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«Un missile Sarmat et les îles britanniques ne seront plus», a déclaré le président du parti nationaliste Rodina Alexeï Chouravliov.
«Un missile Sarmat et les îles britanniques ne seront plus», a déclaré le président du parti nationaliste Rodina Alexeï Chouravliov.Image: Keystone

Tsunami radioactif, attaques nucléaires: les menaces russes sont-elles sérieuses?

La télévision russe ne cesse de menacer l'Occident, au point de simuler des frappes nucléaires sur les villes européennes. Cela est-il techniquement possible? Et le Kremlin pourrait-il passer à l'acte?
04.05.2022, 11:49
Corsin Manser
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Des scénarios apocalyptiques sont actuellement diffusés à la télévision russe. «Nous pourrions faire tomber la Grande-Bretagne au fond de la mer avec notre drone sous-marin Poseidon», a menacé Dimitri Kisseliov dimanche soir sur la chaîne d'Etat russe Rossiya1. «L'explosion de cette torpille thermonucléaire au large des côtes britanniques provoquerait un tsunami radioactif de 500 mètres de haut qui déferlerait sur les îles britanniques», a ajouté le présentateur.

La télévision russe évoque presque tous les jours des frappes nucléaires contre des pays occidentaux. La semaine dernière, des attaques atomiques ont même été simulées contre Berlin, Paris et Londres. Londres serait touchée en 202 secondes, Paris en 200 et Berlin en 106. «Un missile Sarmat et les îles britanniques ne seront plus», a déclaré le président du parti nationaliste Rodina, Alexeï Chouravliov.

Il n'y a pas qu'à la télévision que l'on menace ouvertement d'une attaque nucléaire. Le président s'y met également. Vladimir Poutine a récemment déclaré à propos de la guerre en Ukraine que la Russie réagirait «immédiatement» en cas d'ingérence extérieure. «Nous avons tous les instruments pour cela», a déclaré le chef du Kremlin.

«Nous ne nous vanterons pas. Nous les utiliserons si c'est nécessaire. Et je veux que tout le monde le sache»
Vladimir Poutine

Un drone difficilement interceptable

S'agit-il de menaces en l'air ou la Russie est-elle réellement en mesure d'attaquer des cibles comme Londres ou Berlin avec des armes nucléaires? Regardons de plus près le drone sous-marin Poseidon et le missile Sarmat, récemment testé par Moscou.

Le drone Poseidon a été présenté pour la première fois en 2015. Selon les informations russes, ce véhicule sans pilote peut plonger jusqu'à 1000 mètres et parcourir plusieurs milliers de kilomètres. L'arme serait difficilement interceptable.

Le Poseidon peut porter des têtes nucléaires d'une puissance explosive allant jusqu'à 100 mégatonnes. A titre de comparaison, la bombe atomique larguée sur Hiroshima avait une puissance de 13 kilotonnes. Cela semble effrayant à première vue, mais plusieurs éléments mettent en doute la version russe.

Le drone sous-marin Poseidon mesure environ 20 à 24 mètres de long et pourrait peser environ 100 tonnes.
Le drone sous-marin Poseidon mesure environ 20 à 24 mètres de long et pourrait peser environ 100 tonnes.image: weaponsandwarfare.com

Les services de renseignement américains estiment que le Poseidon n'est pas encore opérationnel. Selon eux, il ne le sera qu'en 2027. Les données concernant la puissance de l'explosion varient également. Alors que les Russes parlent de 100 mégatonnes, l'expert naval H. I. Sutton estime qu'il ne s'agit que de 2 mégatonnes. Pas assez pour déclencher un tsunami de 500 mètres de haut.

L'Otan et la Grande-Bretagne doivent toutefois prendre le drone Poseidon au sérieux, conseille Sutton. «Il menace de dévaster des villes côtières et constitue une menace pour l'ensemble du Royaume-Uni».

«Il sera très difficile à combattre et il faudra de nouvelles armes pour l'intercepter»
H. I. Sutton

Jusqu'à 15 ogives nucléaires

Venons-en au missile Sarmat, appelé parfois «Satan 2» en Occident. Le ministère russe de la Défense a récemment affirmé qu'il s'agissait du «plus puissant missile du monde». Il a une portée de 18 000 kilomètres, ce qui permet à la Russie d'attaquer via les pôles Sud et Nord et d'atteindre des cibles dans le monde entier. Le missile intercontinental de 35 mètres de long peut porter jusqu'à 15 ogives nucléaires. Il y a deux semaines seulement, la Russie a déclaré avoir effectué un test avec succès.

«C'est une arme vraiment unique qui renforcera le potentiel de combat de nos forces armées et protégera de manière fiable la sécurité de la Russie contre les menaces extérieures», s'était félicité de son côté Vladimir Poutine. Le missile peut surmonter tous les types de défense antimissile et «oblige ceux qui tentent de menacer notre pays à réfléchir», avait-il ajouté.

Le Sarmat n'est toutefois pas encore opérationnel. Les forces armées russes ont annoncé qu'elles le mettraient en service à l'automne de cette année.

Une image du test du missile Sarmat de fin avril, publiée par le ministère russe de la Défense.
Une image du test du missile Sarmat de fin avril, publiée par le ministère russe de la Défense.image: keystone

Plusieurs missiles en même temps

Une première frappe nucléaire avec un missile serait toutefois possible sans le Sarmat, comme le constate l'expert militaire Alexander Bollfrass de l'EPFZ. «Si les Russes voulaient attaquer Londres, ils disposeraient d'un grand stock de missiles nucléaires et en utiliseraient très probablement plusieurs en même temps». Une fois en l'air, il y aurait une chance que le missile atteigne sa cible.

Alexander Bollfrass: «Aucune armée au monde ne dispose d'une capacité d'interception fiable contre les missiles balistiques intercontinentaux».

Techniquement, la Russie serait donc en mesure d'attaquer des villes d'Europe occidentale avec des armes nucléaires. Mais va-t-elle passer à l'acte? Un échange de frappes atomiques entre la Russie et l'Occident est hautement improbable, a récemment déclaré l'expert Lars Winkelsdorf dans une interview accordée à watson. Il a justifié son évaluation par le fait qu'en cas d'attaque de la Russie, il y aurait dans tous les cas une réponse de l'Occident.

«Une guerre nucléaire conduirait à la destruction de la Russie, ce qui n'intéresse personne à Moscou»
Lars Winkelsdorf, expert en armement

Winkelsdorf partage encore cette opinion aujourd'hui. Sur Twitter, il a récemment écrit: «Une "guerre nucléaire" ne serait pas le début d'un conflit entre la Russie et l'Occident. De telles armes sont le dernier recours, pas le premier». Si la Russie et l'Occident s'attaquaient ouvertement, des formations de chars s'affronteraient d'abord et les aéroports seraient attaqués.

Selon Winkelsdorf, la situation est de plus en plus tendue. «Mais dans l'ensemble, la menace n'a pas augmenté, c'est plutôt comme une dispute où le volume sonore augmente».

En effet, Poutine aurait la possibilité de laisser le conflit s'envenimer sans pour autant lancer une bombe nucléaire sur les villes occidentales. Il pourrait par exemple utiliser des armes chimiques ou de petites armes nucléaires en Ukraine.

Le «bluff» de Poutine

Même son de cloche chez Garri Kasparov. Poutine «bluffe», a déclaré l'ancien champion du monde d'échecs et auteur de livres spécialisés à CNN. Cela fait des années qu'il procède ainsi. Poutine n'a cessé d'augmenter les enjeux et la seule carte qui lui reste est le «chantage nucléaire».

«Il voit que rien d'autre ne fonctionne et a besoin du chantage comme dernier recours»
Garri Kasparov

Alexander Bollfrass ne croit pas non plus à une attaque nucléaire des Russes sur Londres. «Le Royaume-Uni n'est certes pas protégé contre une telle frappe, mais il dispose d'un moyen fiable pour prendre des mesures de rétorsion contre Moscou. Cela devrait dissuader les Russes».

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L'Occident a un plan pour empêcher la Russie de causer une famine mondiale
Le blocus maritime imposé par la Russie en Mer Noire empêche l'Ukraine de livrer ses céréales aux pays qui en sont dépendants. Pour éviter une crise alimentaire, l'Occident cherche des solutions pour ouvrir un passage.

Le blocus organisé par la Russie en Mer Noire pourrait causer une famine mondiale. Les bateaux militaires de Poutine, au large d'Odessa, empêchent l'Ukraine d'exporter ses céréales. Celles-ci sont pourtant capitales pour certains pays. A titre d'exemple, l'Erythrée, la Somalie, l'Egypte ou encore le Liban en sont si dépendants que la survie de leur approvisionnement en nourriture et donc de leur population en dépend.

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