services secrets et que la moindre critique soit lourdement sanctionnée.

En Russie, les oligarques proches de Poutine ont fondé bon nombre des plus grandes entreprises, telles que le groupe pétrolier Lukoil, le groupe sidérurgique Norilsk Nickel ou le géant de l'acier Severstal. (trad.: mrs)

Un article de
t-online
Vladimir Poutine dans tous ses états
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Vladimir Poutine dans tous ses états
Poutine en mode chasseur, 2010.
source: ap ria novosti russian governmen / dmitry astakhov
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