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Pourquoi l'arme secrète de Poutine n'a pas sauvé Orban

Les deux hommes forts au Kremlin en novembre dernier.
Les deux hommes forts au Kremlin en novembre dernier.

Les stratèges du Kremlin auraient commis une erreur majeure en Hongrie

Le Kremlin a tenté jusqu’au bout d’aider son allié hongrois à remporter les élections. Il avait mobilisé une arme secrète qui n'aura pas suffi à éviter la défaite de Viktor Orban.
14.04.2026, 18:5214.04.2026, 18:52
Ivan Ruslyannikov / ch media

Une rencontre importante entre deux premiers ministres d'alors s'est tenue en novembre 2010. Vladimir Poutine, qui avait alors cédé pour quatre ans la présidence à Dmitri Medvedev dans le cadre d’une «rotation», tout en continuant de diriger de facto la Russie, s'est entretenu avec Viktor Orbán, venu de Hongrie.

«J’ai déjà souligné que la Russie est, à nos yeux, une grande puissance tant du point de vue militaro-politique qu’économique», déclarait alors Orban. Cette rencontre marquera le début d’une relation stratégique étroite.

Pendant de nombreuses années, la Hongrie a été un allié important de Moscou au sein de l’Union européenne. Les deux dirigeants se rencontraient régulièrement en personne. Budapest plaidait pour une levée de l’embargo sur les importations d’énergie russe. Depuis le début de la guerre en Ukraine, elle a bloqué des décisions concernant l’octroi d’aides financières.

Depuis 2021, la Hongrie a, en outre, fortement accru sa dépendance au pétrole russe, malgré les efforts de l’UE pour réduire ces importations. C’est ce que montre le dernier rapport du Center for the Study of Democracy. En 2025, la part du pétrole russe dans les importations hongroises atteignait 93%, contre 61% en 2021. Budapest a parallèlement intensifié sa consommation de gaz et de nucléaire russes sur cette période.

Une «fabrique de trolls» à la rescousse

La Russie avait évidemment intérêt à conserver cette ouverture vers l’Europe. Selon certains médias, le Kremlin a tenté d’aider Orbán à remporter les élections de 2026 – en s’appuyant sur l’héritage de l’ex-chef de la milice Wagner, Evgueni Prigojine. Une sorte de «fabrique de trolls».

Baptisée l’«Agence de conception sociale», elle intervient principalement en diffusant de fausses informations au nom de grands journaux occidentaux. Sa méthode: employer un réseau de bots qui publient sur les réseaux sociaux. Le Financial Times avait connaissance de ce plan de désinformation du Kremlin en Hongrie.

Le but: souligner le contraste entre Viktor Orbán, «un dirigeant fort avec des amis dans le monde entier», et son principal rival Péter Magyar, présenté comme «une marionnette de Bruxelles»

Les analystes du Kremlin recommandaient, par ailleurs, à Orbán de fonder sa campagne sur son amitié avec Donald Trump, ainsi que sur l’idée que le président américain constituait la meilleure chance pour la Hongrie d’assurer sa sécurité et sa stabilité économique.

En mars, les bots ont diffusé la vidéo d'un «attentat» contre Orban. Dans cette séquence, attribuée à tort à la Deutsche Welle, on affirme «qu’un groupe de réfugiés ukrainiens en Hongrie a péri en tentant de faire exploser un engin improvisé près du bureau du premier ministre».

Moscou cherchait ainsi à attiser des sentiments anti-ukrainiens à travers le pays. De nombreuses images falsifiées portaient sur la guerre. On y avertissait notamment les électeurs que des Hongrois pourraient être mobilisés pour combattre aux côtés de l’Ukraine contre la Russie si Magyar remportait les élections.

Aucune félicitation

Au Kremlin, les résultats des élections hongroises ont été accueillis sans enthousiasme:

«Les relations entre la Russie et l’UE ne peuvent guère se détériorer davantage après ce scrutin»
Dmitri Peskov, porte-parole

Le peuple hongrois a fait son choix, et Moscou le respecte.

Selon Peskov, le Kremlin ne félicitera pas Magyar pour sa victoire, car «il s’agit d’un pays inamical». De son côté, Péter Magyar s'est déclaré «prêt à coopérer de manière pragmatique avec la Russie». Budapest continuera par ailleurs d’acheter du pétrole «de manière rentable et sûre».

Pour le politologue Abbas Galljamov, la Hongrie n’est plus soumise à Moscou. Elle constitue, désormais, un partenaire à part entière:

«Bien sûr, Poutine doute de Magyar pour l'instant, car celui-ci a construit sa campagne sur le rejet d’Orban. Qui, lui, était prêt à faire beaucoup en faveur de Moscou au moindre appel du Kremlin.»

Selon Galljamov, Magyar raisonne avant tout en termes de politique intérieure: «Ce qui est avantageux pour la Hongrie et ce qui ne l’est pas. C’est dans ce cadre, me semble-t-il, que s’inscrira sa coopération pragmatique avec la Russie».

Les stratèges du Kremlin pourraient avoir commis une erreur majeure dans leur campagne. Cela pourrait modifier à l’avenir leur stratégie d’ingérence électorale. D’après Galljamov, ni la «fabrique de trolls» ni les conseillers du Kremlin n’ont pu assurer la victoire d’Orban, car les messages clés de sa campagne reposaient sur la politique étrangère. Péter Magyar, en revanche, a principalement axé son discours sur les problèmes intérieurs – manifestement plus importants pour les électeurs hongrois.

(Traduit de l'allemand par Valentine Zenker)

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Video: watson
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