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Vladimir Poutine souffrirait d'un cancer de la thyroïde

«Ses déjections sont collectées»: l'enquête sur l'état de santé de Poutine

Les 1001 pathologies dont serait atteint le président russe font l'objet, depuis plusieurs mois, de toutes les spéculations. Une enquête de longue haleine menée par une équipe de journalistes a permis d'apporter de nouveaux éléments.
10.06.2022, 17:0810.06.2022, 17:39
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C'est un travail de longue haleine qui a été publié sur le média russe indépendant Proekt en avril 2022. Une enquête d'une année menée conjointement par plusieurs journalistes, sous la houlette du Russe Mikhaïl Rubin et du Français Régis Genté. Leur but? Faire la lumière sur l'état de santé du président Vladimir Poutine.

Cancers, maladie de Parkinson, maux de dos ou encore traitements à la cortisone... Tous les diagnostics possibles et imaginables ont été posés.

Il faut dire que les informations qui nous parviennent sont pour le moins contradictoires. Entre la propagande d'Etat russe qui nous sert sur un plateau un Poutine sportif, éclatant de santé, et ses dernières apparitions publiques, on ne sait plus à quel sain(t) se vouer.

Officiellement, ses proches sont unanimes: Vladimir Poutine se trouverait dans une forme «excellente». C'est ce qu'a affirmé encore récemment l’attaché de presse du Kremlin, Dmitri Peskov. Ou encore son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui a déclaré le 29 mai dernier sur TF1:

«Je ne crois pas que quelqu’un qui a toute sa tête puisse voir chez cette personne (Poutine) des signes d’une maladie ou d’une affection quelconque»

A les croire, rien ne serait plus facile pour le dirigeant de presque 70 ans de conduire la Russie jusqu'en 2036, comme le permet la Constitution qu'il a lui-même amendée.

Officieusement, c'est autre chose. Lors de ses dernières apparitions publiques, Vladimir Poutine est apparu régulièrement le visage bouffi - quand ce n'était pas, carrément, crispé par la douleur. Comme lors de ce fameux entretien avec son ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, le 23 avril.

Vidéo: watson

La tête enfoncée dans les épaules, les mains agrippées à la table, la scène a fait jaser les médias internationaux et éveillé les soupçons sur son mauvais état de santé.

Pipi et caca récoltés

Dans une interview accordée à l'émission Tout un monde de la RTS vendredi matin, le journaliste Régis Genté est revenu sur ces mois d'enquête et sur les conclusions qu'il en a tiré. La première: la santé du maître du Kremlin est effectivement un sujet ultra-sensible en Russie. Un véritable secret d'Etat. Au point que, depuis 2017:

«Les déjections de Poutine, ses selles et ses urines, sont systématiquement collectées par des agents russes lorsqu’il est en déplacement à l’étranger»

Selon Paris-Match, qui a relayé la traduction française de l'enquête de Proekt, la mission a été conduite sous le contrôle du Service fédéral de protection (FSO), chargé de la sécurité des personnalités officielles russes. C'est à un agent qu'il a incombé la tâche délicate de la récolte des petits besoins de Poutine, dans des pochettes. Lesquelles ont été ensuite transportées dans des valises spéciales et ramenées au pays. La pratique aurait notamment eu cours en 2017, lors de la rencontre entre le président russe et son homologue Emmanuel Macron à Versailles.

Mais pourquoi donc? Selon Régis Genté, il s'agit d'éviter que les «services de sécurité des pays hôtes ne les analysent et n'y découvrent, par exemple, les médicaments qu’on lui administre». Le journaliste est formel: pour lui, Poutine souffrirait d'un cancer. Une maladie que l'Etat russe doit absolument dissimuler.

Retour sur des années de problèmes de santé

Mais rétropédalons un peu!

Comme le raconte Proekt, Poutine a commencé son mandat présidentiel en travaillant, à la sueur de son front et de ses muscles, l'image d'un homme actif dans la force de l'âge. Lorsqu'il arrive à la tête de l'Etat, à 47 ans, l'ancien agent du Comité pour la sécurité de l'Etat (KGB) prête peu d'attention à ses menus pépins de santé et ne consulte un médecin qu'en de rares occasions. Ce n'est quand même pas une grippette qui va clouer au lit le puissant leader de la Russie.

Dans les années 2000, le chef de l'Etat se prend de passion pour les sports équestres. Hobby qui provoquera plusieurs accidents. Poutine lui-même a relaté l'une de ses mésaventures à Vesti... avant de minimiser l'incident, en précisant bien vite qu’il était retombé sur de la sciure de bois, un matelas «assez confortable». En d'autres termes: rien n'arrête Poutine.

In this photo taken on Monday, Aug. 3, 2009, Russian Prime Minister Vladimir Putin seen feeding a horse in the mountains of the Siberian Tyva region (also referred to as Tuva), Russia, during his shor ...
Poutine en 2009, en Sibérie.Image: AP RIA Novosti

Le fait est que, suite à une chute «très grave» il y a une quinzaine d'années, le président russe serait resté alité pendant plusieurs jours. Depuis, il souffrirait de graves problèmes de dos. Selon Proekt, il arriverait même au président russe de porter un corset durant ses déplacements.

Le 4 novembre 2012, lors d'une commémoration sur la Place rouge, on a pu surprendre le président tout-puissant en train de boiter. Le service de presse du Kremlin n'a pas publié la vidéo de l'événement sur son site officiel et s'est strictement limité aux photographies. En outre, il a catégoriquement interdit aux agences de presse de mentionner cette démarche quelque peu claudicante. Toutefois, quelques images ont fuité...

Selon les informations de Proekt, Poutine a subi au moins deux opérations sérieuses du dos. La première, fin 2017, et l’autre deux ans plus tard. La composition des équipes médicales présentes à ses côtés à ces dates-là en attesterait : spécialistes en neurochirurgie, anesthésistes-réanimateurs, experts de la réadaptation.

Les boîtes de conserve

Des années durant, le Kremlin s'est rendu expert dans l'art des «boîtes de conserve»: des vidéos pré-enregistrées diffusées lors des «disparitions» de Poutine, comme s'il s'agissait de faits du jour. Le média d'investigation a comptabilisé au moins cinq de ces absences depuis 2012. Des périodes de quelques jours durant lesquelles le président a littéralement disparu des écrans radars.

Les étranges remèdes

A mesure qu'il vieillit, les préoccupations quant à sa longévité absorbent tellement le président qu'il s'intéresserait même à des formes de médecine très... alternatives. Lors de ses séjours dans l'Altaï, le président russe se serait plongé à plusieurs reprises dans des bains de cornes de cerf. Un procédé censé améliorer le fonctionnement du système cardiovasculaire et rajeunir la peau.

Le célèbre cancérologue

Autre pèlerinage indispensable pour le Poutine vieillissant: une clinique médicale VIP de l'ouest de Moscou, où il a accéléré son rythme de visite. Un lieu surnommé malicieusement par une source des journalistes comme le «département des médecins personnels» de Poutine.

Finalement, c'est dans sa résidence d'été de Sotchi que le maître du Kremlin reçoit sa cour de docteurs. En l'espace de quatre ans, leur nombre est passé de cinq à neuf, en 2019. En se penchant sur les réservations d'hôtels des médecins à Sotchi, les journalistes ont pu déterminer par qui et pour quoi Poutine était suivi précisément. Parmi eux, un homme très important pour Poutine: le docteur Selivanov.

Fait intéressant: le dr. Selivanov, qui a passé plus de 166 jours auprès du chef de l'Etat russe en l'espace de quatre ans, est un oncologue reconnu et un éminent spécialiste du cancer de la thyroïde. Maladie à laquelle Poutine s'est même intéressé publiquement en 2020. Au mois de juillet, lors d'une rencontre avec le chef du Centre national de recherche médicale en endocrinologie, Ivan Dedov, il s'est particulièrement intéressé aux traitements de ce cancer... ainsi qu'aux chances de rémission:

«Récupération de 95-98%?»

S'est-il enquis auprès de l'expert scientifique. Lequel lui a parlé d'un médicament hormonal très prometteur.

Conclusion...

«Depuis la fin du second mandat de Poutine, sa santé est une priorité nationale»
Proekt

Et son isolement va croissant. Il s'est encore renforcé durant la pandémie de Covid-19.

Sur les ondes de la RTS, le journaliste Régis Genté émet une hypothèse: «Le fait qu’il reçoive fréquemment ses hôtes au bout de très longues tables (...) pourrait être le signe d'un système immunitaire affaibli». En tout cas, l'auteur de l'enquête est fermement convaincu par la thèse du cancer de la thyroïde:

«Parmi la quinzaine de médecins qui viennent régulièrement (...), on trouve un nombre de cancérologues et des spécialistes du cancer de la thyroïde. Alors pourquoi est-ce que ces gens-là suivraient Poutine tout le temps s’il ne souffrait pas de ce cancer précisément?»
Régis Genté

Toutefois, le journaliste ne veut pas enterrer Poutine trop vite. «C'est un cancer qui n'est pas très grave et qui se soigne», ajoute-t-il encore. «Il ne faut pas se laisser emporter par des publications qui, ces derniers jours, posent la question de sa mort possible. Rien n’indique que nous en sommes là. Mais bien entendu, c’est un sujet à suivre de près, alors que Poutine aura 70 ans à l’automne prochain.»

Faute de pouvoir poser un diagnostic définitif, il ne nous reste plus qu'à guetter les signes et les éventuels symptômes. Même si, n'oublions pas que la mort du chef d'Etat ne signifierait ni l’arrêt immédiat de la guerre en Ukraine ni la fin de la confrontation entre la Russie et l’Occident.

Le supertank de Poutine
Video: watson
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