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Dans deux ans, le chef d'Etat arrivera au terme de son quatrième mandat, après avoir dirigé le pays pendant un quart de siècle. Et Poutine sera septuagénaire.
Dans deux ans, le chef d'Etat arrivera au terme de son quatrième mandat, après avoir dirigé le pays pendant un quart de siècle. Et Poutine sera septuagénaire.keystone
Analyse

«Si Poutine meurt, un Poutine 2 peut débarquer de nulle part»

Certains considèrent que tuer Vladimir Poutine est la seule solution pour mettre fin à la guerre. D'autres le disent mourant. Si le président russe venait à disparaître demain, qui pour reprendre le pouvoir? Comment réagirait l'Otan? Quels impacts directs sur le conflit armé en Ukraine? Tentative de réponses.
09.05.2022, 05:4809.05.2022, 17:26
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Octobre 2021. Le Covid-19 est encore le plus grand ennemi de la quiétude occidentale. Et Vladimir Poutine parle d'élections. «Conformément à la Constitution, j'ai le droit de me présenter pour un nouveau mandat.» Une année plus tôt, le président russe modifiait la loi fondamentale pour être en mesure de briguer une nouvelle fois le pouvoir s'il venait à craindre un départ à la retraite. En 2024, année d'élection présidentielle en Russie, Poutine pourrait donc se représenter. Théoriquement. Et dans cette traditionnelle ambiance feinte de liberté démocratique. Ce qui est certain, c'est que, dans deux ans, le chef d'Etat arrivera au terme de son quatrième mandat, après avoir dirigé le pays pendant un quart de siècle. Et Poutine sera septuagénaire.

«On a le temps avant la prochaine élection et les discussions sur ce thème déstabilisent la situation. Elle doit rester stable pour que les structures étatiques travaillent et regardent sereinement vers l’avenir»
Vladimir Poutine, octobre 2021

A l'époque, pas (encore) d'invasion de l'Ukraine à l'horizon, le président russe dévoilait même des priorités qui peuvent aujourd'hui paraître anecdotiques, voire paradoxales: la neutralité carbone pour la Russie d'ici 2060. En 2018, quand Poutine a été réélu avec plus de 76% des suffrages, les observateurs regardaient déjà plus loin. «La lutte pour sa succession est déjà en cours. Personne ne va attendre passivement, chaque groupe va tenter de promouvoir ses intérêts», expliquait l'analyste indépendant Nikolaï Petrov. A la même époque, Alexeï Venediktov, rédacteur en chef de la radio Echo de Moscou pariait sur le fait que «Poutine voudra rester, car il croit que sa mission est de protéger le monde russe des agressions extérieures». Aujourd'hui, après plus de deux mois de conflit en Ukraine, le maître du Kremlin est effectivement (et violemment) en train de «protéger le monde russe des agressions extérieures».

La santé de Poutine

Mais les paris sur son état de santé prennent de plus en plus de place et sont même âprement disputés. Davantage encore que son éventuelle réélection en 2024. Pour certains, il serait atteint d'un cancer, pour d'autres, c'est Parkinson qui le condamnerait lentement. Depuis la diffusion d'une vidéo qui montre le président en entretien avec son ministre de la Défense, les rumeurs enflent aussi vite que son visage, supposément transformé par les médicaments. Une vidéo de plusieurs minutes durant lesquelles il n'a pas lâché la table. Pour éviter les tremblements. Dit-on.

«Ce sont des bruits qui courent. Ces histoires de maladie de Poutine, c'est tous les ans, depuis longtemps. Aucune source officielle ne le confirmera ou n’infirmera», déclare Serguëi Jirnov, un ancien espion russe du KGB, à La Dépêche.

«Le fait de diffuser ces vidéos où il semble affaibli pourrait être le signe qu'en coulisses, certains cherchent à préparer sa succession»
Françoise Thom, historienne et spécialiste du «poutinisme» dans L'Express

Succession. Le mot refait donc brutalement surface. Mais la situation est bouleversée: Poutine serait affaibli et la guerre fait rage. Dernièrement, un nom s'est échappé d'un compte Telegram, dans le cas où le président devait, comme la rumeur l'affirme, subir une opération chirurgicale. Nikolai Patrushev, chef du Conseil de sécurité et ancien chef du FSB (ex-KGB), aurait été nommé par le patron pour prendre en charge le conflit en Ukraine le temps de sa convalescence.

Mais si Poutine meurt?

Et si Poutine, qu'on dit très seul au sommet du pouvoir, venait à mourir abruptement demain, que se passerait-il? «Dans l’immédiat il ne se passerait pas grand-chose. Il ne faudrait en tout cas pas compter sur le jeu institutionnel pour organiser la transition. Ou des élections telles que nous les connaissons en Europe. Quand un dictateur disparaît du jour au lendemain, ce ne sont jamais les procédures qui font la loi, mais les rapports de force», esquisse pour watson Bertrand Badie. Le professeur des Universités en science politique et en relations internationales à Sciences Po Paris est pessimiste à l'idée qu'une fois Poutine enterré, une équipe plus libérale puisse sortir de terre, comme par magie, et s'emparer du pouvoir. Il va même plus loin:

«La situation actuelle semble idéale pour qu'un illustre inconnu fasse son apparition. Pour qu'un Poutine II émerge de nulle part. En 1999, lorsqu'il a été nommé Premier ministre par Boris Eltsine, l'opinion publique n'avait pratiquement jamais entendu parler de lui»
Bertrand Badie, expert en relations internationales, Paris

Parmi les papables qui reviennent souvent dans la bouche des analystes, le ministre de la Défense Sergueï Choïgou, très proche de Poutine, a longtemps fait office de favori. Mais l'homme n'est plus tout jeune et il a perdu quelques plumes depuis le début du conflit. «L'oiseau rare serait plutôt à rechercher du côté des quarantenaires que le président a nommés à la tête des régions», disait Alexeï Moukhine, politologue proche du Kremlin. Pour Bertrand Badie, le scénario Choïgou est très peu probable aujourd'hui. «Les vieilles figures sont fatiguées. La guerre en Ukraine a irrémédiablement effrité la confiance que Poutine et la Russie pouvaient avoir en Choïgou. On peut même aller jusqu'à dire que c'est l'une des premières victimes de cette guerre.»

La mort, et donc l'après-Poutine, est aujourd'hui intimement liée à la guerre en Ukraine. «Lorsque l'on n'est pas responsable du déclenchement d'une guerre, on ne porte pas la honte de l'échec. Le successeur pourrait alors très bien condamner la guerre et y mettre un terme rapidement («effet Brest-Litovsk») ou, au contraire, chercher à restaurer la grandeur de la Russie par une fuite en avant beaucoup plus dangereuse et meurtrière.» L'expert français en relations internationales mise plus volontiers sur la première option.

La mort de Poutine et les conséquences sur le champ de bataille

Julien Grand, rédacteur en chef adjoint de la Revue militaire suisse, est plus pessimiste encore. Pour lui, le conflit en Ukraine n'est pas uniquement le joujou d'un Poutine seul contre tous en Russie. «On a tendance à ne pas vouloir l'entendre en Occident, mais le président a la plupart des officiers de l'armée derrière lui, convaincus que ce qu'ils sont en train de faire est positif pour l'avenir de la Russie. Donc si Poutine meurt demain, il y a peu de chances que la guerre meurt avec lui. Il peut compter sur un entourage, du moins militaire, qui croit en sa politique. Et son successeur risque bien d'être de la même trempe, voire pire.»

«D’autant que si Poutine disparaît, la Russie ne perd pas forcément la guerre»
Julien Grand, rédacteur en chef adjoint de la Revue militaire suisse

Rappelons au passage que certains observateurs et décideurs politiques considèrent au contraire que la mort de Vladimir Poutine représente la seule solution efficace pour espérer la fin de la guerre. «Le décès du président pourrait effectivement déstabiliser les soldats quelques jours en Ukraine. Et l'armée de Zelensky aurait peut-être de quoi en profiter pour mener des contre-offensives sérieuses.» Mais Julien Grand évoque aussi l'isolement total des troupes russes sur le champ de bataille.

«Je ne sais pas dans quelle mesure les forces russes engagées en Ukraine seraient tenues informées immédiatement de la mort du président. Au moment de l'offensive, il y a un peu plus de deux mois, beaucoup de soldats pensaient franchir la frontière pour un exercice. Ils n'ont compris que la guerre avait été déclarée qu'une fois face aux Ukrainiens qui leur tiraient dessus»
Julien Grand, rédacteur en chef adjoint de la Revue militaire suisse

Comment réagirait l'Otan?

Pour Bertrand Badie, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan) «ne sera jamais proactive, toujours réactive». Si Poutine venait à mourir, l'attentisme serait donc de mise. «Politiquement, l'Otan ne pourra probablement pas prendre de grandes décisions avant de savoir ce que ce décès signifie et ce qui pourrait en découler. Mais stratégiquement, un tel événement pourrait mettre les généraux aux abois», nous explique Julien Grand. En cause, l'extrême opacité des rapports de force au sein même de l'armée russe. «Les troupes russes sont assez peu lisibles. Difficile de savoir précisément où pourraient se situer les rivalités internes et de jauger le niveau de loyauté de chaque corps d'armée.»

Enfin, au sein même de l'Otan, la mort de Poutine n'est pas forcément anticipée, mais «certainement répertoriée». Pour mieux comprendre, Bertrand Badie nous renvoie au putsch de Moscou, coup d'Etat manqué de trois jours, en août 1991, durant lequel un groupuscule du Parti communiste de l'Union soviétique avait tenté de déboulonner Mikhaïl Gorbatchev. «On ne savait pas très bien ce qui se passait au Kremlin et il y avait eu très peu de réactions, notamment de la part des Occidentaux. La situation était certes moins grave, mais il est probable qu'aujourd'hui, dans un premier temps, la disparition de Vladimir Poutine pousserait l'Occident à chercher à identifier le processus en cours, avant d'agir.»

Wait and see.

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