Trump a le droit de se vanter
Donald Trump ne boit pas, ne fume pas et pratique le golf au moins aussi souvent qu’il prend la parole. Trois habitudes considérées comme saines par le corps médical. A l’inverse, le président des Etats-Unis cumule des réflexes quotidiens qui auraient pu l’envoyer six pieds sous terre bien avant ses quatre-vingts ans, qu’il fêtera dans un petit mois.
On peut notamment citer ses nuits très courtes, les fast-foods et sucreries à gogo ou encore une activité physique proche de zéro.
Mardi soir, devant un parterre de petits Américains pourtant sommés de faire du sport, il s’est d’ailleurs vanté de n’en faire «qu’une minute par jour, maximum». Ironique, bien sûr. Trump n’a probablement jamais effectué la moindre pompe, bien qu’il se soit essayé au football américain, au soccer et au baseball, avant d’entrer dans le monde du travail.
Trump et le sport?
Trump et le sport intensif?
A ce qu’on raconte, Joe Biden a longtemps soulevé quelques haltères et grimpé sur un tapis de course, ce que Trump «déteste» plus que tout. Une petite routine qui ne lui a pourtant jamais permis de dissiper les rumeurs sur la santé fragile de l’ancien président et candidat démocrate durant la dernière année de campagne, en 2024.
Mais si son ennemi de toujours entretenait un rapport «sans passion avec le sport», comme l’écrivait l’Equipe en 2020, Donald Trump, lui, fait tout pour qu’on l’associe intimement à la sueur et, surtout, à la compétition. D’autant plus si ça bastonne. Mike Tyson et Jake Paul (boxe), Hulk Hogan (catch), Conor McGregor (MMA) font ou on fait partie de ses soutiens politiques les plus musclés.
Sans oublier l’amitié de longue date qu’il entretient avec Dana White (président de l’UFC), Linda McMahon (ancienne directrice de la WWE) et Gianni Infantino (président de la FIFA), ses fréquentes apparitions au bord des rings et les mises en scène qu’il déploie dans le Bureau ovale avec des équipes américaines victorieuses ou la Juventus de Turin.
Comme toujours avec Trump, tout est dans le mot et l’image. S’il ne fait jamais de génuflexion entre deux cheeseburgers, le gourou MAGA possède et propage tout un arsenal de fausses astuces et croyances lorsqu’il veut expliquer sa tapageuse et «excellente santé». En cela, il agit un peu comme nos petits vieux à la longévité redoutable: doucement se vanter et dire (enfin) fuck à la médecine. Vous savez, cette grand-maman que l’on connait tous et qui prétend, hilare, que ce sont sa clope et son petit whisky quotidiens qui la maintiennent en vie.
L’automne dernier, un historien et grand connaisseur de la santé des puissants nous disait qu’arrivés à un âge avancé, les êtres humains sortent des statistiques et peuvent aussi bien mourir dans l’heure comme dans vingt ans. En outre, il y a deux semaines, une professeure spécialisée en vieillissement à l’Université de Lausanne racontait à Welt am Sonntag, que les centenaires ont pratiquement tous le même tic lorsqu’il s’agit d’évoquer leur endurance.
«Ils ont cependant beaucoup marché, bougé régulièrement» précise la spécialiste Daniela S. Jopp. C’est précisément l’argument avancé par l’entourage de Trump pour prouver qu’il pète la forme, à l’heure où son état de santé, physique et cognitif, fait couler beaucoup d’encre: un agenda gavé, de nombreux déplacements et une «activité mentale permanente».
Le principal intéressé, lui, se contente souvent de balancer quelques âneries pour bomber le torse devant ceux qui lui prédisent une mort imminente. En voici quelques-unes.
- S’il a toujours jugé le sport «boring», Donald Trump va encore plus loin, puisqu’il affirme que «l’exercice est une erreur», que l’être humain nait avec une «quantité d'énergie limitée». Autrement dit, se dépenser physiquement ruinerait prématurément la batterie.
- Le président aime à croire que le Diet Coke tue les «cellules cancéreuses».
- La junk-food est mauvaise pour la santé? Pour Trump, les chaînes standardisées «sont plus prévisibles et plus sûres» que n’importe quel restaurant.
- Malgré les avertissements de ses médecins successifs, le républicain s’enfile une large dose quotidienne d’aspirine, parce que ça «fluidifie le sang et protège son cœur».
- Enfin, s’il est toujours debout en 2026, Trump dit le devoir à «de très bons gènes» hérités de ses parents. Fred Trump est décédé à 93 ans, tandis que sa maman, Mary Anne MacLeod, s’est éteinte à 88 ans.
Donald Trump fait-il partie de la dernière génération de dirigeants à pouvoir promouvoir, même indirectement, une mauvaise hygiène de vie? Plus près de chez nous, Macron, 48 ans, s’affiche en plein footing, en mode fitness avec Tibo InShape ou en muscles sur des photos officielles. Plus largement, le sport et la santé vivent leur meilleure vie, que ce soit dans les habitudes des jeunes, les algorithmes ou le business wellness.
Malgré son aversion pour l’exercice physique, le gourou MAGA a prouvé à de nombreuses reprises qu’il tenait à la vie. Ne serait-ce que pour des raisons politiques: un historien de la santé rappelait récemment à watson que la (bonne) santé des puissants est «une arme de guerre».
Pour son propre storytelling, le gourou MAGA a sans doute raison de se vanter de ne pas faire de sport, même si cette étrange propagande est catastrophique dans un pays où l’obésité morbide fait de graves ravages. Après avoir réchappé à plusieurs tentatives d’assassinat, le 14 juin prochain, le vieux bougre fêtera ses quatre-vingts printemps. Sans doute avec un menu Big Mac et un shot d’aspirine.
A chacun ses douteux remèdes de grand-mère.
