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Pourquoi «le boucher» de l'armée ukrainienne s'est fait virer

Formé à Moscou, le Colonel général Oleksandre Syrsky est le Commandant en chef des forces armées ukrainiennes.
Formé à Moscou, le Colonel général Oleksandre Syrsky est le Commandant en chef des forces armées ukrainiennes. montage watson

Pourquoi «le boucher» de l'armée ukrainienne s'est fait virer

L'armée ukrainienne est traversée par une crise après le limogeage du ministre de la Défense et, désormais, du commandant en chef des forces armées.
21.07.2026, 22:0221.07.2026, 22:02
Barbara WOJAZER et Karyna NAUHOLNA, Varsovie / afp

Le commandant en chef de l'armée ukrainienne, Oleksandre Syrsky, a mené certaines des opérations les plus éclatantes de Kiev lors de l'invasion russe, avant d'entrer en conflit avec une frange plus jeune et réformatrice de l'armée.

C'est désormais officiel: il n'est plus de la partie. Mardi soir, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a effectivement annoncé son départ, écrit l'AFP.

Un épisode qui intervient alors que l'Ukraine est paradoxalement dans une position plus favorable: elle a freiné fortement l'avancée des troupes russes, et mené récemment des vagues de frappes efficaces en Russie et en Ukraine occupée.

Né en Russie et formé à Moscou, Oleksandre Syrsky, 60 ans, n'est jamais parvenu à se défaire de sa réputation de général à la mentalité soviétique: ses détracteurs lui reprochent de faire peu de cas des pertes, lui valant le surnom de «boucher».

«Il est très dur mais un général d'armée se doit d'être dur», avait déclaré un haut responsable ukrainien à l'AFP après sa nomination, en février 2024. Mais, face aux immenses pertes consenties sur le front, qui posent à Kiev de graves problèmes de recrutement, cette approche a fini par susciter l'exaspération.

L'éviction surprise, par Zelensky, du ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov — nommé en début d'année pour moderniser l'armée — a déclenché des manifestations pour réclamer son retour et le renvoi d'Oleksandre Syrsky.

Mykhaïlo Fedorov, 35 ans, issu du monde de la tech et n'ayant jamais servi dans l'armée, militait pour un recours massif aux nouvelles technologies pour décupler le potentiel des drones et réorganiser en profondeur les forces armées.

Oleksandre Syrsky n'est pas une menace pour Zelensky

Pour le président Zelensky, qui a la réputation de se méfier de ceux qui nourrissent des ambitions politiques, Oleksandre Syrsky, militaire de carrière d'une loyauté sans faille, apparaît pourtant comme un commandant qui ne lui aurait pas fait d'ombre. Ce dernier disait par ailleurs ceci dans un article de presse paru ce lundi 20 juillet:

«Mon métier, c'est la guerre (...) Je n'ai aucune ambition politique. Je me consacre à la guerre 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7»

Le général s'est distingué en cela de son prédécesseur, le populaire Valeri Zaloujny, que Volodymyr Zelensky avait écarté en le nommant ambassadeur à Londres début 2024. Oleksandre Syrsky «n'est pas un homme politique (...) il parle mal l'ukrainien et n'est pas à l'aise dans la communication publique», confirme l'analyste ukrainien Anatoliï Oktiassiouk, du groupe de recherche KI.

«Il s'adapte toujours aux volontés de Zelensky», ajoute-t-il, en lui reprochant d'avoir «mis en place un système où l'initiative et l'indépendance sont étouffées, au profit de la promotion d'un cercle de généraux loyaux».

Après son éviction, Fedorov a accusé le général Syrsky d'avoir bloqué «toutes les initiatives» de son équipe. Le commandant a rejeté ces accusations et appelé à régler ces questions à huis clos:

«On gagne une guerre par un travail concret, pas par le spectacle médiatique qui l'entoure»

Syrsky a été formé à Moscou comme un général russe

Oleksandre Syrsky est né en Russie soviétique, dans la région de Vladimir, en 1965. Comme l'essentiel des hauts-gradés de sa génération, il a fait ses études à l'école de commandement de l'Armée rouge à Moscou. Dans les années 1980, il est déployé en Ukraine. A la chute de l'URSS, il décide de rejoindre les rangs de la nouvelle armée ukrainienne.

Trois décennies plus tard, ses parents et son frère vivent toujours en Russie. Lors de sa nomination en 2024, ce dernier avait déclaré à l'agence russe Tass qu'ils ne se parlaient plus depuis longtemps. Discret sur sa vie privée, Syrsky est marié et père de deux fils, avait indiqué, également en 2024, un porte-parole de l'armée.

Depuis plus de deux ans, selon ses soutiens, il a empêché un effondrement du front en dépit d'une importante infériorité numérique et d'un manque de matériel face à l'armée du Kremlin.

Au début de l'invasion, en 2022, il avait stoppé l'avancée russe vers Kiev, puis orchestré une contre-offensive victorieuse dans la région de Kharkiv (nord-est) avant de lancer, en août 2024, l'audacieuse attaque contre la région russe de Koursk, que le Kremlin a mis neuf mois à repousser.

La semaine dernière, son rival, Mykhaïlo Fedorov, tout en reconnaissant ces contributions, a toutefois estimé que «le système de commandement et de contrôle» avait évolué et qu'il fallait «nous adapter». Un constat en partie partagé par l'analyste Volodymyr Fessenko:

«Ce dont (Zelensky) a besoin, c'est d'une version plus jeune de Syrsky. Quelqu'un de plus flexible, de plus communicatif et qui suscite davantage l'adhésion de la société. Mais une telle personne ne semble pas exister.»

Plusieurs noms circulent néanmoins, notamment celui de l'actuel chef des forces interarmées, le populaire Mykhaïlo Drapaty, âgé de 43 ans.

Vladimir Poutine dans tous ses états
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Vladimir Poutine dans tous ses états
Poutine en mode chasseur, 2010.
source: ap ria novosti russian governmen / dmitry astakhov
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