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Ce supposé plan militaire de Poutine sème la peur en Russie

Des recrues font leurs adieux à Kazan, en Russie (photo d'archive): il semblerait que de nombreux Russes se préparent déjà à quitter le pays.
Des recrues à Kazan (est de Moscou) se préparent ici à partir en Ukraine (photo d'archive). Craignant une nouvelle vague de mobilisation, de nombreux Russes se prépareraient à quitter le pays.Image: IMAGO / Yegor Aleyev

Pourquoi de plus en plus de Russes craignent une nouvelle mobilisation

En Russie, la crainte d'une nouvelle mobilisation pousse certains habitants à préparer leur départ. Une convocation électronique pourrait désormais les bloquer.
27.09.2026, 07:0227.09.2026, 07:02
Simon Cleven / t-online
Un article de
t-online

De plus en plus de Russes se préparent à une éventuelle nouvelle mobilisation, et nombre d'entre eux ont déjà quitté le pays. Des organisations d'aide font état d'une forte hausse des demandes liées à l'émigration, tandis que les autorités russes renforcent leurs moyens de convocation. Parallèlement, des informations font état d'exercices de mobilisation et des difficultés qu'éprouve Moscou à recruter de nouveaux soldats.

Le Kremlin a récemment rejeté les spéculations sur une nouvelle mobilisation. Début septembre, le président Vladimir Poutine a lui-même qualifié ces informations d'infondées. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a lui aussi souligné vendredi dernier qu'aucune mobilisation dissimulée n'était prévue, y compris après les élections à la Douma (réd: la chambre basse de l'Assemblée fédérale de la fédération de Russie).

Ces derniers mois, des analystes militaires occidentaux avaient présenté les élections comme une échéance possible pour cette décision. L'idée générale serait que Vladimir Poutine souhaiterait attendre l'issue du scrutin avant d'annoncer une mobilisation.

Lors de la dernière en date, à l'automne 2022, des centaines de milliers de Russes avaient fui précipitamment le pays. Une nouvelle mobilisation n'a, du moins publiquement, pas encore été communiquée. Plusieurs évolutions alimentent toutefois les spéculations et les craintes.

Une forte inquiétude généralisée

L'inquiétude se manifeste particulièrement clairement au sein des organisations qui aident les Russes à émigrer. Selon Euronews, le nombre de demandes en ce sens a fortement augmenté depuis le début de l'été. Ces organisations font état, ces derniers temps, d'environ 70 à 120 demandes quotidiennes d'aide pour s'installer à l'étranger.

Les moteurs de recherche reflètent eux aussi cet intérêt. Rien que la question «y aura-t-il une mobilisation» a été recherchée environ 204 000 fois en juillet, selon les données de Yandex, l'équivalent russe de Google. Des organisations de défense des droits humains ont elles aussi fait état d'une nette augmentation des demandes portant sur les sursis et les possibilités de départ.

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L'Arménie, la Géorgie et le Kazakhstan seraient des destinations particulièrement prisées. En Arménie, des agents immobiliers font état, selon un reportage de Deutsche Welle, d'une forte hausse des demandes de la part de clients russes. L'un d'eux a expliqué que, désormais, environ 80% de ses clients étaient des Russes venant d'arriver ou prévoyant de s'installer.

Les craintes d'une mobilisation imminente semblent également avoir gagné l'appareil d'Etat russe. Selon un reportage de l'agence de presse Bloomberg, des représentants du gouvernement russe et des collaborateurs chargés du recrutement militaire auraient tenté d'ouvrir des comptes dans des banques étrangères et de transférer des avoirs à l'étranger. Certains auraient également poussé des proches à quitter le pays.

De nouveaux moyens pour empêcher les départs

La précipitation de certains Russes a une raison concrète: l'Etat dispose désormais de moyens étendus pour empêcher le départ des personnes soumises au service militaire. La Russie a en effet mis en place un registre électronique des avis d'incorporation. Une fois un tel avis notifié, une interdiction de sortie du territoire peut s'appliquer automatiquement.

Début septembre, selon le portail Euronews, un jeune homme de 24 ans originaire de la région de Rostov-sur-le-Don (sud) a été arrêté lors d'un contrôle de passeport à Krasnodar (est de la Crimée). Un avis d'interdiction de sortie du territoire lui aurait été notifié. L'ancien élu municipal moscovite Daniil Neonov a en revanche indiqué avoir tout juste réussi à quitter la Russie après avoir reçu une convocation électronique.

Rostov-sur-le-Don, Russie.
Image: watson

Par ailleurs, selon un reportage du service russe de la BBC, les autorités militaires enverraient en ce moment des convocations en grande quantité. Le motif officiel serait la vérification des données d'enregistrement des recrues.

Un homme originaire du Tatarstan (est de Moscou) a ainsi raconté que, lors d'un tel rendez-vous, une instruction de mobilisation avait été collée dans son livret militaire. Ce document précise quand et où un réserviste doit se présenter en cas de mobilisation.

Une publicité pour les forces armées russes à Saint-Pétersbourg. Cette affiche vise à recruter de nouveaux soldats spécialisés dans les drones.
Une publicité pour les forces armées russes à Saint-Pétersbourg. Cette affiche vise à recruter de nouveaux soldats spécialisés dans les drones.Image: IMAGO / Artem Priakhin

Des restrictions à la frontière avec l'Estonie

De nouvelles restrictions dans la région frontalière russe avec l'Estonie attirent également l'attention. Du 16 au 26 septembre, des règles supplémentaires s'appliquent dans les districts russes de Kingissepp et de Slantsy, dans la région de Léningrad. Euronews cite à ce sujet l'administration du district de Kingissepp ainsi que des informations de l'administration frontalière compétente du service de renseignement intérieur russe (FSB).

Dans une bande de cinq kilomètres de large le long de la frontière d'Etat, il est ainsi interdit, la nuit, de séjourner ou de se déplacer, pour les personnes comme pour les véhicules, en dehors des localités. Dans certaines parties de la zone frontalière, des restrictions s'appliquent en outre à la navigation, à la chasse et au port d'armes à feu.

Depuis fin juin déjà, de nouvelles règles s'appliquent aussi à certaines parties du golfe de Finlande. Les propriétaires de petites embarcations doivent notamment informer au préalable les autorités frontalières de leur itinéraire, de leur équipage et de leurs horaires de navigation prévus. On ignore si ces mesures sont liées à une éventuelle mobilisation.

Kingissepp.
carte: watson

De suspicieux entraînements militaires

L'armée russe semble elle aussi se préparer au scénario d'une mobilisation. Selon des informations du Wall Street Journal, des officiers ont, en juillet, répété dans l'exclave de Kaliningrad, les procédures d'une éventuelle mobilisation. Il aurait notamment été prévu de déterminer comment loger, ravitailler et armer un grand nombre de personnes.

Des représentants des services de renseignement occidentaux ont indiqué au journal que des exercices similaires se déroulaient dans tout le pays. Le Kremlin n'aurait toutefois pas encore pris de décision définitive. Il dément qu'il se soit agi de tests de mobilisation et évoque de simples exercices réguliers.

La garde nationale russe, la Rosgvardia, a elle aussi effectué des modifications dans son règlement. Le personnel, les installations et l'équipement doivent ainsi être préparés à la mobilisation, à la loi martiale et aux conditions de guerre. La Douma a par ailleurs déjà autorisé d'engager sous contrat, en cas de mobilisation, des personnes ayant certains antécédents judiciaires non effacés.

Des recrues russes à Novossibirsk (sud) avant leur départ pour le service militaire (photo d'archive). En 2022, la mobilisation partielle en Russie avait provoqué une vague d'émigration.
Des recrues russes à Novossibirsk (sud) avant leur départ pour le service militaire (photo d'archive). En 2022, la mobilisation partielle en Russie avait provoqué une vague d'émigration.Image: IMAGO / Alexandr Kryazhev

La Russie a besoin de nouveaux soldats

La question centrale est de savoir si la Russie parvient, avec le recrutement actuel, à réunir suffisamment de personnel pour la guerre. L'expert de la Russie et économiste Janis Kluge a estimé, sur la base de données budgétaires régionales, qu'environ 93 000 nouveaux contrats avaient été conclus au deuxième trimestre. Cela correspond à environ 1000 nouveaux soldats sous contrat par jour.

Janis Kluge estime donc que certains indices laissent penser que la pression en faveur d'une nouvelle mobilisation pourrait être moins forte qu'on ne le pensait auparavant. Son analyse révèle toutefois aussi un recul du recrutement sur le plus long terme depuis fin 2024. Parallèlement, celui-ci devient de plus en plus coûteux, et les versements régionaux moyens par contrat se situaient récemment entre 1,8 et 1,9 million de roubles (soit environ 17 500 à 18 400 euros), soit environ 30% de plus qu'à la mi-2025.

L'Institute for the Study of War (ISW) livre une évaluation plus critique. Selon les calculs de cet institut, les pertes russes dépassent actuellement de plusieurs milliers de soldats par mois le nombre de nouvelles recrues. Si la Russie devait poursuivre ses opérations militaires avec des pertes d'une ampleur similaire, le Kremlin devrait donc probablement, à moyen ou long terme, modifier son mode de recrutement et recourir à une forme d'incorporation involontaire de réservistes.

L'ISW laisse toutefois explicitement en suspens la question de savoir quand cela pourrait se produire et à quoi ressemblerait une telle disposition. L'institut ne considère cependant pas les démentis répétés du Kremlin comme la preuve qu'une mobilisation est totalement exclue. (trad. ysc)

Vladimir Poutine dans tous ses états
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Vladimir Poutine dans tous ses états
Poutine en mode chasseur, 2010.
source: ap ria novosti russian governmen / dmitry astakhov
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Un humain s'est battu contre un Terminator sur un ring
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