Ce chiffre jette une ombre immense sur la victoire de Poutine
99,85% des voix: c’est avec ce résultat que le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov a été reconduit ce week-end à la tête de sa république. Même au regard des standards russes, ce score paraît grotesque.
En 2016, il avait encore obtenu 97,94% des suffrages, contre déjà 99,70% en 2021. La plateforme d’information indépendante Russian Election Monitor (REM) a ironisé: lors du prochain scrutin, seule la physique quantique pourra encore empêcher Kadyrov de franchir la barre des 100%.
📊 Half of United Russia's Votes Manufactured as Real Turnout Plummets Below 40% — Data Analysts' Consensus:
— Russian Election Monitor (@russian_monitor) September 21, 2026
Preliminary forensic statistical analysis based on over 20,000 Precinct Election Commission (PEC) protocols (~23% of all precincts) reveals that the official results of… https://t.co/3g7cPMRJeF pic.twitter.com/Lfs72yO9kp
Le score record de Kadyrov est emblématique d’une élection dont l’issue était, selon des observateurs occidentaux, déterminée dès le départ. D’après les résultats provisoires de la Commission électorale centrale, le parti de Poutine, «Russie unie», a recueilli environ 58% des voix et obtenu 355 des 450 sièges de la Douma d’Etat. Avec les autres partis représentés au Parlement, tous considérés comme loyaux envers le Kremlin, l’assemblée reste ainsi fermement sous le contrôle de ce dernier.
Le chef du parti et ancien président Dmitri Medvedev n’a d’ailleurs pas caché lundi la fonction que doit remplir la nouvelle Douma: elle mettra en œuvre toutes les décisions de Vladimir Poutine.
Dans les médias d’Etat russes, la controverse a uniquement porté sur le nombre d’anciens combattants élus au Parlement: selon l’agence de presse Tass, les chiffres oscillaient entre 49 et 86 nouveaux députés ayant une expérience militaire active.
Après les trois jours de scrutin, les critiques se sont surtout concentrées sur les méthodes de dépouillement. Selon les calculs de l’analyste de données Piotr Chichine, la participation réelle n’aurait été que d’environ 40%, contre 57% annoncés officiellement. Il estime également que «Russie unie» aurait obtenu environ 35% des voix, et non 58%.
L’analyste de données Boris Ovtchinnikov considère même que 55% de l’ensemble des suffrages attribués au parti de Poutine ont été «entièrement fabriqués», soit par l’ajout de voix fictives, soit au moyen de suffrages «volés à d’autres partis», rapporte REM.
Iabloko fait son entrée dans un parlement régional russe
Cette fois, de nouveaux témoignages ont également fait état d’un manque de transparence entourant le vote électronique, de contrôles plus difficiles des bulletins papier ainsi que de l’exclusion d’observateurs électoraux du parti d’opposition Iabloko. Des responsables de l’opposition dénoncent donc des manipulations systématiques.
«Avec cette élection, le Kremlin s’est fabriqué l’apparence d’un mandat populaire qu’il invoquera pour légitimer ses prochaines décisions – notamment concernant la guerre et, peut-être, une mobilisation», résume Alexander Dubowy, spécialiste de l’Europe de l’Est à Vienne, à propos du résultat officiel. Celui-ci ne saurait «en aucun cas être considéré comme un reflet fiable de l’adhésion de la société».
Les règles du jeu politique avaient déjà été modifiées avant le scrutin au bénéfice du parti de Poutine. Le parti d’opposition libéral Iabloko, opposé à la guerre, n’a pas été autorisé à participer aux élections à la Douma. L’opposant Boris Nadejdine a quitté la Russie par crainte de poursuites pénales. Dans les territoires ukrainiens occupés, les scrutins se sont en outre déroulés sous une forte pression.
L’élection n’a toutefois pas été totalement dépourvue de surprises. Dans la région de Novgorod, Iabloko a obtenu 6,2% des voix, franchissant le seuil électoral de 5% et faisant ainsi son retour au Parlement régional. Le parti n’a été autorisé à participer à aucune des autres élections régionales. Un résultat qui montre que, là où des candidats de l’opposition ont effectivement pu se présenter, ils ont obtenu des résultats notables. Cela ne change toutefois rien aux rapports de force à Moscou. (trad. hun)
